Ces analyses risquent de faire du bruit avant la saison touristique dans les stations balnéaires de la côte Atlantique. Elles concernent les eaux de baignade de la Côte Basque, mais on peut imaginer que le phénomène est beaucoup plus global sur les régions côtières. Ces analyses* effectuées à l’initiative de la Coordination Santé Environnement (CSE) du Pays Basque ont révélé l’existence d’une pollution mal filtrée par les stations d’épuration et qui n’est pas prise en compte dans la certification de la qualité des eaux de baignade : la pollution chimique. A quelques semaines de la réalisation des « profils des eaux de baignade », dans le cadre de la certification de leur qualité imposée par la directive européenne (voir ci-dessous), il est urgent d’interpeller les pouvoirs publics sur l’importance de prendre également en compte la pollution chimique délétère pour l’environnement et pour notre santé.

Quand on parle qualité des eaux de baignade, on se base avant tout sur des analyses bactériologiques (en ne tenant compte que de deux paramètres microbiologiques) qui ne représentent qu’un aspect de la pollution marine. Les analyses nous montrent qu’il y a d’autres composantes de la pollution à prendre en compte d’urgence. On commence à peine à prendre la mesure de l’impact sanitaire et environnemental de la pollution chimique, le plus souvent invisible, mais qui est partout autour de nous : dans les aliments que nous mangeons, dans l’air que nous respirons et…dans l’eau dans laquelle nous nous baignons ou faisons du surf ! C’est ce que nous apprennent les analyses que la CSE du Pays Basque vient de rendre publiques, dans la continuité de la campagne de sensibilisation intitulée « Stop à la vague toxique » qui avait été initiée en 2002 suite à la marée noire du Prestige. Malgré cette opération, la situation n’a pas évolué : les surfeurs et les citoyens du bord de mer voient l’océan continuer de se dégrader alors que les pavillons sur nos plages restent bleus de manière incompréhensible.

La CSEPB a décidé de faire ses propres prélèvements et de les faire analyser par un laboratoire indépendant pour prouver la réalité de cette pollution chimique. Les prélèvements en eau de mer ont été effectués sur une plage de la côte basque, un jour où l’eau était de « bonne qualité visuelle » (belle couleur, pas de mousse suspecte en vue, début de la période estivale…). Les analyses en eau de mer réalisées par un laboratoire indépendant* ont révélé une forte contamination par environ trente-cinq micro-contaminants organiques identifiables par recherche de similitude spectrale. Ont été détectés :

– des hydrocarbures : parmi les hydrocarbures détectés, les hydrocarbures aliphatiques saturés étaient majoritaires et se répartissaient dans la plage C9-C29 (coupes pétrolières dont sont issues les huiles de lubrification-moteur).

– des détergents : l’ensemble des micro-polluants organiques détectés dans l’échantillon d’eau de mer était nettement dominé par un produit lourd que la recherche de similitude spectrale a permis de rattacher à de l’oleate de methyle, une molécule très largement utilisée dans la fabrication des détergents, émulsifiants et autres tensio-actifs.

– des phtalates : quatre phthalates ont été clairement mis en évidence, parmi lesquels le DEHP qui reste majoritaire. Certains phtalates sont des perturbateurs endocriniens, leur présence dans l’eau de mer montre la diffusion de ce poison qui, avec de microdoses quotidiennes, perturbe nos cycles hormonaux favorisant certains cancers et troubles de la fertilité. (Note : on retrouve également des phtalates dans les bouées et matelas gonflables).

D’autres analyses réalisées sur un échantillon prélevé dans l’Adour, en amont de Bayonne, sont tout aussi alarmantes. L’Adour est le fleuve du Sud-Ouest de la France qui se jette dans l’Océan Atlantique au nord des plages d’Anglet (non loin du spot de surf fortement pollué baptisé par les surfeurs locaux « Le Furoncle« ). Et comme tout fleuve va à la mer, les polluants qu’on y détecte se retrouvent dans l’océan où ils sont dilués. On a retrouvé dans l’Adour une pollution par carburants de types diesel et essence ainsi que des huiles usées de lubrification moteur. Parmi les métaux lourds, du cadmium a été retrouvé à faible dose, mais il s’agit d’un puissant perturbateur endocrinien : ici ce n’est pas la dose qui fait le poison mais le temps d’exposition. Une deuxième analyse des prélèvements a également permis de retrouver des pesticides dans les prélèvements effectués.

Certains de ces polluants peuvent agir comme perturbateurs endocriniens, d’autres pénétrer à travers la peau ; ils peuvent aussi et surtout s’enrichir et se concentrer au sein des sédiments et des chaînes alimentaires, des micro-organismes jusqu’aux gros poissons que nous mangeons. Selon le Docteur Sylvie Pérès, responsable de la CSE du Pays Basque, la notion de « dose seuil » n’est pas valable ici car il s’agit plutôt d’un « effet cocktail » : c’est l’addition des micro-doses des différents polluants qui est dangereuse pour la santé et doit impérativement être prise en compte. Ce mode de toxicité chronique peut participer à l’aggravation des épidémies modernes que sont les cancers, les troubles de la fertilité, le diabète, l’obésité, certaines maladies neurologiques… « En matière de perturbateurs endocriniens, il n’y a pas de dose seuil, c’est donc l’effet durée-exposition qui se manifeste pour engendrer des perturbations endocriniennes. Ces substances doivent donc être absentes car nous ne savons pas non plus mesurer l’effet cocktail de ces substances » rajoute le Dr Francis Glemet, pharmacien industriel et porte-parole de la Coordination Nationale Médicale Santé Environnement (CNMSE).

