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Archive pour la catégorie ‘Etudes’

Le surf est-il meilleur que le sexe ?

Vendredi 19 décembre 2008

Eternelle question qui turlupine les surfeurs depuis des décennies…

Les surfeurs qui ont eu la chance de pénétrer à l’intérieur d’un tube et d’en ressortir en sont certains : le surf est meilleur que le sexe !

Intel vient relancer le débat sur un autre type de “surfing”, le surf sur Internet, avec une étude intitulée “Internet Reliance in Today’s Economy”.

Cette étude a été menée en ligne aux Etats-Unis en novembre 2008 par Harris Interactive pour Intel sur 2,119 adultes âgés de 18 ans et plus.

Parmi les questions posées, on demandait aux gens s’ils préféraient le surf sur Internet ou le sexe…

D’après l’étude, 46% des femmes et 30% des hommes préfèrent encore se passer de sexe pendant deux semaines plutôt que de ne pas avoir accès à Internet.

Plus tard chéri, je surfe sur Internet…

Pour les jeunes femmes âgées de 18 à 34 ans, 49 % se passeraient de leur activité sexuelle; on atteint même 52% pour les femmes de 35 à 44 ans. Seuls 39% des hommes (mais c’est déjà étonnamment beaucoup !) de 18 à 34 ans affirment préférer se passer de sexe que de se retrouver sans connexion Internet.

Cette étude suggère que l’on a de plus en plus de mal à se passer d’Internet, au point de reléguer nos besoins primaires au second plan.

Le comble dans l’histoire est que les sites Internet érotiques ou pornographiques sont parmi les plus fréquentés sur le Web… Serait-on en train de passer à une sexualité virtuelle ?

Le surf sur Internet a un côté addictif mais il faut bien reconnaître qu’il change, en bien des aspects positifs, la vie des gens.

Pour plus de 9 américains sur 10 sondés, la vie est meilleure grâce à Internet ! La Toile leur permet notamment de rester en contact plus facilement avec leurs amis et leur famille, de faire leurs courses en ligne et de mieux gérer leur argent.

Mais de là à renier sa sexualité, il y a tout de même un pas que, fort heureusement pour la survie de l’espèce, tout le monde n’est pas prêt à franchir…

Quand votre partenaire n’aura pas envie de batifoler, vous n’aurez plus droit au prétexte classique de la migraine mais plutôt à une excuse du genre: “un autre jour chéri(e), je suis occupé(e) sur Facebook…” . Vous n’aurez plus qu’à vous la mettre sous le bras (votre planche) et à partir surfer (sur les vagues)…puisque le surf serait soi-disant meilleur que le sexe !

Le surf boat est-il un sport à risques ?

Samedi 6 septembre 2008

Le surfboat est une discipline du sauvetage côtier très connue en Australie et en Nouvelle-Zélande. Même si des moyens de sauvetage comme le jet-ski ont supplanté le surfboat pour aller secourir les personnes en difficulté dans les vagues, la discipline reste très populaire chez les sauveteurs australiens qui continuent de s’entraîner et de participer à des compétitions de “surfboat rowing”.

Ce sport est très médiatique et spectaculaire, comme ont pu s’en rendre compte les spectateurs présents sur la Grande Plage de Biarritz le vendredi 5 Septembre 2008 pour la première compétition internationale de la discipline organisée en Europe.

Le surf boat est un bateau de plus de 300 kilos, avec l’avant et à l’arrière pointus. Pour le manoeuvrer, il y a 4 rameurs et un barreur. Les compétiteurs partent de la plage, doivent passer la barre de vagues et ramer jusqu’à des bouées au large avant de revenir le plus rapidement possible en essayant de prendre une vague pour rejoindre le bord. L’un des équipiers doit ensuite courir vers son drapeau planté sur le sable. Tout se joue au retour quand un bateau peut rattraper son retard s’il arrive à prendre une vague avant même qu’elle ne forme et réussit à la surfer jusqu’au bord. Le tout se déroule généralement en moins de 5 minutes.

