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Articles taggés avec ‘medecins generalistes et grippe A’

Santé : la facture très salée de la Grippe A…

Lundi 8 mars 2010

Alors que certains intervenants attendent encore d’être payés, le JDD a sorti hier une estimation chiffrée sur le coût de l’épidémie de Grippe A en France, qui dépasse allègrement le milliard d’euros. Rappelons que la Grippe A, dans la forme que nous avons connue, est une maladie bénigne ou asymptomatique dans l’immense majorité des cas. Vous me demanderez alors comment de grands experts ont pu se planter à ce point quant à la dangerosité du virus… Alors que les généralistes voyaient de simples grippettes dans leurs cabinets, on entendait encore récemment de grands spécialistes exhorter la population à se faire vacciner, quitte à subir les effets secondaires du vaccin.

Comment y a-t-il pu y avoir un aussi grand décalage entre le terrain et les hautes sphères de la santé ? En France, la réponse est claire : le Ministère de la Santé a choisi de se déconnecter de la base des médecins généralistes et de mettre en branle une organisation vaccinale ubuesque dans des gymnases et autres salles polyvalentes.

Campagne de vaccination contre la grippe A H1N1 - tags image vaccin seringue aiguille

Bien sûr, il est facile de faire la morale à la fin de l’épidémie mais le décalage entre la réalité et les décisions prises pose question. Autant j’avais été surpris par le manque de réactivité et le laxisme au début de l’épidémie : devant un virus potentiellement dangereux, je vous rappelle que nous avions laissé aller et venir les gens d’un continent à un autre sans interrompre les liaisons aériennes, et sans même mettre les patients à risques en quarantaine… A mesure que des données rassurantes sur la virulence du virus étaient disponibles, on entendait au contraire les medias nous faire peur avec les quelques cas graves isolés. J’ai même entendu des annonces de grippe A mortelles dans les medias, avant même la confirmation virologique chez le patient…

Ce scandale a mis en lumière le lien étroit qui unit certains experts et l’industrie pharmaceutique. Un chercheur ne peut travailler sans les subventions privées de l’industrie. Mais ne faudrait-il pas nommer des experts indépendants et « désintéressés » pour orienter la politique nationale et mondiale de santé ? Quand on apprend que tel expert a reçu des millions d’euros de la part d’un labo qui fabrique un vaccin, cela laisse rêveur quant à l’énorme conflit d’intérêt qui existe. Et ce n’est pas la simple transparence qui permettra de lever les doutes. A mon sens, un véritable expert sur ce genre de question ne devrait pas recevoir un centime de l’industrie pharmaceutique. Quand je pense qu’on interdit maintenant aux médecins de recevoir d’un laboratoire un simple abonnement à une revue médicale, pourquoi ne pas étendre cette politique contre les conflits d’intérêts aux chercheurs et autres éminences grises de l’OMS ?


Les experts de l’OMS face aux critiques
envoyé par Europe1fr. – L’actualité du moment en vidéo.

Vaccination contre la Grippe A SANS les généralistes

Samedi 28 novembre 2009

Faut-il se faire vacciner contre la Grippe A ???

On me pose cette même question 36 fois par jour par téléphone ou sur Internet…

Les annonces récentes dans les medias de la mort d’une fillette et d’une mutation du virus ont suffi à déclencher un vent de panique dans le public.

Je conseille bien évidemment aux personnes « Ã  risques »- et à celles qui les côtoient -de se faire vacciner. Pour les personnes sans facteurs de risques, j’explique individuellement les bénéfices et les risques potentiels liés à la vaccination et à la maladie et je les laisse décider en leur âme et conscience.

Ces explications téléphoniques répétées et personnalisées au cas par cas prennent du temps au généraliste, que les patients questionnent en priorité, mais qui ne viennent pas pour autant le consulter.

Et c’est là où le bât blesse ! On a évincé les médecins généralistes du dispositif pour économiser des consultations à 22 euros.

Le résultat de cette organisation, c’est une véritable usine à gaz où les gens font la queue comme du bétail pendant des heures dans des centres de vaccination – au risque de se contaminer les uns les autres.

Pour une épidémie de ce type (forte contagiosité mais très faible mortalité pour le moment), il aurait été beaucoup plus simple, rapide, efficace et confortable pour les patients de faire intervenir – dans leur cabinet - les médecins généralistes qui sont, jusqu’à preuve du contraire, les spécialistes des syndromes grippaux, de leur prévention et de leur traitement.

