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Archive pour la catégorie ‘Portraits et interviews de surfeurs’

L’origine de la cicatrice de Kelly Slater révélée.

Dimanche 4 janvier 2009

Depuis qu’on le connaît, Kelly Slater arbore une cicatrice sur la partie supérieure droite de la base de son nez.

Cette cicatrice en rajoute à son faciès de “beau gosse” (on dit que les filles kiffent les cicatrices…) mais n’en déplaise à la gent féminine, cette cicatrice n’a rien de celle d’un bad boy (même si Kelly était très bagarreur dans son enfance).

Ce n’est donc pas le résultat d’une dispute avec un local violent. Ce n’est pas non plus le résultat d’un accident de surf même si le nose de la planche vient se ficher plus souvent qu’on ne le croit au niveau de cette partie du visage (surtout quand on n’utilise pas de nose guard ou de casque…).

En fait, cette cicatrice date de son enfance où Kelly a baigné dans un environnement familial musical : le père de Kelly Slater jouait de la guitare et sa mère du banjo. Les frères Slater avaient une batterie dont ils ne savaient pas vraiment jouer mais un jour l’un deux envoya l’une des cymbales de la batterie en l’air…et celle-ci retomba sur le nez de Kelly en occasionnant une plaie… Kelly dit avec humour que depuis ce moment, “la musique est en lui” !

Il n’est pas précisé dans le dernier livre de Kelly Slater s’il est retourné surfer dans l’eau de mer ou au soleil prématurément (rappelons que Kelly Slater a débuté le surf très jeune à l’âge de 5 ans), ce qui pourrait expliquer que sa cicatrice se soit pigmentée et qu’elle soit encore visible à l’âge adulte.

On voit bien la cicatrice sur cette vidéo YouTube où Kelly Slater est interviewé sur son chiffre porte-bonheur : alors Kelly, quel est ton “lucky number” ? Le 9 qui semble t’avoir mené à ce 9e sacre mondial ou le 3 ?

Pour lire les conseils de prise en charge d’une plaie chez un surfeur, cliquez sur cette fiche Surf Prevention.

Le bateau de Yann Eliès est parti en surf dans une vague…

Lundi 29 décembre 2008

Yann Eliès sauvé en direct©AP-Australian Navy
envoyé par pierredavid

En duplex depuis sa chambre d’hôpital à Perth en Australie, Yann Eliès a raconté dans une interview exclusive pour TF1, son accident et son sauvetage.

Dans ce témoignage vidéo passionnant, on apprend les circonstances exactes de son accident.

“J’étais en train d’essayer de bricoler un problème sur le bout dehors, donc à l’extrémité avant du bateau, quand le bateau s’est soudainement mis à accélérer, est parti en surf dans une vague. Il a donc rattrapé la vague de devant et a enfourné complètement avec moi accroché au bout dehors. Je n’ai pas pu résister à la puissance des flots et de la mer et donc quand j’ai réouvert les yeux, j’ai tout de suite compris que quelque chose de grave était arrivé puisque j’ai vu que ma jambe était partie à 90°, que mon dos avait craqué, que le seul contact que j’avais encore avec le bateau était ma main gauche…” a déclaré Yann Eliès.

Retrouvez l’intégralité du récit du skippeur breton sur le site Internet de LCI.

Des news de la blessure du surfeur Julian Wilson

Mardi 16 décembre 2008

Le jeune surfeur Julian Wilson est bien sur le North Shore d’Oahu à Hawaii où il continue de récupérer de son traumatisme de la cheville gauche survenu au mois d’août 2008.

Julian s’était sévèrement tordu la cheville dans un trou de sable, il avait dû se faire opérer et respecter plus de 3 mois de convalescence.

Note de Surf Prévention : Julian s’était déjà cassé une jambe en pratiquant le snowboard quelques années plus tôt.

Le revoici donc de retour sur les plages d’Hawaii avec une planche de surf shapée spécialement pour lui permettre de poursuivre sa rééducation (un fish 5′5”).