Le surfboat fait appel au sens marin, à la force, à la volonté et à la solidarité des équipiers. Le barreur est en quelque sorte le chef d’orchestre et il a un rôle capital pour guider ses rameurs. Les bateaux fendent littéralement les vagues mais peuvent aussi se retourner à la moindre fausse manoeuvre. Il suffit d’assister à une épreuve de surf boat dans de bonnes conditions de houle pour comprendre tout le potentiel accidentogène que peut avoir ce sport…

Il n’y a encore aucune donnée européenne sur la traumatologie liée à ce sport. Seuls les Australiens se sont penchés sur le sujet. Certaines études suggèrent un taux élevé de blessures chez les pratiquants du surfboat. Une équipe de chercheurs a décidé de le vérifier en analysant les données sur les blessures en surfboat pendant les championnats SLSA National Championships de l’an 2000.

Les données de cette étude proviennent de l’analyse statistique de toutes les blessures en surfboat ayant nécessité une admission à la tente médicale des championnats.

En tout, 137 personnes s’étaient blessées en faisant du surfboat pendant ces championnats (sur 2340 concurrents au surfboat). La moyenne d’âge des victimes était de 34 ans pour les hommes et de 22 ans pour les femmes.

29,2% des personnes blessées étaient de sexe féminin mais statistiquement les femmes étaient deux fois plus exposées au risque de blessure. Idem pour les barreurs qui se sont quasiment deux fois plus blessés que les rameurs (risque relatif= 1,89) : en plus d’avoir un rôle décisif dans la conduite du bateau, les barreurs sont donc également surexposés aux accidents.

Dans 63,7% des cas, la blessure était légère avec juste un recours aux premiers soins sous la tente. Dans 34,5% des cas, la blessure était de gravité moyenne avec avis et traitement médical nécessaire. Deux blessures jugées sévères sur le moment ont nécessité une hospitalisation pour une perte de connaissance (vraisemblablement consécutive à un traumatisme crânien).

Le port d’un casque paraît fortement recommandé compte-tenu du risque de traumatisme crânien. Pendant les championnats de surf boat à Biarritz, il est à noter que certaines équipes étaient casquées alors que d’autres avaient juste un bonnet de bain…

Les compétiteurs qui pratiquaient le surfboat depuis moins de 6 ans se sont plus souvent blessés que les participants expérimentés.

Cette étude en appelle évidemment d’autres pour préciser les risques liés à la pratique du surf boat et adapter au mieux les mesures de prévention, surtout si sa pratique est amenée à se développer sur nos côtes.

Référence: Surfboat injuries in surf lifesaving carnivals and implications for safety. R. Heard, K. O’Loughlin, R. Erby. Faculty of Health Sciences. University of Sydney.

Accidents de surf sur la côte Aquitaine

Jeudi 3 juillet 2008

Une plaie profonde du visage chez une jeune surfeuse: un accident classique en surf tant que l’on continuera à vendre aux surfeurs des ailerons trop coupants.

Voici le résumé de l’étude sur les accidents de surf conduite durant l’été 2006 dans les services d’Urgences de la Côte Basque.

Cette étude a été présentée au congrès national des Urgences à Paris ainsi qu’au Congrès Européen des Urgences Maritimes 2007. Elle a été publiée dans la Revue du Praticien, dans le Journal Sud-Ouest et dans le magazine Surf Session.

Elle n’a pour le moment eu aucun écho dans le milieu du surf qui se soucie plus de son business que de la sécurité des pratiquants.

Alors que l’été 2008 a commencé, pas la moindre mesure n’a été prise et on attend toujours qu’une campagne de prévention soit lancée.

Morceaux choisis:

Le surf est apparu en France en 1956. Il est devenu en cinquante ans un sport de glisse international qui concerne 23 millions de pratiquants et génère des milliards d’euros de chiffre d’affaire pour l’industrie. Les marques vendent du rêve en mettant en scène des surfeurs respirant la santé sur des vagues paradisiaques. Le surf véhicule une image positive auprès de la jeunesse et du grand public et ils sont nombreux à vouloir adopter le style de vie et le look des surfeurs. Mais la démocratisation de ce sport à risque engendre des accidents.