Mais les petits soldats que sont les généralistes sont condamnés à rester des lampistes. On leur passe de la pommade en leur disant qu’on compte sur eux mais au final ils restent les smicards du système du santé, à qui l’on ne fait même plus confiance pour organiser la vaccination anti-grippale de la population…

N’aurait-il pas été plus simple de demander aux médecins généralistes de vacciner leurs propres patients à risques, ou au moins de leur faire une ordonnance pour le vaccin, plutôt que de leur envoyer des bons de vaccination qui mettent parfois du temps à arriver.

Je fais partie des derniers jeunes médecins généralistes à avoir osé poser sa plaque (1 médecin sur 10 seulement s’installe à l’heure actuelle…) et au bout de 2 ans d’exercice, je peux vous dire que je suis écoeuré par nos conditions de travail et la médiocrité de nos revenus.

J’aime toujours autant mon métier mais je suis dégoûté de constater qu’on refuse aux généralistes de les augmenter de 1 euro (qui ne suffirait certainement pas à redorer l’attractivité de cette profession que les étudiants en médecine fuient comme la peste).

Notre problème à nous médecins est d’avaler toutes les couleuvres sans broncher au nom de la noblesse de notre art. Mais ce scandale de l’éviction des médecins généralistes de la campagne de vaccination contre la grippe A pourrait bien être la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Dr Guillaume Barucq.

Lire aussi pourquoi le système de vaccination actuel est plus lent qu’une vaccination chez les médecins généralistes.

Bien dormir pour prévenir la Grippe A !

Vendredi 27 novembre 2009

On nous serine en permanence les mesures barrières pour se prémunir de la Grippe A/H1N1 : se laver les mains, porter un masque, etc.

Mais on oublie de rappeler aux gens qu’ils ont intérêt à rester en forme pour combattre au mieux l’infection, et tous les microbes qui nous assaillent en permanence.

Une maladie infectieuse résulte de la rencontre entre un microbe et une personne (on parle du « terrain »).

Plus notre terrain est « fort », mieux nous nous défendons contre les infections.

Nous rencontrerons tous le virus H1N1 à un moment ou à un autre (d’ici à 3 ans, 100% de la population devrait l’avoir rencontré) mais certaines personnes infectées ne présenteront pas ou peu de symptômes quand d’autres feront des formes plus « bruyantes » ou graves après avoir contracté exactement le même virus.

Le premier facteur de vulnérabilité est constitué par les facteurs de risque (personne immunodéprimée, atteinte d’un cancer, d’une maladie chronique comme l’asthme, le diabète, l’obésité…)

Mais que ce soit pour une personne « saine » ou étiquetée « Ã  risques », il est primordial de rester en forme. Et pour être en forme, il faut commencer par bien dormir !

La plupart des patients grippés que j’ai consultés ces dernières semaines ont fait une simple « grippette ». Ceux qui ont fait les grippes les plus « carabinées » étaient ceux qui étaient déjà fatigués avant l’infection : c’est le cas typique de l’étudiant stressé en dette de sommeil après plusieurs soirées alcoolisées qui tombe malade.

Mieux vous dormirez, mieux vous combattrez l’infection.

Une étude vient de le démontrer : un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité est un facteur de susceptibilité pour développer une infection virale respiratoire.
Les patients qui avaient dormi moins de 7 heures par nuit dans les jours précédant l’exposition à un virus avaient 3 fois plus de chances d’attraper un rhume que ceux ayant dormi 8 heures ou plus.

L’étude en question a été réalisée avec un rhinovirus mais on pourrait extrapoler ses résultats concluants à d’autres infections, comme celle de la grippe A/H1N1.

En cette période d’épidémie, je vous conseille donc plus que jamais de bien dormir en prévention de l’infection ; ce qui ne veut pas dire de rester au lit toute la journée, nous verrons prochainement que l’activité physique modérée dope les défenses immunitaires ! 

N.B. : si vous tombez malade, il est primordial de vous reposer jusqu’à la guérison (pas de sport si vous êtes malades) et de reconsulter votre médecin généraliste si les symptômes persistent (ou directement le 15 ou les urgences en cas de gêne respiratoire).

Bon je vous laisse…j’ai décidé de me coucher une heure plus tôt ce soir pour mieux me défendre contre les virus que les patients ne manqueront pas de ramener à ma consultation demain matin !

Dr Guillaume Barucq.

Référence : Sleep Habits and Susceptibility to the Common Cold ; Sheldon Cohen, PhD; William J. Doyle, PhD; Cuneyt M. Alper, MD; Denise Janicki-Deverts, PhD; Ronald B. Turner, MD (Arch Intern Med. 2009;169(1):62-67).