Il était déjà remonté sur une planche de surf avant d’arriver à Hawaii mais il préfère jouer la carte de la prudence en n’allant pas surfer quand les vagues font 3 mètres et en ne tentant pas d’aérial (ce qui est difficile pour l’inventeur d’une figure aérienne baptisée Sushi Roll…).

Il estime être revenu à 80% de sa forme mais tant qu’il n’aura pas une totale confiance en sa cheville (articulation clé pour prendre de la vitesse et réaliser les figures radicales inhérentes au très haut niveau), il préfère y aller mollo. Il s’est contenté de surfer à Off-the-Wall et à Backdoor dans de petites conditions. Il n’a pas rencontré de difficultés pour se caler dans de petits barrels mais il a eu un peu plus de mal sur les cutbacks où les appuis sur les chevilles sont plus importants.

Pas de soirée arrosée pour Julian (il a remarqué que l’alcool lui faisait gonfler la cheville) pour être au golf tôt le matin avec ses amis surfeurs-golfeurs Tommy Whitaker, Jarrad Howse, Luke Munro…

Il utilise beaucoup le ballon d’exercice pour renforcer ses membres inférieurs.

Son retour à la compétition et sur les surf trips est prévu pour Janvier 2009… Tenez-vous prêts à en prendre plein les yeux !

Le livre de Kelly Slater : For The Love

Dimanche 14 décembre 2008

Kelly Slater avec la planche collector de Gerry Lopez comme trophée lors du Billabong Pipeline Masters 2008.

Kelly Slater est le surfeur, l’athlète, de tous les records.

Vendredi 12 décembre 2008, il a encore ajouté une ligne à son palmarès en devenant “Pipe Master” pour la 6e fois de sa vie, après ses titres remportés en 1992, 1994, 1995, 1996 et 1999. L’année de son neuvième sacre mondial , il redevient le maître incontesté à Banzai Pipeline neuf ans après son dernier titre et gagne une planche collector d’une autre légende du spot : Monsieur Gerry Lopez…

Il a encore une fois littéralement écoeuré ses adversaires et notamment Timmy Reyes en demie-finale qui avait pourtant réussi l’exploit de mettre Kelly “combo” (Slater avait besoin d’une combinaison de deux vagues pour reprendre la tête) en cours de série. En à peine 2 minutes, le temps de prendre 2 tubes profonds, un backside sur Pipeline et un frontside sur Backdoor, Slater renversait la vapeur et reprenait la tête de façon autoritaire et définitive… En finale, c’est Chris Ward qui a vu s’envoler ses rêves de Triple Couronne hawaiienne avec une nouvelle victoire du King Slater pour sa 10e finale de l’épreuve sur 17 participations.

Mais au-delà des superlatifs et des statistiques, qui est réellement Kelly Slater ?

Personne ne le sait réellement car l’homme garde une grande part de mystère, et même des amis de 20 ans comme Mark Richards reconnaissent que Kelly reste une énigme…

J’ai néanmoins trouvé des éléments de réponse sur la personnalité et le psychisme de Kelly Slater dans son livre “For The Love” écrit avec le journaliste de surf reconnu Phil Jarratt.

Le livre de Kelly Slater et Phil Jarratt For The Love

On n’y parle pas seulement de ses victoires en compétition ou de sa relation amoureuse (très médiatisée à l’époque) avec Pamela Anderson qu’il avait rencontrée sur le tournage de la série Baywatch. On en apprend plus sur sa famille (saviez-vous que Kelly Slater a une fille de 12 ans ?) et sur ses amis (dont Jack Johnson qui préface l’ouvrage). Le tout agrémenté de superbes photos pour la plupart inédites.

Ce livre est plein de vie mais Kelly Slater y évoque aussi la mort.

Il a pourtant été largement épargné par les accidents de surf si l’on excepte une blessure au genou qui l’a enquiquiné pendant 3 ou 4 ans en début de carrière.