Il n’existait pas de données objectives concernant l’accidentologie liée à la pratique du surf en France.

Pour connaître l’épidémiologie de la traumatologie liée au surf, nous avons étudié de manière prospective les accidents dont les victimes ont été admises dans les services d’urgences de la Côte Basque dans le Sud-Ouest de la France pendant l’été 2006.

I. Matériel et méthodes :


    A. Objet d’étude :

Nous avons étudié l’accidentologie liée à la pratique du surf.  Il s’agit d’un sport consistant à se maintenir en équilibre debout sur une planche portée par une vague déferlante. Notre étude s’est limitée aux accidents subis ou provoqués par les surfeurs ou leurs planches.


    B. Terrain d’étude :

Notre étude se déroule sur la Côte Basque dans les Pyrénées-Atlantiques (64) considérée comme le « berceau » du surf européen. Entre Anglet au nord et Hendaye au sud, la Côte Basque concentre sur trente-huit kilomètres de nombreuses plages offrant une grande variété de vagues propices à la pratique du surf.

Les établissements de soins et leurs services d’urgences ayant participé à l’étude sont : le département URGENCES SAMU 64A de Bayonne, la Polyclinique Aguilera de Biarritz, la Polyclinique Côte Basque Sud de Saint-Jean-De-Luz et la Clinique Saint-Etienne à Bayonne.


    C. Méthodes :

Une fiche accident a été élaborée à destination des médecins des services d’urgences.

Les Permanenciers Auxiliaires de Régulation Médicale (PARM) du SAMU 64A avaient reçu pour consigne de saisir informatiquement « accident de surf » pour chaque dossier concerné.

Une fiche d’intervention sur les plages (1) a été remplie par les Maîtres Nageurs Sauveteurs pour toute intervention nécessitant un avis médical.

Nous avons recoupé les données fournies par ces 3 sources d’information et nous avons réalisé une analyse statistique descriptive des accidents de surf survenus pendant l’été 2006 ayant donné lieu à une admission dans un service d’urgences de la Côte Basque.

II. Résultats


    A. Admissions :

350 admissions pour accident de surf ont été recensées dans les services d’urgences de la Côte Basque entre le 21 juin et le 30 septembre 2006.

Pendant la haute saison, du 14 juillet au 15 août, la moyenne a été de 4,5 admissions par jour. Il ne s’est pas écoulé une seule journée sans que l’on reçoive au moins une victime d’accident de surf dans les services d’urgences de la Côte Basque.


   
B. Profil des patients :

22% des victimes sont de sexe féminin. Un quart des patientes avait moins de 16 ans.

Les accidents de surf touchent surtout des patients jeunes. La moyenne d’âge des personnes accidentées est de 26,2 ans. La plus jeune victime n’avait que 7 ans.

77,6% des patients sont français dont 44,5% étaient originaires d’Aquitaine, 22,8% venaient de la région parisienne et 32,7% venaient d’autres régions de France. 20% des patients venaient d’autres pays de l’Union Européenne. 21 nationalités sont représentées dans l’étude.

On retrouve tous les niveaux : du débutant au surfeur professionnel. 65% des pratiquants blessés étaient expérimentés en surf. Les débutants représentent 35% des patients dont 44% se sont blessés pendant un cours.


    C. Circonstances des accidents :

         1. Spot de survenue :

27% des patients s’étaient blessés à Anglet et 22% à Biarritz. A Anglet, les accidents étaient répartis sur les 10 plages de la ville alors qu’à Biarritz, 85% des accidents ont eu lieu sur ses deux spots principaux : la Côte des Basques et la Grande Plage.

         2. Mécanisme :

- 59% des accidents se produisent quand le surfeur se heurte à sa propre planche.