La toxicité aiguë des polluants chimiques pourrait elle expliquer certaines allergies constatées au contact des eaux de baignade.

Il est urgent que ces polluants chimiques soient surveillés régulièrement et que des normes chimiques des eaux de baignade soient établies. Cette cartographie est nécessaire pour ensuite établir de nouvelles mesures de prévention car ces polluants chimiques traversent les stations d’épuration actuelles. On ne trouve que ce que l’on cherche, et il est urgent de prendre en compte l’existence de cette pollution chimique pour la détecter et surtout pour substituer les polluants chimiques les plus dangereux que nous utilisons par des alternatives plus écologiques, dans le respect de la santé humaine et de notre environnement.

*Prélèvements effectués le 22 juin 2010 sur une plage du nord de la Côte Basque, et sur l’Adour à une vingtaine de kilomètres de son embouchure. Analyses réalisées en spectrométrie de masse par le centre privé de recherche appliquée et d’expertises en chimie organique Analytika situé à Cuers dans le Var. Site Internet : www.labo-analytika.com

Voir la DIRECTIVE 2006/7/CE DU PARLEMENT EUROPEEN concernant la gestion de la qualite des eaux de baignade.

Le REFERENTIEL DE CERTIFICATION DU SYSTEME DE GESTION DE LA QUALITE DES EAUX DE BAIGNADE

Site Internet de la Vague Toxique (en construction) : http://www.vaguetoxique.com

Lire aussi :

http://www.sudouest.fr/2010/12/31/cri-d-alerte-a-la-pollution-chimique-dans-les-eaux-de-baignade-279250-4018.php

http://www.wwf.fr/s-informer/nos-missions/pollutions-chimiques

Le spot du Furoncle à Anglet : une vague de malade…

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8 Commentaires

  1. nico dit :

    Merci bcp pour cet article très intéressant et globalement pour l'ensemble de ton blog. Je tiens à te faire part de mon soutien car je trouve déplorable toutes les attaques à ton encontre (notamment vis à vis de l'affaire "flores"). Pourquoi ces gens viennent-ils sur ton blog s'ils le détestent tant que ça ! Personne ne les oblige à venir lire ton blog ! Et puis c'est ton blog, t'as le droit d'exprimer ton point de vue. Je ne suis pas tjrs en entière adéquation avec tes idées mais je les respecte. Et je suis content de venir sur ton blog pour justement découvrir des points de vue différent des miens. C'est quand même l'échange d'idée qui nous fait évoluer !! Toutes les personnes qui te critiquent ne pourraient-elles pas utiliser toute leur énergie à meilleur éscient….pour protéger nos vagues de la pollution par exemple…… à moins que la bagarre de Mr. Flores ne soit pus importante….

  2. nico dit :

    nico c'est mon pseudo c'est quoi c'te triche??

  3. Seb dit :

    Seulement deux commentaires sur cet article, à comparer aux dizaines sur Flores, Irons, etc.
    Ca en dit long sur "nos" vraies préoccupations!
    C'est triste!
    Merci Guillaume pour ce blog de qualité!

  4. kadi.kadi dit :

    merci beaucoup pour l'article ça ma vraiment donné des idées sur l' environnement marin qui est mon projet de fin d'études de cette année

    n'challah

  5. filipetxe dit :

    Tous les jours de l'année, entre 10h et 11h30, venez assister au nettoyage des tondeuses du golf d'Ilbarritz avec une eau ainsi chargée d'engrais, de pesticides et d'hydrocarbure qui se deverse directement dans le ruisseau Lamouly qui court au pied de la Cité de l'Océan avent de se jeter entre les plages de la Milady et d'Ilbarritz. Ce nettoyage a lieu en haut du petit chemin rural d'Hirigogne, entre le rond point d'Ilbarritz et le restaurant Villa Ilbarritz

  6. nic la nique dit :

    Depuis tout petit j'enjambe ces mousses suspectes dans l eau, je me doutai bien que c'etait de la pollution mais la ça deviens grave, j'etais au dunes ce matin et il y avait une plaque de mousse marron d'au moins 40 mètres, bien épaisse a environ 200 m des cotes…c'est resté la pendant 5 heures au moins.
    A la barre,je n'y vais plus, je suis tombé malade a de multiples reprises en me baignant la bas, et c'est sans parler des micros debris de plastique qui stagnent dans le shorebreak.Se baingner a la barre c'est se baigner dans l'adour.
    Il faudrait faire payer le prix fort aux pollueurs, a tous les niveaux.

  7. Une pollution au PCB jusqu'à l'embouchure de l'Adour menace la pêche mais selon l'article : "« Baigneurs et amateurs de sports nautiques ne courent, eux, aucun risque », précisent bien les agents responsables de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations et de la Direction départementale des territoires et de la mer."

    Source : http://www.sudouest.fr/2011/09/10/adour-la-pollut

    Ah Bon ? Mais où sont donc les études qui montrent qu'il n'y a aucun risque à se baigner ou à surfer quotidiennement dans une eau de mer contaminée au PCB ?

    • Adrien dit :

      Mais où sont donc les études qui montrent QU'IL Y A UN RISQUE à se baigner ou à surfer quotidiennement dans une eau de mer contaminée au PCB ?

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