Dans un passage du livre, on apprend que Kelly pense à la mort assez souvent et qu’il est passé par des stades où il n’en avait plus du tout peur. Il se dit que la peur de la mort est peut-être en fait la peur de ne pas avoir accompli tout ce que l’on aurait voulu faire dans sa vie, pas seulement les choses matérielles mais également tous les actes manqués sur lesquels on aimerait revenir, les personnes pour lesquelles on n’a pas été présent au bon moment, les conversations que l’on n’a pas écoutées,…

Kelly estime que nous devrions tous être capables de faire face à notre propre mort mais également à celle des autres. Il revient sur des épisodes traumatisants qui l’ont marqué au fer rouge d’amis victimes d’une noyade en surfant.

Il revient sur la noyade d’un ami proche à Waimea, Donny Solomon, qui était parti en arrière au canard sur une vague énorme, quelques instants après avoir partagé une vague avec Kelly. Les décès de Mark Foo à Mavericks dans “seulement” 15 pieds (après que son leash se soit probablement coincé sur le reef) et celui de Todd Chesser à Outside Alligator Rock (une série de 10 vagues consécutives de 10 mètres lui a été fatale) lui ont fait comprendre que même les big wave riders les plus expérimentés n’étaient pas immunisés contre la noyade.

Kelly Slater rappelle que la noyade peut survenir dans des petites conditions de surf comme ce fut le cas pour Malik Joyeux qui périt à Pipeline dans des vagues d’une taille abordable pour quelqu’un qui avait dompté les plus grosses déferlantes du monde à Teahupoo. Kelly raconte également la noyade de l’ancien surfeur professionnel devenu écrivain, Jamie Brisick, dans des vagues de 50 centimètres à Ventura après qu’il ait perdu connaissance suite à un traumatisme crânien contre sa planche de surf et qui a dû son salut à un pompier qui l’a repéré et a pu le ranimer sur la plage…

Toutes ces tragédies ont fait se poser beaucoup de questions à Kelly et à certains de ses amis les plus intrépides comme Shane Dorian ou Brock Little. Le jeu en valait-il vraiment la chandelle ? ” Quelle session (…), quelle photo, quelle décharge d’adrénaline, quelle distinction vaut la peine de prendre le risque de se noyer?” se demande Kelly Slater. Cette réflexion vient contredire les commentaires imbéciles du genre “ce n’est pas si grave, il est mort en faisant ce qu’il aimait..” que l’on peut entendre chaque fois qu’un surfeur décède en surfant.

Kelly Slater s’est bien fait peur à quelques reprises en restant le temps de 2 voire 3 vagues sous l’eau, de quoi subir un “aquastress” mais jamais au point d’inhaler de l’eau. Sa plus grosse frayeur dans les vagues, il se l’est faite lors de sa première session à Mavericks où il a pris la première vague d’une série de 15 pieds, a chuté alors qu’il ne s’y attendait pas, a été entraîné au fond et a été maintenu sous l’eau par la vague suivante. Quand il a enfin refait surface, Jeff Clark était là sur son jet-ski pour le récupérer.

Pour éviter de se retrouver dans ce genre de situations, Kelly Slater donne des conseils de prévention: “il faut calculer les risques surtout quand les vagues sont grosses. Faire attention à la tendance (à la hausse ou à la baisse) des bouées, connaître les lineups des spots à la perfection et être très concentré. (…) Quand tu ne peux pas voir le reef, il faut faire attention aux petites turbulences et à la couleur de l’eau. (…) Se poser la question : quelle était la taille de la plus grosse vague au cours de la dernière heure et où celle-ci a-t-elle cassé ? (…) Si tu te fais prendre par une série, tu as besoin de savoir où ramer pour te retrouver là où l’énergie se disperse et où tu peux passer dessous.”

Il y a vraiment beaucoup de choses intéressantes à apprendre dans ce livre sur Kelly Slater, sur le surf, la vie et l’amour…

Extrait du livre de Kelly Slater For The Love

Force of Nature : le livre de Laird Hamilton !

Lundi 1 décembre 2008

Laird Hamilton, Force of Nature, Mind, Body and Soul, and, of course, Surfing.