- Les collisions sont à l’origine de 17% des accidents que ce soit des collisions entre surfeurs (66%), entre surfeur et baigneur (27%) ou entre surfeur et bodyboardeur (5%).

- Les surfeurs se sont blessés contre le fond marin dans 13% des cas. Ce fond était sableux (38 cas) ou rocheux (5 cas).

- Il est rare de se blesser en surfant (5% des cas). On observe surtout des entorses de genou ou de cheville quand les surfeurs tentent des figures acrobatiques.


    D. Moyen d’acheminement aux urgences :

- 26 % des patients ont été amenés aux urgences par les sapeurs-pompiers en VSAB.

- Deux patients ont été amenés aux urgences par hélicoptère médicalisé par le SAMU 64A.

- Un patient victime a été pris en charge par le SMUR routier.

- Les autres patients se sont rendus aux urgences par leurs propres moyens.


    E. Traumatologie :             

- Plaies : 61 %

- Contusions : 15%

- Fractures : 11%. Quatorze fractures des os propres du nez, 8 fractures de phalanges, 4 fractures de métacarpiens, 3 fractures de vertèbres cervicales, 3 fractures maxillo-faciales, 3 fractures de chevilles et 1 fracture de jambe. 46% des fractures ont nécessité une chirurgie.

- Entorses : 10%

- Luxations : 3% (dont 9 luxations antéro-internes de l’épaule).

         1. Traumatismes touchant la tête (50,9% des accidents) :

Parmi ces traumatismes, il y a 54% de plaies du visage et 24% de plaies du cuir chevelu. On a également noté 7 traumatismes dentaires et 4 traumatismes tympaniques.

Les plaies du visage représentent à elles seules 27% des traumatismes liés à la pratique du surf dont 25% de plaies d’arcades sourcilières, 22% de plaies de lèvres, 16% de plaies du menton, 12% de plaies du front, 7% de plaies de joues, 6% de plaies palpébrales, 4% de plaies para-orbitaires, 4% de plaies nasales et 2% de plaies d’oreilles.

         2. Traumatismes des membres inférieurs (25,7%) :

60 % de ces traumatismes sont des plaies. On observe 10% d’entorses de genoux (LLI +++) parmi ces traumatismes, et 10% d’entorses de cheville (dont un tiers d’entorses graves).

         3. Les membres supérieurs (14,6%) :

Les atteintes à ce niveau sont dominées par les traumatismes de la main (50%). On a recensé : 4 fractures de métacarpiens, 8 fractures phalangiennes dont 5 ouvertes, 2 entorses interphalangiennes d’un doigt long, 5 plaies suturées et 5 contusions.

         4. Autres :

Le thorax est atteint dans 3,5% des cas avec une majorité de contusions.

L’abdomen est touché dans 1,1% des cas (contusions par chocs violents contre la planche).

Une plaie et une contusion testiculaires ont été recensées sur cette série.

         5. Les plaies (61% des cas) :

Les planches de surf ont causé 93 % des plaies. La partie responsable était un aileron acéré dans 56% des cas (les planches sont munies de 1 à 4 ailerons), ou l’avant effilé (30% des cas).

64 % des plaies ont nécessité des points de suture (six points de suture en moyenne), 15 % des plaies ont été agrafées (plaies du cuir chevelu). Au total, 165 plaies ont été suturées et 876 points ou agrafes ont été nécessaires.

7 % des plaies ont nécessité une intervention chirurgicale.

3% des plaies ont été refermées en utilisant des sutures adhésives, 2% à l’aide de colle biologique et 9% de plaies superficielles ont bénéficié d’une cicatrisation dirigée.

         6. Traumatismes graves :

Si on inclut les patients victimes d’une fracture, d’une luxation, d’une entorse grave, d’une plaie ayant nécessité au moins 8 points de suture et les patients hospitalisés, 26% des cas de notre série sont des traumatismes sérieux.

              a) Traumatismes maxillo-faciaux :

Les chirurgiens maxillo-faciaux ont pris en charge 3 patients :

- Un débutant de 14 ans a été heurté par une planche lâchée par une surfeuse et a été victime d’une fracture ouverte de l’os malaire gauche.

