Je préparais justement un article pour m’insurger contre le fait que l’on fasse de la publicité pour une marque de bière sur le site Internet d’une compétition internationale de surf comme le Quiksilver Pro Gold Coast (la compétition a lieu en Australie mais des milliers d’internautes français suivent l’événement sur le site Internet).

J’espérais qu’en France, la « loi Bachelot » montrerait l’exemple et prenne enfin le problème de l’alcoolisme chez les jeunes à bras le corps : il n’en sera rien.

Je ne parle pas des mesurettes totalement inopérantes (comme on a pu le voir dans le reportage du dernier Zone Interdite) d’interdire la vente d’alcool aux mineurs (qui continueront à s’en procurer encore plus facilement que du cannabis) ou d’interdire les open bars (alors que les dégustations de vin seront toujours autorisées !?!). Sur ce dernier point, excusez-moi, mais je ne saisis pas très bien la différence qu’il y a entre boire de l’alcool gratuitement dans un bar et boire de l’alcool gratuitement dans une foire aux vins…

Et on va maintenant autoriser la pub pour l’alcool sur Internet !!! C’est incroyable. C’est scandaleux !

L‘Assemblée Nationale a autorisé ce lundi 9 Mars 2009 la publicité en faveur de l’alcool sur Internet en France. Avec quelques restrictions tout de même…

Rappellons que la loi Evin de 1991 ne faisait pas mention de la publicité sur Internet à l’époque.

Avec cette autorisation pour les marques de boissons alcoolisées de faire de la publicité sur la Toile, Roselyne Bachelot est peut-être en train d’ouvrir la boîte de Pandore : sa loi pourrait avoir l’effet inverse de celui recherché initialement et pourrait encourager encore plus la consommation d’alcool (c’est bien le but de la publicité non ?). La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a essayé de rassurer en parlant d’une «ouverture contrôlée et encadrée».

Elle a donné son feu vert à un amendement qui autorise la publicité pour l’alcool sur Internet, avec des restrictions concernant notamment les sites «principalement destinés à la jeunesse». Mais comment va-t-on définir ce qu’est un site destiné à la jeunesse ? Je ne parle pas du site de Canal J où le public ciblé est évident mais de tous les sites (autour de la board culture par exemple) qui touchent toutes les tranches d’âge avec un large public jeune. Tout en sachant que les jeunes surfent sur tous les sites qu’ils désirent consulter… A moins d’intégrer les sites faisant de la pub pour de l’alcool dans les filtres des logiciels de contrôle parental (difficile à imaginer).

La restriction vise aussi des services en ligne «édités par des associations, sociétés et fédérations sportives ou des ligues professionnelles». Ouf, il n’y aura pas de pub pour de la bibine sur le site de la Fédération Française de Surf

L’amendement précise aussi que la publicité pour l’alcool ne sera pas intrusive, c’est-à-dire que l’utilisation des spams ou des pop-ups sera interdite.

Les jeunes surfeurs, et les sportifs en général, se retrouveront quand même matraqués de publicités pour des boissons alcoolisées et pour les energy drinks : on fera semblant de s’étonner après que des gamins se défoncent au vodka-Red Bull dans les soirées…

La vérité, c’est que ce sont encore les lobbies qui tirent les ficelles et que leur argent prime sur la santé des gens et sur la prévention des pathologies, ô combien nombreuses et graves, liées à ce fléau qu’est l’alcool.

En tant que médecin généraliste investi dans la prévention, je trouve cette décision d’autoriser de faire la pub pour de l’alcool sur le Net (amené à devenir le media numéro 1) pathétique et tellement hypocrite.

Certains se décarcassent pour faire de la prévention de l’alcoolisme et ils voient leurs efforts réduits à néant par l’arrivée massive de la pub pour l’alcool sur Internet.

J’ai travaillé pendant plusieurs années au poste médical avancé des Fêtes de Bayonne  : le constat d’une alcoolisation massive d’enfants de plus en plus jeunes repêchés dans des états lamentables dans les caniveaux ou dans la Nive m’a fait prendre conscience de l’urgence qu’il y avait à s’investir dans la prévention auprès des plus jeunes, raison pour laquelle Surf Prevention avait lancé l’opération « les surfeurs se mettent à l’eau » l’an dernier…

Mais d’un côté, ce genre d’opération de prévention de l’alcoolisme peine à obtenir le moindre centime de subvention pour mener à bien une campagne efficace…et de l’autre, la publicité pour l’alcool va se retrouver facilitée… C’est vraiment décourageant.

Sous prétexte que l’alcool « fait partie de la culture » française, on encourage insidieusement les jeunes à picoler avec les résultats déplorables que l’on connaît en termes de santé publique.

En tous cas, ce n’est pas demain la veille que vous verrez de la pub pour une boisson alcoolisée sur Surf Prevention : boire ou surfer, il faut choisir !

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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4 Commentaires

  1. Jean-Michel dit :

    J'adore le témoignage de l'élu ! Il dit vouloir se battre contre le fléau de l'alcoolisme chez les jeunes mais il veut dans le même temps encourager les gens à picoler librement dans les foires et fêtes du vin en tous genres…C'est peut-être ça le vrai "french paradoxe"…Totalement incohérent.

  2. walkmindz dit :

    Les constructions sociales s’opèrent en parallèle des économies culturelles, elles sont quasi indissociables et garantes du bon fonctionnement du mécanisme national.Que se passe-t-il quand le législateur change d’orientation sous le joug d’une quelconque majorité ou en vertu de la redéfinition de la moralité ?

    La réforme de l’hôpital porte en elle un hôte considéré comme préjudiciable pour une partie des vignobles français, des conseils d’administration des promoteurs de la cirrhose du foie, un parasite qui bouscule les budgets prévisionnels des œnologues amateurs et des receleurs officiels de coma éthylique pour mineurs.

    Spéculons quelques instants. Et si par cette succession de lois régulées par des amendements, le but ciblé n’était pas la rémission de cette jeunesse aussi accessoire que vaine, mais la loi Evin ?

  3. alexposition dit :

    hey walkmindz,ça te dirais un scrabble…

    c'est le mal du siècle,internet et la tele volent la jeunesse de nos enfants,ils seront precoces de plus en plus tot…

    premiere cuite a 9 ans premier joint a 7,premier rapport sexuel a 8 sans parler de la violence mais pour ma part rien ne sert d'interdire il faut juste bien encadrer,bien expliquer,il faut vivre avec son temps et sa technologie bonne ou mauvaise.

    mais l'hypocrisie des dirigeants me laissera toujours dubitatif (mot compte double)

  4. Les pub pour l’alcool fleurissent sur Internet, y compris sur des sites destinés aux jeunes. Quand on clique sur le lien, ils demandent quand même si l’internaute est majeur pour accéder au contenu…
    Se soucie-t-on de la prévention de l’alcoolisme chez les jeunes ?

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