Attention, voici un best-seller en puissance !

Tous les surfeurs connaissent le big wave rider Laird Hamilton, l’un des pionniers du surf tracté.

Ce waterman qui pratique toutes sortes de sports dérivés du surf est un véritable colosse aux mensurations impressionnantes de 1,90 mètres pour 98 kg de muscles.

Il nous livre dans cet ouvrage, richement illustré par des photographies de qualité, tous ses conseils d’hygiène de vie pour avoir un esprit sain dans un corps sain de “soul surfer”.

Toutes les facettes de son mode de vie y passent: préparation mentale, préparation physique (musculation, yoga,…), alimentation (Laird a l’air sacrément calé en diététique…), leçons de sagesse, conseils pour la vie de famille,…

Les conseils de Laird sont complétés par les avis de grands spécialistes de la préparation physique, du yoga, de la cuisine (avec les recettes de l’appétissante Giada de Laurentiis que Laird a même amené faire un tour en SUP)…et aussi le chirurgien orthopédique de Laird, le Dr Neal S. Elattrache.

Le bouquin se termine par un grosse partie sur le surf évidemment. Laird a essayé tous les engins pour glisser sur l’eau et la discipline la plus complète pour lui est le stand-up paddle surfing (je confirme).

Ce livre est disponible sur Internet. En attendant une version française, nous aurons l’occasion de faire référence à cet ouvrage qui est dans la lignée du concept de www.surf-prevention.com  sur les thèmes du surf, de la santé et de la sécurité.

Il y a vraiment d’excellents conseils d’hygiène de vie dans ce bouquin (même si je ne cautionne pas 100% de ce qui est écrit), à conseiller aux surfeurs de tous bords, et même aux non-surfeurs.

Diabète et surf: quelle glycémie avant une session ?

Dimanche 30 novembre 2008

On peut très bien surfer quand on est diabétique ! Il est même possible de passer professionnel comme nous le montre le jeune surfeur hawaiien Scott Dunton.

Dans un excellent article paru sur le site Internet de Diabetes Health, Scott Dunton, diabétique de type 1 sous pompe à insuline, donne quelques “trucs” sur son hygiène de vie.

On apprend notamment qu’il ne se prive de rien au niveau alimentaire mais qu’il adapte ses doses d’insuline à ce qu’il ingère. Le matin, par exemple, au petit déjeuner, il ne se prive pas de ses Fruity Pebbles: il s’autoadministre un “bolus” de 12 unités d’insuline vingt minutes avant, il les mange et part surfer.

Le surfeur diabétique doit apprendre à se connaître et à adapter les doses d’insuline en fonction de ce qu’il mange et des efforts qu’il fournit. Avant une session de surf par exemple, il est très important de contrôler sa glycémie capillaire avec un lecteur de glycémie.

Il ne faut jamais aller faire du sport, du surf, si on est déjà en hypoglycémie ou quand la glycémie est trop élevée. Pour Scott, le niveau de glycémie idéal est entre 130 et 140 mg/dL avant d’enfiler son lycra pour une série de compétition de 30 minutes. Juste avant une longue session de 2 heures de free surf, il préfère quand sa glycémie se situe encore plus haut,  entre 150 mg/dl et 160 mg/dl.

En cas d’hypoglycémie, il garde toujours une glacière sur la plage avec une bouteille de Gatorade et des barres de Snickers pour pouvoir se resucrer. Quand il surfe à plusieurs centaines de mètres du bord et que le retour sur la plage peut prendre de longues minutes, il emmène de quoi se resucrer dans sa combinaison : en cas de symptômes d’hypoglycémie, il faut pouvoir réagir vite !

Retrouvez les conseils pour gérer son diabète avant, pendant et après une session de surf dans la fiche ” Surf et diabète” de Surf Prevention.

Envoyez vos témoignages sur le forum.

Parmi les monstres d’Hawaii

Dimanche 30 novembre 2008

Coups de folie en mer Couverture

Surf Prévention suit de près la saison hawaiienne.

