Est-il possible de développer une allergie à l’eau de mer ? De nombreuses personnes en sont persuadées et certaines évitent même de retourner dans l’eau après une réaction cutanée ou des manifestations allergiques plus ou moins sévères suite à une immersion dans la mer. Il est pourtant hautement improbable voire impossible que ces personnes soient réellement allergiques à l’eau de mer. Ce qui est beaucoup plus plausible, c’est qu’elles réagissent à l’une des nombreuses substances invisibles présentes dans le milieu marin (polluants, micro-organismes, micro-algues…).

Il m’arrive régulièrement de recevoir au cabinet des patients présentant des démangeaisons, une éruption cutanée érythémateuse, urticarienne ou eczématiforme suite à un bain de mer, surtout en période estivale (en hiver les surfeurs sont protégés par leur combinaison intégrale, quand ils n’y sont pas allergiques…). Il est très difficile de déterminer à quoi ces personnes ont réagi. Il existe tant de polluants chimiques non identifiés dans certaines eaux de baignade qu’il est quasiment impossible de retrouver le coupable.

A l’heure actuelle, on fait croire à la qualité des eaux de baignade en réalisant des analyses très incomplètes qui font totalement abstraction de tous ces polluants qui viennent contaminer l’eau de mer : hydrocarbures, pesticides, PCB, phtalates, produits de nettoyage, produits cosmétiques dilués dans l’eau (crème solaire+++), etc. Avec tous ces produits chimiques divers et variés, on a l’embarras du choix pour faire une réaction allergique dans l’eau de mer. Mais il ne s’agit certainement pas d’une réaction à l’eau de mer qui est un milieu physiologique pour l’organisme, quand elle est préservée de la pollution.

On n’est pas allergique à l’eau de mer mais aux substances et aux microorganismes que l’on peut parfois y trouver. De nombreux animaux marins peuvent occasionner une réaction cutanée. On ne se rend pas toujours compte du contact avec une physalie ou une méduse dans les vagues. Il est également fréquent de réagir à ce que l’on appelle dans le langage courant des « oeufs de méduses » qui sont en fait des larves de cnidaires : méduses, corail, anémones de mer qui peuvent provoquer une « éruption du baigneur » (seabather’s eruption), sans que l’on n’ait pu identifier les larves indésirables et très prurigineuses sous le maillot.

Pour savoir pourquoi votre peau réagit dans l’eau de mer, un bon test consiste à changer de plage ou de région pour vous baigner. Si vous réagissez de la même façon après une session de surf en maillot à Biarritz qu’après un bain de mer en Méditerranée, il faut se poser d’autres questions.

On peut faire de véritables réactions allergiques pendant un bain en eau de mer mais celles-ci ne sont pas provoquées par l’eau de mer en elle-même mais par ses caractéristiques physiques :
- prurit à l’eau qui survient dans différents types d’eau et qui doit faire éliminer certaines pathologies hématologiques (maladie de Vaquez, maladie de Hodgkin).
- urticaire aquagénique provoqué par l’eau et qui peut aller jusqu’au choc anaphylactique ;
- urticaire au froid déclenchée par l’eau froide ou un vent froid et confirmée par « le test du glaçon » ;

Certaines réactions non provoquées par l’eau font partie des diagnostics différentiels:
- urticaire cholinergique déclenchée par un effort, la chaleur ou l’émotion…
- urticaire à la pression.
- sans oublier les différentes réactions cutanées que l’on peut faire au soleil : urticaire solaire, lucite estivale bénigne, photosensibilisation…

L’eau de mer a également un pouvoir irritant. Le sel présent sous le maillot ou sous la combinaison peut entraîner des irritations par salabrasion, d’autant plus douloureuses et profondes que l’on reste longtemps dans l’eau et que les frottements se répètent.

L’eau de mer peut également assécher la peau. Les surfeurs qui restent longtemps dans l’eau peuvent présenter une xérose de la peau par dissolution du film hydrolipidique de surface (a fortiori s’ils prennent ensuite de longues douches). Cette sécheresse cutanée rend la peau plus vulnérable et peut ensuite favoriser des réactions à type d’eczéma de contact.

Si cela vous intéresse, nous pourrons développer dans de prochains articles ces différentes réactions.

Auteur du post: Guillaume Barucq.
Twitter: @GuillaumeBarucq