Nous venons de voir avec le Pr David Khayat que l’activité physique participe à la prévention du cancer. En voici une illustration avec le cancer du sein.

Le think tank Sport et Citoyenneté organise le 4 décembre 2012 une conférence sur  «L’activité physique, un outil au service de la lutte contre le cancer du sein en Europe », au Parlement européen de Bruxelles. Dans le cadre de son réseau européen « sport et santé » et de sa réflexion autour des bienfaits de l’activité physique et du cancer du sein, le Président de ce laboratoire d’idées, Laurent Thieule, donne une vue de l’engagement des institutions européennes sur la thématique sport/santé.

L’année 2012, baptisée « Année européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle », vient accélérer la politique européenne dans le domaine du sport et de la santé. Consciente qu’une politique efficace ne peut être menée sans budget et sans actions concrètes au plus près des citoyens, l’Union européenne a su allouer des fonds propres au développement de cette thématique. En témoignent les projets financés dans le cadre de cette Année européenne ainsi que les crédits distribués dans le cadre des « Actions préparatoires dans le domaine du sport 2012 », dont l’un des axes majeurs était la mise en valeur de l’activité physique pour un vieillissement actif.

En effet, le dopage, le tout virtuel et les « nouvelles » maladies sont devenus les chevaux de Troie caractéristiques d’une société de plus en plus marquée par la sédentarité (obésité, maladies cardio-vasculaires). Face à ceux-ci, il apparait nécessaire de promouvoir encore et toujours l’égalité des chances et les bienfaits du sport pour tous. C’est le combat que mène Sport et Citoyenneté depuis sa création. Coordinateur de son propre réseau « Sport et Santé », notre think tank fait de la promotion de l’usage du sport comme outil au service du bien-être et de la lutte contre les maladies non-transmissibles un véritable cheval de bataille.

Surtout, la recherche médicale est aujourd’hui là pour légitimer les actions citoyennes dans le domaine du sport-santé. Bien que déjà convaincus par les impacts bénéfiques de l’activité physique au quotidien, nous savons désormais que le sport réduit le risque de développer certaines maladies, dont le cancer du sein. A l’heure où les politiques publiques requièrent que l’on se base sur des faits et sur le concret (voir l’utilisation de plus en plus courante du terme « evidence-based policies »), Sport et Citoyenneté vient par cette conférence nourrir les institutions européennes d’un message capital, doublé de preuves scientifiques tangibles.

L’Union européenne a mis l’accent sur la préservation de la santé de ses citoyens. Il est désormais temps qu’elle s’empare de la question du rôle du sport et qu’elle accélère la cadence. Trop souvent ignoré par le grand public, ce message doit être transmis à tous les citoyens européens par le biais d’une campagne de communication de masse : la pratique d’une activité physique régulière réduit les risques de développer un cancer du sein, et prévient la récidive. En effet, si on compare l’activité physique des femmes, on constate que le risque de survenue d’un cancer du sein diminue de 25% pour les femmes les plus actives. Selon une étude menée par le professeur Martine Duclos, du Laboratoire de Nutrition Humaine de l’Université de Clermont-Ferrand, il faudrait pratiquer une activité physique trois à quatre heures par semaine pour parvenir à une diminution réellement significative.

Nos concitoyennes européennes ne connaissent pas ces données. Elles ignorent également qu’une activité physique de deux à trois heures par semaine, même d’intensité modérée, permet de réduire de près de moitié le risque de décès par cancer du sein. Cela entraîne des bénéfices en termes de survie globale à 5 et à 10 ans : ce taux s’élève de 4 à 6% en cas de pratique d’une activité physique modérée.

De plus, 30% des 10 millions de nouveaux cas de cancers du sein et du côlon pourraient être évités par l’adoption d’un mode de vie régulier associant pratique d’une activité physique et alimentation saine.  Sport et Citoyenneté estime que les femmes d’Europe et du monde méritent de connaitre ces informations, afin de pouvoir adapter leurs modes de vie et éviter une maladie lourde et coûteuse. C’est le principal objectif de cette conférence de fin d’année, qui va initier un travail d’information que notre think tank va s’attacher à poursuivre par la suite.

