Surfer est la célébration d’une existence pleine et authentique qui ne convient guère aux balisages qu’affectionne notre temps. On comprend mal l’obstination des surfeurs à vouloir répéter les mêmes gestes, à déployer autant d’efforts pour un plaisir si éphémère.

Quoi de plus insensé en effet, dans nos vies accélérées, toujours dans l’urgence, que de se mettre à l’eau et d’attendre une vague hypothétique ? Quoi de moins raisonnable que d’aller au devant du danger, alors que partout s’exprime l’obsession de la sécurité ?

Entrer dans le tumulte glacial pour défier les puissances créatrices, répéter l’incessant corps à corps où fusionnent l’homme et l’élément, se laisser dériver à la surface de l’eau, représente bien plus qu’un jeu ou qu’un divertissement.

Le surf, hymne à la lenteur et à l’altérité, est une discipline à contretemps. En luttant de manière fugace contre l’océan, le surfeur revendique sa singularité.

Le surfeur est l’iconoclaste qui avance à contre-courant du modèle établi. Pour cette raison, il est souvent mis à l’index, catégorisé comme le marginal, l’antiproductiviste indésirable qu’on dédaigne ou qu’on raille. Mais il est aussi – on se l’avoue rarement – celui qu’on envie d’avoir su prendre d’autres chemins.

D’après un extrait du livre « L’INSTINCT DE LA GLISSE. Petit hymne au surf, aux vagues et à la liberté » de la collection « Petite Philosophie du Voyage ». Ce livre de 90 pages explore le monde océanique à travers l’expérience du surfeur, Lodewijk Allaert. Il nous immerge dans un univers poétique dans lequel l’invitation au voyage se mêle à l’instinct de la glisse et à la quête de liberté. Prix 2011 de l’ADELF, association des écrivains de langue française.