- Un surfeur confirmé de 42 ans, blessé par le nose de sa planche, a présenté une fracture ouverte de l’os zygomatique avec atteinte du plancher de l’orbite.

- Une jeune Parisienne qui découvrait le surf a été victime d’un traumatisme dentaire grave (4 incisives luxées et une fracturée) après une collision avec un surfeur extérieur à son cours.

              b) Traumatismes ophtalmologiques :

Les patients sont souvent atteints à proximité des yeux mais quand le globe oculaire est atteint, le traumatisme laisse souvent des séquelles visuelles (2).

Trois patients ont requis une prise en charge chirurgicale ophtalmologique :

- Un surfeur confirmé de 32 ans a reçu le nez de sa planche dans son Å“il gauche. De nombreux débris de fibre de verre provenant de la planche ont nécessité une ablation minutieuse (3). Il a bénéficié d’une réfection palpébrale totale et d’une suture du sac lacrymal.

- Suite à un choc avec sa planche, un surfeur confirmé de 32 ans a présenté une plaie de la paupière supérieure de l’Å“il droit et une contusion du nerf ophtalmique.

- Un surfeur de 26 ans a été victime d’un accident de surf par collision avec le nose de la planche d’un autre surfeur. Il présentait une plaie transfixiante de la paupière supérieure droite avec atteinte du muscle orbiculaire et une plaie conjonctivale avec hémorragie sous conjonctivale.

              c) Entorses cervicales (4% des traumatismes) :

Elles se produisent :

- Par collision avec le fond marin (9 cas) en eaux peu profondes ou dans la vague de bord. Le mécanisme est une hyperflexion du rachis cervical quand l’impact crânien est occipital ou une hyperextension quand il est frontal.

- Par collision avec une planche (5 cas) renvoyée par la vague et entraînant une hyperextension du rachis cervical par impact céphalique frontal.

Parmi elles, trois entorses cervicales graves avec fracture vertébrale ont été recensées :

- une luxation C6-C7 avec fracture de C6 chez un surfeur de 20 ans et une fracture de l’arc postérieur de C7 chez un surfeur de 31 ans toutes deux neurochirurgicales.

- une fracture du massif articulaire droit de C7 chez un surfeur expérimenté de 31 ans.

Certains auteurs contre-indiquent la pratique du surf aux patients présentant un canal cervical étroit (4) ou une fusion de vertèbres cervicales (5) du fait du risque de traumatisme cervical.

     

III. Discussion

    A. Intérêt de l’étude :

Cette étude prospective est la seule étude française sur les accidents de surf. Il s’agit de l’étude comportant le plus grand nombre de patients : les échantillons des études américaines ou australiennes sont plus faibles ou recrutés sur des périodes plus longues (6, 7, 8, 9).

    B. Limites :

Cette étude ne calcule pas un risque à pratiquer le surf car il manque le nombre de pratiquants ayant surfé sur la côte pendant la période. Il paraît impossible de donner une estimation du nombre de personnes ayant surfé pendant l’été 2006 sur la Côte Basque. Les surfeurs n’ont pas besoin de forfait, ils ne pointent nulle part et une faible proportion est licenciée.

    C. Les autres risques du surf :

Notre étude est représentative de l’accidentologie liée à la pratique du surf dans des vagues abordables sur des plages surpeuplées comparables à celles rencontrées dans d’autres destinations de surf (Californie, Gold Coast en Australie ou Brésil).

Les risques diffèrent selon la saison : les vagues faciles rencontrées en été sur la Côte Basque sont beaucoup plus dociles que les grosses houles hivernales. Les risques varient aussi en fonction des plages : à Hawaii ou à Tahiti, la puissance des vagues et le récif sous-jacent engendrent une traumatologie spécifique.

Le surf de grosses vagues s’est développé ces dernières années : certains surfeurs s’aident d’un jet-ski pour s’élancer sur des vagues géantes. La hauteur des vagues et la vitesse des surfeurs étant démultipliées, cette pratique engendre des traumatismes à haute énergie.