Comme chaque hiver, sur le North Shore d’Oahu, le “seven mile miracle”, où sont concentrés quelques-uns des spots les plus connus de la planète, va faire parler de lui.

Comme chaque année, ce sont les photographes qui immortaliseront les actes d’héroïsme et de bravoure des surfeurs sur des vagues dantesques.

Certains photographes shootent depuis le confort moelleux du sable du bord de plage. D’autres s’aventurent à leurs risques et périls dans les vagues, au coeur de l’action pour nous gratifier de clichés époustouflants. Laurent Masurel, photographe officiel de Surf Prévention, est de ceux-là.

Il nous avait déjà confié dans son interview les difficultés d’être un photographe aquatique. Au même titre que les surfeurs, les photographes aquatiques se font parfois très peur.

Pour exprimer toutes les émotions que l’on peut ressentir en se mettant à l’eau sur un spot hawaiien un jour de gros, les mots manquent…

Sauf quand la littérature et la plume d’un écrivain surfeur viennent mettre des mots sur l’indicible.

Le romancier Hugo Verlomme a accepté de nous laisser publier un extrait de l’une de ses oeuvres envoûtantes: “Coups de folie en mer, histoires extraordinaires”. Il nous parle d’une mésaventure vécue par Laurent Masurel justement. Je vous laisse savourer…

Portrait de Laurent Masurel. Copyright www.surf-prevention.com

“Ayant grandi entre les plages du Cameroun et celles du Pays Basque, Laurent Masurel nageait déjà dans les vagues à un âge où d’autres fréquentaient la cour de récréation. Après des études de gestion, il décide d’allier ses deux talents: le bodysurf (vice-champion de France, meilleur Français à Hawaii (note de Surf Prévention: jusqu’à la performance de Frédéric David au Pipeline Bodysurfing Classic 2008) et la photographie. En quelques années, il est devenu l’un des meilleurs photographes et cameramen aquatiques, travaillant aussi bien pour la presse que la télévision ou l’édition. Il est l’un des seuls à oser s’aventurer dans de très grosses vagues avec une caméra (pour les championnats du monde de surf par exemple) ou avec un appareil photo.