Laurent Thieule, président de Sport et Citoyenneté

Interview de Jean-François Toussaint: Professeur de médecine et directeur de l’Institut de Recherche bioMédicale et d’Epidémiologie du Sport (IRMES), il a piloté de nombreuses études et groupes de travail sur l’activité physique et la santé et qui préside actuellement le groupe d’experts « Sport, Santé et Participation » réunis par la Commission Européenne depuis 2011.

« On estime pouvoir réduire de plus de 10 000 le nombre de cancers du sein en France grâce à un niveau suffisant d’activité physique ».

1. Quel est aujourd’hui l’état de la recherche médicale sur le lien entre activité physique, prévention et lutte contre le cancer du sein ?

J-FT : De très nombreuses études viennent aujourd’hui démontrer l’impact entre l’activité physique ou sportive, le niveau de pratique de celle-ci (c’est-à-dire à la fois la durée et l’intensité de la pratique) et la réduction de l’incidence du cancer du sein. Réunissant des milliers de patientes, elles démontrent en effet l’impact positif de l’activité physique en termes de prévention comme en termes de guérison, au cours de toutes les étapes de la maladie. On estime ainsi pouvoir réduire de plus de 10 000 le nombre de cancers du sein en France si l’on amenait chacune à pratiquer un niveau suffisant d’activité physique.

En prévention primaire, on relève ainsi une réduction de l’incidence du cancer du sein chez les personnes qui sont les plus actives (de 20 à 30 % entre les patientes qui présentent le plus faible taux d’activité et celles qui ont le niveau le plus élevé). Le fait d’être en activité physique réduit significativement le risque de survenue de cancer du sein. En termes de prise en charge thérapeutique, les réductions sont du même ordre. La diminution du taux de métastases ou de récidives et la résilience des patientes aux effets des chimiothérapie, radiothérapie ou chirurgie sont à chaque fois facilités lorsqu’elles sont actives.

Le niveau de preuve est maintenant jugé « convaincant » par les plus grandes instances d’évaluation comme l’Institut National du Cancer (INCA) en France et le Fonds Mondial pour la Recherche sur le Cancer au niveau international. Ce terme signifie que l’on dispose aujourd’hui de données épidémiologiques et scientifiques en nombre suffisant pour établir une certitude d’effet ; dans ce cas précis, l’activité physique ou sportive est bien protectrice vis-à-vis du risque de cancer du sein.

2. En quoi ces questions intéressent-elles les institutions européennes ?

J-FT : Ces questions sont très importantes. Dans le domaine de la lutte contre le cancer du sein comme dans d’autres (maladies cardiovasculaires, cancer du côlon, maladies neurodégénératives) nous avons la preuve, maintenant convaincante, de l’impact de l’activité physique sur la santé. Pourtant, les politiques publiques de développement de l’activité physique semblent buter sur des difficultés de conviction, d’organisation dans les régions européennes. Les comportements, les conduites, les attitudes ne sont pas en adéquation avec les preuves scientifiques. Il est donc important de développer des campagnes de prévention, de promotion de l’activité physique qui tiennent compte des connaissances et qui puissent jouer sur les leviers du changement. Voilà les principales ambitions de la Commission Européenne, et en particulier du groupe d’experts consacré à cette thématique, qui a pour objectif le développement de lignes directrices et la mise en application de celles-ci par l’ensemble des 27 Etats membres de l’Union.

3. Que pensez-vous de l’utilité d’une campagne de communication sur l’impact de l’activité physique dans la lutte contre le cancer du sein ?

J-FT : Son utilité est certaine, tout comme le développement de synergies entre les acteurs. On le voit actuellement en France, avec la collaboration entre le Ministère de la Santé et celui des Sports, qui font de l’activité physique un axe fort de la politique de santé publique. C’est grâce à ce type d’actions et par des campagnes de sensibilisation à grande échelle que nous trouverons les moyens pour faciliter les changements de comportement.

Plus d’informations sur le programme de la conférence et l’inscription.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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1 commentaire

  1. André dit :

    Oui, et il y a bien longtemps que les autorités médicales le savent. Sauf que, comme d’habitude, extrêmement peu d’informations ni de campagnes pour le hurler sur les toits. Le cancer, mais aussi, comme vous le soulignez, bien d’autres maladies tant physiques que psychiques peuvent bénéficier des bienfaits du sport.
    Du retard encore du retard!!
    Allez tous au boulot, expliquons et démontrons.

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