Notre étude laisse présager de la gravité potentielle des traumatismes auxquels sont exposés les surfeurs. D’autres traumatismes graves peuvent se voir chez les surfeurs : séquelles neurologiques d’un traumatismes crânien ou rachidien, plaies vasculaires par aileron de la planche, perforations abdominales (10) ou rupture de rate par choc contre la planche de surf.

Les noyades chez les surfeurs sont rares car leur planche leur sert de planche de survie. Nous n’avons recensé qu’une noyade de stade 1 dans notre étude.

    D. Prévention :

         1. Préparation du surfeur :

- Il est nécessaire d’assimiler des connaissances sur le milieu marin et les risques du surf avant de vouloir surfer (11).

- Le surfeur est un sportif comme les autres qui doit suivre un entraînement adapté. Il doit réaliser un échauffement avant chaque session pour prévenir les lésions musculo-tendineuses.

         2. Sécurisation du matériel :

L’utilisation de matériel adapté permettrait de prévenir la majorité des accidents :

- Une planche en mousse de taille adaptée est plus sûre pour initier enfants et débutants.

- Pour les utilisateurs de planches dures, il faut conseiller des planches aux formes arrondies.

- Des embouts en caoutchouc rendent l’avant pointu des planches moins aigu et sont recommandés par des ophtalmologistes pour limiter les lésions oculaires en cas de choc (2).

- Il faudrait encourager l’utilisation de dérives souples, trop peu utilisées en France.

- Le leash est un cordon qui permet au surfeur de ne pas perdre sa planche après une chute et évite qu’elle n’aille percuter d’autres surfeurs ou baigneurs au bord.

- La combinaison sert de « seconde peau » aux surfeurs, protège du soleil et limite le risque de plaies.

- Des bouchons d’oreilles préviennent les traumatismes tympaniques et l’exostose.   

         3. Port du casque :

Il est étonnant que le casque ne soit même pas conseillé aux surfeurs alors que la proportion des traumatismes touchant la tête atteint plus de 50 % d’après notre étude.

Actuellement, une infime minorité de surfeurs porte un casque régulièrement. Les surfeurs ne sont pas conscients du risque élevé de traumatismes crânio-faciaux et ils pensent qu’un casque réduirait leurs performances sur les vagues en induisant un inconfort (12).

Des casques adaptés à la pratique du surf protègent efficacement des plaies du cuir chevelu mais ils ne semblent pas assez résistants pour protéger de violents impacts.

D’après notre étude, le port du casque paraît indispensable sur les spots surpeuplés du fait des risques de collisions, ou sur les vagues déferlant en eau peu profonde et a fortiori sur un récif.

         4. Sécurisation des cours de surf :

Les critères de sécurité des écoles de surf sont encore insuffisants. Nous suggérons d’ajouter les recommandations suivantes :

- Cours assurés dans une zone réservée et interdite aux surfeurs extérieurs.

- Annulation systématique des cours par forte houle.

- Utilisation exclusive de planches en mousse avec dérives non coupantes.

- Port du casque vivement recommandé.

         5. Campagne de prévention :

Actuellement, en France, la Fédération Française de Surf et l’industrie du surf communiquent peu sur la sécurité des surfeurs. Une campagne de prévention ciblée sur des attitudes responsables pourrait avoir un impact positif sur les pratiquants, comme celle réalisée par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé pour lutter contre les accidents de ski par le biais d’affichettes, de messages à la radio et en mobilisant les professionnels.

En parallèle à ce travail, nous avons écrit un guide de prévention des accidents et des pathologies liés au surf : « Surfers’ Survival Guide, Surfez en toute sécurité » diffusé en librairies mais encore insuffisamment distribué dans les magasins spécialisés et les écoles de surf.

Conclusion

Le surf est l’activité la plus accidentogène sur les plages de la Côte Aquitaine en période estivale.