La grippe A et le ras-le-bol des médecins généralistes français

Samedi 2 mai 2009

La menace d’une épidémie de grippe A / H1N1 fait déployer tout un arsenal de mesures spectaculaires. On nous montre à la télévision les patients pris en charge par des médecins urgentistes du SAMU habillés en tenue de cosmonautes qui hospitalisent les patients suspects dans les chambres d’isolement high tech de l’un des meilleurs hôpitaux parisiens.

Pourtant, si l’épidémie venait à s’étendre, les hôpitaux seraient instantanément embolisés et la prise en charge des patients reviendrait vraisemblablement aux « petits soldats » de la médecine de premier recours : les médecins généralistes (dont je fais partie) qui se rendront au chevet des patients.

Croyez-le ou non, je n’ai pour l’instant reçu aucune consigne de la part du Ministère ou de la Direction Générale de la Santé (je vérifie pourtant ma boîte mail régulièrement).

Ce soir, un médecin généraliste peut très bien être appelé au chevet d’un patient potentiellement porteur du virus : il s’y rendra avec sa b… et son couteau (passez-moi l’expression) car on ne lui a toujours pas fourni de masques de protection FFP2 ni même d’antiviraux. Les généralistes sont pourtant en première ligne pour être contaminés et transmettre le virus à leur famille ou à leurs patients.

Ce nouvel oubli des médecins généralistes est peut-être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Lassés d’être les parents pauvres du système de santé alors qu’ils en sont le pivot central, des généralistes ont écrit à Roselyne Bachelot. Je me joins à mes confrères dans leurs inquiétudes et leurs revendications.

Dr Guillaume Barucq.

Voici le texte intégral de cette lettre ouverte du syndicat Union Generaliste :

Madame la Ministre,La grippe A H1N1 mobilise à juste titre tous les systèmes de santé et leurs responsables.
On sent bien que devant le danger de la contagion vous allez redécouvrir la place des médecins généralistes libéraux auprès des leurs patients sur tout le territoire français. Peut-être à cette occasion vous apparaîtra pleinement la médiocrité des moyens mis à leur disposition pour accomplir leur tâche au quotidien.

Avec 2.9% des 200 milliards d’euros consacrés à la santé ils sont les pivots du système de santé et ont la charge de la permanence des soins sur tout le territoire. Pour comparaison, la gestion de la sécurité sociale consomme à elle seule le double de cette somme.

Plus grave encore: tant au niveau de la permanence des soins que dans toute autre mission de service public où ils sont conviés de gré ou de force, ces médecins ne sont couverts par aucune assurance réelle et identifiable. Dans le même temps ils encourent un risque médicolégal maximal et sont l’objet de violence parce que seuls et vulnérables.

Madame la ministre de la santé, pour vous la tentation va sans doute être grande, tout à l’heure ou demain matin de remettre à l’honneur la visite à domicile que vous avez jusqu’ici combattue pour des raisons économiques.
Vous savez sans doute que les petits soldats généralistes sont armés d’un kit grippe aviaire périmé et n’ont même pas accès, dans la pharmacie la plus proche, à une boîte d’antiviral. Ils savent que vous avez dans vos cartons de grands plans de mobilisation dont ils ont été et sont toujours tenus soigneusement éloignés.

On pense pour eux en haut lieu. Cette situation symbolise la place des médecins généralistes dans le projet santé du ministère, mais aussi témoigne de l’estime des pouvoirs publics à leur égard.

Comment allez vous mobiliser de nouveau ces petites mains du monde de la Santé ? Allez-vous leur rappeler leurs devoirs de médecin ? Leur relire le serment d’Hippocrate ? Allez-vous lancer à leurs trousses les procédures CPAM des contrôles punitifs ? Allez-vous multiplier les réquisitions préfectorales ? Peut-être un C (une consultation) «généreusement» porté à 22.50 euros dès le mois de juillet 2010 ?

Madame la ministre, l’époque est propice à une mise en lumière de l’atrophie conceptuelle dont souffre le futur de cette profession. Le monde hospitalier se taille la part du lion dans un budget santé à enveloppe constante avec un argumentaire électoral sans faille.

Ce soir, demain, après-demain, vous voulez des médecins généralistes disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, infatigables, économes et n’ayant besoin de rien pour continuer à répondre aux questions de santé des électeurs. Le mouvement perpétuel remis à l’honneur dans le maillage territorial pseudo libéral de la santé.

Madame la Ministre de la santé, le récent rapport de l’OMS demande aux politiques un investissement massif sur les soins primaires. La loi HPST semble ignorer la réalité économique de la médecine générale et se contente d’inscrire ses missions sans en donner les moyens.
Les médecins généralistes ne veulent pas disparaître. Cette épidémie va démontrer leur nécessité vitale. Vous avez une dernière occasion de valoriser la médecine générale.

Madame la Ministre ne la ratez pas.