Le pouvoir auto-épurateur de la mer est fascinant. Mais comment parvient-elle à se « nettoyer » toute seule ?

C’est pendant mes longues heures passées à scruter la mer que j’ai compris comment elle faisait pour se régénérer en permanence.

Cela peut paraître évident, mais c’est tout simplement le mouvement continu des masses liquidiennes qui donne à l’océan le pouvoir de s’auto-épurer.

L’océan se détoxifie en faisant circuler et en renouvelant l’eau de mer en permanence. C’est ce mouvement liquidien perpétuel qui permet l’épuration.

Les océans ont leurs eaux en mouvement permanent. Le mouvement océanique est bien visible quand de grosses vagues déferlent par forte houle. Mais même quand on a l’impression que le plan d’eau est statique, la mer bouge continuellement.

Quand on regarde une animation satellite des courants marins, on se rend compte que l’eau bouge constamment. Il y a des courants de surface et des courants profonds, des courants côtiers et des courants au large, des courants horizontaux et des courants verticaux, montants ou descendants…

C’est ainsi que les eaux de surface repoussées par des vents marins laissent leur place aux eaux plus profondes: ce phénomène de remontée d’eau est connu sous le nom d’upwelling.

Il existe aussi des vagues sous-marines pouvant mesurer des dizaines de mètres de hauteur : elles sont provoquées par les mouvements entre des masses liquidiennes de densités différentes et leur rencontre avec le plateau continental ou les reliefs sous-marins.

 

L’océan se décontamine donc en faisant circuler ses eaux en permanence, et surtout en les renouvelant.

L’eau des profondeurs, pure et riche en nutriments, est une source quasi-inépuisable d’eau neuve. Les Océans disposent de réserves insoupçonnées pour s’auto-épurer: 95% du volume des Océans se trouve à plus de 1000 mètres de profondeur.

Mais les capacités immenses de dispersion et de dilution des polluants par les océans ne suffisent pas à expliquer leur pouvoir auto-épurateur. La mer a également la capacité de « se soigner » toute seule. Les caractéristiques intrinsèques de l’eau de mer – que nous décrirons en détails – font d’elle un milieu propice à la vie capable de s’auto-décontaminer. La mer est de surcroît riche en substances actives, microorganismes, et bactéries qui l’aident à se défendre et à se dépolluer.

C’est le cas par exemple avec des bactéries capables de dégrader les hydrocarbures rejetés pendant une marée noire. On a ainsi découvert pendant la marée noire de Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique des bactéries des profondeurs de la classe des Oceanospirillales* (comme Oleispira antarctica ou Thalassolituus oleivorans) très efficaces pour digérer le pétrole. Ces bactéries sont capables de dégrader très rapidement les hydrocarbures en les transformant en CO2 et en H2O !

Auteur: Guillaume Barucq.

Source: *Terry C. Hazen et al. Deep-Sea Oil Plume Enriches Indigenous Oil-Degrading Bacteria. Published Online August 24 2010
Science 8 October 2010: Vol. 330 no. 6001 pp. 204-208 DOI: 10.1126/science.1195979

http://earthsky.org/human-world/terry-hazen-on-bacteria-eating-gulf-oil-spill-plume

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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3 Commentaires

  1. Bonjour,

    Tout comme nous, les océans possèdent donc leur propre « système immunitaire ».

    Il est à mon avis important d’indiquer la place que nous occupons dans ce système.

    D’une part, nous sommes à l’origine de nombreuses pollutions artificielles : marées noires, déchets, radioactivité (cf fukushima), molécules issues des médicaments, pesticides, …

    D’autres part, nous servons aussi de nettoyeur puisque les animaux tels que les poissons vont absorber une partie de cette pollution puis être mangés par l’Homme.

    Nous épurons les océans et faisons donc nous aussi partie intégrante de son système immunitaire.

    Malheureusement, le cycle est tout sauf vertueux. D’où l’importance de repenser en grande partie notre façon de faire. Moins de pesticides, des médicaments uniquement lorsque c’est nécessaire, moins de plastiques, moins de pétrole, …. Et surtout ne pas imaginer que nous pouvons polluer sous prétexte que l’océan se nettoie tout seul (j’ai bien compris que ce n’était pas l’objet de cet article par ailleurs vraiment intéressant).

  2. Laure dit :

    En tant que surfeurs c’est merveilleux d’assister à ce processus d’auto régénération. De même rappelons que le corps humain se guérit lui-même le médecin ne faisant que soigner.

  3. Vlam dit :

    Qu’en est il des continents plastiques? Existe t-il aussi des bactéries qui digère à grande vitesse cette matière si « fantastique »?

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