La majorité des accidents de surf pourrait être prévenue en appliquant des mesures simples et en mettant sur pied une campagne de sensibilisation des surfeurs en France, impliquant la Fédération Française de Surf et les professionnels du secteur. Il est urgent de prendre des mesures pour prévenir les risques et sécuriser les nombreux surfeurs qui viennent profiter des vagues sur la Côte Aquitaine. 

Pour apprécier l’efficacité des mesures préventives mises en place, il faudrait trouver un moyen fiable et reproductible d’évaluation du nombre d’accidents de surf et des autres sports nautiques au fil des mois. Un observatoire des accidents de plage pourrait être créé pour adapter les mesures à la population d’utilisateurs du plan d’eau qui grandit chaque année et dont les activités de glisse changent au gré de l’évolution du matériel et des effets de mode.

Références

(1) Latapy X. Les accidents de plage sur le littoral aquitain, au cours des étés 1999 et 2000. Thèse de Médecine n° 99. Université Victor Segalen Bordeaux 2. 2004.

(2) Kim JW, McDonald HR, Rubsamen PE et al. Surfing-related ocular injuries. Retina. 1998 ; 18 (5) : 424-9.

(3) Hall G, Benger RS. Missed diagnosis of an intraorbital foreign body of surfboard origin. Ophthalmic Plastic and Reconstructive Surgery. 2004 May ; 20 (3) : 250-2.

(4) Chang SK, Tominaga GT, Wong JH et al. Risk factors for water sports-related cervical spine injuries. J Trauma. 2006 May; 60 (5): 1041-1046.

(5) Cazin A, Olderr T. Surf. La revue du praticien Médecine Générale. Pathologies de l’été, le Guide 2006. Juin 2006. Tome  20. Numéros 738- 739 : pages 835-836.

(6) Roger P. Injury in the surf. Sport Health. Sports Medicine Australia. September 2002. Volume 20. Issue 2.

(7) Nathanson A, Bird S, Dao L, Tam-Sing K. Competitive Surfing Injuries : A Prospective Study of Surfing-Related Injuries Among Contest Surfers. Am J Sports Med. 2007 Jan ; 35(1) : 113-7.

 (8) Taylor DM, Bennett D, Carter M, Garewal D, Finch CF. Acute injury and chronic disability resulting from surfboard riding. J Sci Med Sport. 2004 Dec ; 7(4) : 429-37.

 (9) Taylor KS, Zoltan TB, Achar SA. Medical illnesses and injuries encountered during surfing. Curr Sports Med Rep. 2006 Sep ; 5 (5) : 262-7.

(10) Cheynet de Beaupre C. Surf : pathologie et traumatologie. Thèse de Médecine n°118. Université Lyon 1. 1991.

(11) Zoltan TB, Taylor KS, Achar SA. Health issues for surfers. American Family Physician. June 15, 2005. Vol 71 (n°12) : 2313-2317.

(12) Taylor DM, Bennet D, Carter M, Garewal D, Finch C. Perceptions of surfboard riders regarding the need for protective headgear. Wilderness Environ Med. 2005 Summer ; 16 (2) : 75-80.

Texte intégral dans la thèse médicale n°29 de l’université Victor Segalen-Bordeaux 2 de l’année 2007: “Accidents liés à la pratique du surf: épidémiologie et prévention” par Guillaume Barucq.

Le risque de traumatismes oculaires graves en surf

Mardi 10 juin 2008

La prévention des risques oculaires chez les surfeurs devrait être une priorité. Le surfeur sur la photo s’en est miraculeusement bien sorti.

Une nouvelle étude publiée en Janvier 2008 sur la version en ligne du très sérieux ”British Journal of Sports Medicine“ réalisée par des ophtalmologistes américains tire la sonnette d’alarme sur le risque de blessure oculaire sévère liée à la pratique du surf et sur l’impérieuse nécessité d’utiliser un matériel sécurisé.