Il est étonnant de voir à quel point les détails d’une journée particulière peuvent parfois nous revenir avec précision. Ce qui semblait anodin et sans importance s’impose alors de façon précise à la mémoire. Ce jour-là, je me souviens du parcours qui m’a mené jusqu’à la fameuse vague d’Hawaii, Pipeline: la voiture, achetée pour moitié avec un ami bodysurfer californien, semblait parcourir la route presque toute seule.
Depuis l’aube, la pression commençait à monter: un “avis de gros surf” avait été émis la veille. Au petit matin nous avons pu voir les vagues énormes et les longues lignes de houles depuis la route, au niveau du spot appelé Rockpiles, non loin de Pipeline. Sans aucun doute nous allions assister à une journée de vagues monstres “out of control”. En garant la voiture, j’essayai d’évacuer la pression qui commençait à m’habiter, cherchant à me déconnecter d’une réalité trop pesante. En regardant ces rouleaux venus de loin, je me disais: “C’est un jour de gros pour toi, Laurent, trop difficile de faire des photos aquatiques…S’il n’y a personne à l’eau, je n’y vais pas…Si les vagues pètent sur le troisième récif (donc très loin), je n’y vais pas non plus…”
Je restai une dizaine de minutes dans la voiture, à l’abri de l’agressif Pacifique, à réfléchir, à inspirer et expirer comme pour emmagasiner de l’oxygène. Je finis par préparer mon caisson étanche avec l’appareil photo puis me dirigeai discrètement vers la plage avec mes palmes. Là, dilemme: après cinq minutes d’observation, je dus constater que Pipeline n’était pas “out of control” mais seulement énorme…Une quinzaine de fameux surfers hawaiiens se trouvaient déjà à l’eau. Tout se bousculait dans ma tête. J’avais peur, mais j’avais envie. Ou bien j’avais envie, mais j’avais peur. C’était déjà la confusion dans mon esprit. Les conditions étaient ultra-limites pour un nageur comme moi: des vagues de quinze pieds “hawaiiens” (entre cinq et sept mètres selon les critères européens), au deuxième récif, avec des séries grossissantes au troisième récif et un croisement de houles de nord-ouest et nord ne laissant aucun répit dans la passe où pulsait un courant déchaîné. Bref, tous mes voyants étaient au rouge. Qu’est-ce donc qui m’obligeait malgré tout à me lancer dans ce magma liquide ? La perspective de rapporter des photos extrêmes ? La passion d’aller au bout de moi-même ? L’envie, mélangée à de l’orgueil et un peu de fierté, d’appartenir à cette élite de riders (”coureurs de vagues”) qui ont osé y aller ? (Et certains y sont restés, plaisantai-je en moi-même.) Je me sentais pourtant lucide, sachant que les conditions que j’observais du bord pouvaient s’avérer bien “pires” une fois dans le “jus” (montée de houle, courants, vagues qui grossissent, etc.). Au bout d’un moment, j’ai pris mon caisson étanche, les palmes, et me suis dirigé vers le bord. En fait je n’ai pas pris de décision, c’est la passion qui a parlé et Pipeline semble avoir choisi pour moi: la folie opérait-elle déjà ?
J’ai connu un instant d’euphorie lorsque, entraîné vers le large par le courant, j’ai réussi à passer la barre d’Ehukai sans me prendre de grosse vague sur la tête, mais je suis bien vite revenu à la réalité: le risque était de rester coincé entre des vagues monstres par le courant qui vous empêche de sortir de là. Heureusement, je me suis retrouvé assez facilement à la hauteur des vagues. Trop facilement, ai-je analysé par la suite; mais pour l’heure j’étais tout à ma joie d’être là, tutoyant ce paradis sensoriel.

La vision du photographe. Copyright Aquashot.

Le spectacle était angoissant mais féérique. Dans de telles conditions, on se sent partie de l’océan, mais l’on scrute aussi ses moindres sautes d’humeur pour ne pas se retrouver à sa merci. Avant tout, on est empli par la beauté qui se dégage de sa puissance, on devient son enfant et l’on s’en remet à lui. Cette ambivalence n’est pas facile à gérer. Il faut être avant tout acteur, anticiper les vagues, palmer de toutes ses forces, et pourtant on voudrait n’être qu’un simple spectateur de ce show grandiose. Vivre un coup de folie dans de telles circonstances signifierait alors ne plus être acteur mais seulement spectateur…de son propre naufrage !
Jusque-là, tout restait sous contrôle; j’étais rarement bien placé pour les photos, mais au moins je parvenais à éviter les grosses séries venues du nord; je me trouvais à l’eau depuis une bonne vingtaine de minutes et n’avais presque plus conscience de ma fatigue, bien réelle, mais je dus constater que le courant m’entraînait peu à peu vers la zone d’impact où explosaient d’énormes vagues blanches et informes.
Je décidai alors de rentrer au plus vite, mais il était déjà un peu tard: je ne dominais plus la situation. Maintenant que je voulais m’extirper de l’océan, il faisait tout pour m’en empêcher: le courant se renforçait et l’intervalle entre les vagues diminuait… Je ne faisais même pas du surplace en déployant de gros efforts, et je me souviens d’avoir pensé: “Un vrai euphémisme en plein désarroi”, comme si j’essayais de m’extraire de l’emprise de l’océan par l’humour. Mais s’agissait-il d’une litote ou d’un euphémisme ? J’en débattais avec moi-même pour mieux oublier que je me débattais avec les éléments. Je me recréais une oasis de sécurité au sein d’un océan d’insécurité. D’une certaine façon, je délirais pour mieux m’extirper de cette entrave. J’avais peur, mais ne voulais pas que cette peur me  paralyse, alors je m’inventais des blagues, des scénarios que j’essayais d’intégrer à cette nouvelle réalité. Cela m’a-t-il évité de paniquer ? A y bien réfléchir, j’avais atteint mes limites physiques et les crampes me faisaient crier de douleur tandis que je continuais à palmer. Je ne pouvais pas avancer plus vite et me rapprochais de séries grotesques (car tellement énormes) du fameux spot d’Off the Wall, avec ses barres terrifiantes,  plus larges que hautes. En réalité ce n’était plus un spot mais un chantier impraticable, frappé par de gigantesques explosions où il n’y avait pas âme qui vive.
Après dix minutes de lutte, je n’avais pas bougé d’un iota et me trouvais en zone rouge, là où les surfeurs les plus expérimentés ne vont pas. Chaque minute semblait durer une éternité, au cours de laquelle se bousculaient des idées incohérentes, voire contradictoires, mélangeant la réalité à des digressions pseudo-philosophiques. Peu à peu, des images monstrueuses s’imposaient à moi: chaque vague d’Off the Wall se transformait en un spectre livide et ma descente aux enfers commençait. J’étais seul au monde. Je décidai alors de mettre le paquet et de palmer comme si ma vie en dépendait.”

