La Conférence Mer & Santé du mois d’Octobre à Biarritz a été extrêmement riche, et il faudra certainement plusieurs mois pour débriefer et assimiler tout ce qui s’y est dit. L’une des interventions majeures fut celle du chercheur Mathew White sur la santé et le bien-être sur la côte, dont voici un premier extrait.

Les travaux du chercheur Mathew White, psychologue environnemental, sont particulièrement intéressants pour mieux comprendre les interactions entre la Mer et notre psychisme. Le Dr White a étudié l’impact de différents environnements sur notre santé, et a démontré que le bord de mer est particulièrement bénéfique au niveau psychologique et pour notre bien-être général. Le but des chercheurs de l’European Centre for Environment and Human Health est de réfléchir à des alternatives efficaces aux médicaments pour prendre en charge des maux courants dans les sociétés développées comme le surpoids ou les troubles mentaux.

Une étude a été réalisée pour savoir ce qui se passe dans le cerveau des personnes à qui on montre une photo de paysage avec ou sans la mer (prendre la vidéo Youtube à partir de 15:18).

Que se passe-t-il dans notre cerveau à la vue de la mer ?

Une Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle (IRMf) a été réalisée chez 28 personnes à qui on montrait 48 images (24 photos où apparait la mer et 24 paysages sans l’élément aquatique). L’IRMf permet de visualiser le flux sanguin dans les zones cérébrales activées par un stimulus. La vue des images avec un paysage aquatique semble activer le noyau caudé droit (photo) qui fait partie des noyaux gris centraux; ceux-ci participent au contrôle des mouvements automatiques et du tonus musculaire, et leur atteinte entraîne des pathologies comme la maladie de Parkinson. En plus de son rôle moteur, le noyau caudé interviendrait plus spécifiquement dans notre comportement et dans notre sentiment d’attachement à quelqu’un ou à quelque chose. Le fait que la vue de l’eau active ces zones cérébrales impliquées dans l’attachement paraît cohérent si on se réfère à d’autres études.

Pourquoi choisit-on une chambre d’hôtel avec vue sur mer ?

Les chercheurs ont montré qu’entre 3 chambres d’hôtels, identiques par ailleurs, le client virtuel allait plus volontiers choisir une chambre avec vue sur mer qu’une chambre avec vue sur un espace vert ou sur un environnement urbain. Non seulement les personnes interrogées préféraient la chambre avec vue sur mer, mais elles étaient également prêtes à payer beaucoup plus pour la réserver. On peut se poser la question de la raison de cet engouement pour les chambres d’hôtel avec vue mer, alors qu’on ne passe le plus souvent que quelques instants à la fenêtre ou au balcon. L’étude avec l’IRM fonctionnelle apporte un élément de réponse par l’activation de zones cérébrales à la simple vue de la mer qui vont nous rendre plus enclins à apprécier, et donc à réserver ou à payer plus cher pour cette chambre.

Voir la mer pour soulager la douleur ?

Comme ces chercheurs travaillent dans des hôpitaux loin de la mer, leur but est aussi de « mettre en bouteille » le bord de mer pour l’utiliser dans le cadre artificiel d’un service hospitalier ou d’un cabinet médical. C’est ainsi qu’ils ont eu l’idée d’évaluer l’effet d’images virtuelles de paysages naturels sur la douleur. Les chercheurs ont montré différentes images à des patients en pleins soins dentaires: soit une image de cabinet dentaire, soit une image d’un paysage urbanisé, soit une image du bord de mer. Ils ont effectué au préalable le test avec la douleur induite par l’immersion d’une main dans de la glace pendant 2 minutes. Il se trouve que l’expérience est moins douloureuse en visionnant un paysage marin. Plus surprenant, la mémoire de cette douleur est encore plus atténuée à distance chez les sujets qui ont visionné la photo avec la mer. Ceci est très intéressant car cela suggère qu’il vaudrait mieux regarder des images représentant la mer chez son dentiste pour que les soins soient ressentis de façon moins douloureuse, et surtout qu’on ait envie d’y retourner à la prochaine séance ! C’est déjà ce qui se passe pour moi quand mon dentiste me projette un film de surf pendant un détartrage: la consultation se passe tout de suite beaucoup plus sereinement 🙂 .

On pourrait extrapoler ces résultats à la vision d’une vague par un surfeur. Au moment même où vous découvrez la vision d’un spot où déferlent les vagues parfaites, ne ressentez-vous pas quelque chose de plaisant et de stimulant qui s’active dans votre cerveau ? Et qui vous pousse à courir chercher votre planche de surf, et parfois même à manquer les cours ou arriver en retard au travail ?

Il y a définitivement quelque chose à creuser autour de la réaction de notre cerveau face à un stimulus visuel marin. Ces recherches pourraient conduire à des applications pour les soins courants ou pour la gestion de la douleur.

Voir aussi: – Accoucher sous hypnose en pensant aux vagues.

Références:

Mathew White, Amanda Smith, Kelly Humphryes, Sabine Pahl, Deborah Snelling, Michael Depledge. Blue space: The importance of water for preference, affect, and restorativeness ratings of natural and built scenes. Journal of Environmental Psychology, 30, 482-493.

Tanja-Dijkstra, K., Pahl, S., White, M.P., Andrade, J., & Moles, D. (2013). Virtual nature and pain reduction. Article en préparation.

Villablanca JR. Why do we have a caudate nucleus ? Acta Neurobiol Exp (Wars). 2010;70(1):95-105.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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1 commentaire

  1. Picou dit :

    Merci pour cet article il est très complet et clair.

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