Le Docteur Christopher I. Zoumalan et ses confrères du Service d’Ophtalmologie du Stanford University Medical Center en Californie sont partis d’un constat: le surf est un sport à risque élevé de blessures oculaires graves (notamment occasionnées par le “nose” des planches).

Ils ont voulu le vérifier en étudiant 3 de leurs patients surfeurs blessés en Californie du Nord pendant l’hiver:

- le premier surfeur de 39 ans s’est blessé à Santa Cruz dans des vagues de 10-12 pieds. Après s’être éjecté de sa planche à la fin d’une vague et alors qu’il revenait à peine à la surface, sa planche (shortboard 6′2) est revenue vers lui à cause de la tension du leash. Une dérive a grièvement atteint son orbite gauche.
- un surfeur de 41 ans qui surfait également à Santa Cruz dans des vagues de 10-14 pieds s’est crevé l’oeil gauche avec le nose de sa 6′3 renvoyé sur lui après une chute sur une vague de série.
- un jeune surfeur de 28 ans qui surfait au sud de San Francisco s’est blessé en tentant un canard sous une vague de série alors qu’il y avait 8-10 pieds. La planche lui a échappé sous la vague et il a été heurté par le tail renvoyé violemment par un retour de leash. Son globe oculaire était intact mais des lésions internes sévères ont été diagnostiquées.

Sur ces 3 surfeurs, un seul a retrouvé un usage très modéré de son oeil atteint (meilleure acuité visuelle après correction 6 mois après l’opération: 20/100). Les auteurs expliquent ce sauvetage oculaire par le développement des techniques microchirurgicales qui permettent de rendre une vision, aussi minime soit-elle, à des yeux qui auraient été énucléés à une autre époque. Les 2 autres surfeurs  garderont une séquelle définitive de leur accident de surf.

En ajoutant ces 3 cas aux 14 autres de 2 précédentes études anglo-saxonnes sur les blessures oculaires en surf, les auteurs donnent les statistiques suivantes:
-75,6% des patients avaient le globe oculaire rompu (oeil crevé).
-35,3%des patients gardaient une cécité totale après l’accident (pas de perception lumineuse); et seulement 17% ont récupéré une acuité visuelle supérieure à 20/100.
-65,7% des patients présentaient également une plaie de paupière.

Les conclusions des auteurs de cette étude sont les suivantes:

- Les traumatismes oculaires liés au surf sont sérieux et conduisent souvent à des séquelles visuelles permanentes.
- Ces accidents sont arrivés à des surfeurs très expérimentés qui surfaient un shortboard pendant des grosses houles hivernales en Californie.
- Les deux surfeurs blessés à cause d’un retour de leash alors qu’ils remontaient à la surface avaient peut-être un leash trop court (6 à 8 pieds) par rapport aux grosses conditions de surf. Les auteurs suggèrent que des leashs plus longs (8 à 10 pieds) pourraient aider à réduire le risque quand les vagues sont grosses.
-Les auteurs se demandent pourquoi, malgré l’existence et la disponibilité de matériel de protection de la tête et de la face, les surfeurs sont encore réticents à les utiliser. Ils citent notamment les embouts souples en caoutchouc comme les “Diamond Tips”, les dérives souples “Proteck”, les casques “Gath” avec visière ou encore les lunettes de protection “Seaspecs” ou celles de la marque australienne ”Barz Optics”.
- L’attention devrait être portée sur la promotion de telles mesures de sécurité dans la communauté des surfeurs pour aider à prévenir les blessures oculaires.

Cette étude apporte une notion nouvelle: les blessures oculaires graves en surf peuvent être provoquées par différentes parties de la planche: le nose, une dérive ou encore le tail et favorisées par un leash trop court.

Ce type d’accident arrive sur toutes les côtes où les surfeurs pratiquent. L’étude réalisé sur la Côte basco-landaise en 2006 avait évalué le risque de traumatisme oculaire grave en surf à plus de 1% des accidents.

Combien faudra-t-il encore attendre d’études scientifiques et de surfeurs blessés pour que des mesures de sensiblisation et de prévention se mettent enfin en place ???

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