Laurent Masurel s’en est-il finalement sorti indemne ? Pour connaître la suite, courez en librairie vous procurer ces histoires extraordinaires de “Coups de folie en mer” aux Editions Arthaud.

Ce recueil d’histoires et de témoignages de navigateurs, plongeurs, nageurs et surfeurs raconte comment ces personnes, dans des situations extrêmes, ont vécu des moments extraordinaires : tempêtes, solitude, haine ou amour, peurs paniques ou extases mystiques, hallucinations et fantômes, rencontres avec des créatures marines,…
Hugo Verlomme en action.

Hugo Verlomme, l’auteur, a publié plus de vingt livres consacrés à la mer. Il est connu notamment pour ses romans: Mermere, Sables, L’Eau est là. L’Homme des vagues, roman pour la jeunesse, est étudié dans les collèges et son Guide des voyages en cargo et smallships (nouvelle édition en 2006) est devenu un classique dans le monde entier. Son penchant pour les vagues l’a amené à vivre sur les plages de son enfance, dans les Landes.

Sortie du film Just Add Water en DVD

Vendredi 31 octobre 2008

Just add water. La vidéo.

Le dernier film de surf de la marque Quiksilver vient de sortir.

Il est consacré à la vie du jeune prodige de 19 ans : Clay Marzo. Ce surfeur est atteint d’un syndrome d’Asperger, considéré comme une forme atténuée d’autisme.

Au programme: de l’action à couper le souffle ! Ce goofy-foot est vraiment RA-DI-CAL ! Il  envoie des figures tellement impressionnantes qu’elles font dire à Dane Reynolds qu’il ressemble à un vieil homme rouillé à côté de Clay et à Fred Patacchia qu’il semble que ce surfeur a de doubles articulations…

Cette vidéo est un concentré de figures radicales : tubes bien profonds, cut back ravageurs, tails slides, rollers avec les 3 (et parfois quatre ! ) dérives dehors… Tout le répertoire du surf moderne y passe !

On voit surtout Clay Marzo en action mais il y a également quelques séquences de ses compères surfeurs comme Ry Craike, Julian Wilson, Dane Reynolds, Kelly Slater, Danny Fuller, Jamie O’Brien…

L’action se déroule sur quelques-unes des destinations avec les plus belles vagues du monde : Fidji, Australie, Tahiti, Hawaii, Californie, France, Espagne

Le film est agrémenté de témoignages de surfeurs et de spécialistes très intéressants qui aident à mieux comprendre ce qu’est le syndrome d’Asperger. Il s’agit presque d’un film pédagogique pour les futurs psychiatres… Il est tellement plus facile et ludique de retenir une association de signes cliniques quand on a vu un personnage dans un film ou quand on a connu un patient avec les mêmes symptômes…

Le tout avec des sous-titrages en français, anglais, espagnol et allemand; ce qui est presque un luxe pour un film de surf !

A voir absolument !

Retranscription des témoignages de l’extrait du film sur YouTube :

Occy : Far out, I love Clay’s surfing, it’s amazing.
Dane Reynolds : Oh in terms of ability, he’s at the top. No doubt.
Kelly Slater : Probably no one at 18, at his age, in the world right now that does as big stuff as he does.
Andy Irons : As far as 18 years old goes, he’s the best in the world by far.
C.J. Hobgood : It’s hard to know what’s going on in that kid’s head a lot of the times.
Jake Patterson : He only gets excited when he sees a sick little left or when he’s eating…
A.I. : Yeah he starts doing this… I love that. (Note de Surf Prevention : Andy Irons précise sur la version intégrale de la vidéo que Clay Marzo adore faire cela quand il voit une vague et tout spécialement une gauche; Andy ajoute que lui aussi va se mettre à se frotter les mains frénétiquement avant de surfer…).
Clay Marzo : Waves are…toys from God !
Dr Tony Attwood (Asperger’s Syndrome Expert) : Asperger’s is a form of autism, it’s what we call a higher form.
Dr Chitra Bhakta (Autism specialist ) : they seem normal, but yet have enormous problems with social interaction.
Dr Attwood : Some things are processed so superbly, the person has areas of excellence.
Dr Bhakta : That one sphere of excellence that they have, that they can devote, I think, exceptionally long hours of concentration.
Dr Attwood : You don’t suffer from Asperger’s, you suffer from other people.
Clay Marzo : I like traveling, but like, I really don’t.
C.J. Hobgood : You gotta be at the airport here, where’s your passport at ?
Kelly Slater : I think he’s naturally gifted enough to make it on tour.
Clay Marzo : I got a good wave, yeah ?
Chad Wells (Surf Team Manager) : Just paddle in. All you need is a one something.
Martin Potter: All right Clay, come on ! Aw he got swallowed. Damn.
“It’s a career choice and it’s a life choice. Do I really want to be a traveling professional surfer ?”
Clay Marzo :(Maui), rock island in the sun. Water mic footage: I got barreled !
If there was no such things as barrels, I probably wouln’t even surf…

Clay Marzo : portrait d’un surfeur extraordinaire

Jeudi 30 octobre 2008

Clay Marzo. Copyright Quiksilver.

Le jeune Clay Marzo est l’un des meilleurs surfeurs du monde : Kelly Slater, Andy Irons ou encore Dane Reynolds hallucinent même devant ses performances…

Il est pourtant atteint d’une forme atténuée d’autisme : le syndrome d’Asperger dont la caractéristique la plus marquante est la propension du patient à s’investir et à exceller dans un domaine particulier. Clay Marzo est un « Asperger », spécialiste du surf !

Clay Marzo est né le 17 Juillet 1989. Il vit sur la Côte Ouest de Maui à Hawaii mais passe maintenant beaucoup de son temps en surf trip.

La consécration vient d’avoir lieu pour ce prodige en 2008 avec la sortie du film Quiksilver qui lui est dédié : « Just Add Water ».

Clay Marzo s’était fait repérer grâce à ses victoires aux championnats américains NSSA en 2004 et 2005 ainsi que pour ses performances ahurissantes dans la série de vidéos « Young Guns ».

Son surf est très créatif, instinctif et surtout imprévisible : même lui ne sait pas quelle sera sa prochaine figure explosive sur une vague… Il vit dans l’instant présent.

Ses qualités de surfeur hors-normes font déjà de lui un être à part. Mais c’est surtout son comportement qui a intrigué et parfois inquiété sa famille et ses amis. Clay paraissait « différent » dans sa façon d’être et d’interagir.

Jusqu’au jour de Décembre 2007 où le diagnostic de Syndrome d’Asperger a été posé pour Clay. Le cas clinique de Clay Marzo est très instructif et permet de mieux comprendre le syndrome d’Asperger.

Retrouvez l’intégralité du portrait de Clay Marzo et les explications sur le syndrome d’Asperger dans la rubrique “Portraits” de www.surf-prevention.com .