Greg, surfeur et internaute de Surf Prevention, souffrait de douleurs de hanches. Il a appris qu’il souffrait d’un syndrome difficile à diagnostiquer : le conflit de hanche. Après une première intervention chirurgicale et un retour gagnant dans l’eau, il doit bientôt se faire opérer de l’autre hanche. Il témoigne pour partager son expérience et permettre à des surfeurs qui auraient la même chose d’éviter un retard diagnostique :

Je suis un passionné de surf depuis l’âge de 13 ans. J’en ai maintenant 25 et ma passion pour ce sport a été bouleversée par une pathologie qui pourrait vous intéresser car en ce qui me concerne, c’est le surf qui l’a révélée (et le skateboard).

Il s’agit du conflit fémoro-acétabulaire qui est un facteur d’arthrose précoce et se manifeste par des douleurs de hanche de plus en plus handicapantes. C’est en lisant votre article sur Gustavo Kuerten et les frères Hobgood que je me suis décidé à vous écrire car en l’occurrence Guga a aussi eu affaire à cette maladie, et d’après ce que j’ai lu, cela a mis fin à sa carrière de tennisman professionnel. Idem pour André Agassi mais ce dernier ne pratiquait pas le surf à ma connaissance.

Si cette pathologie est mal connue, c’est peut-être parce qu’elle est difficile à mettre en évidence de prime abord étant donné qu’elle est presque invisible sur les radiographies classiques, alors que les douleurs sont bien présentes.

Elle est parfois confondue à tort avec une pubalgie ou une tendinopathie et le repos n’y résoud pas grand chose. Sans prise en charge chirurgicale, elle conduit à la détérioration du cartilage acétabulaire quel que soit l’âge de l’individu, ce qui est un peu dommage quand on est passionné de sport.

Le surf est un sport qui ne sollicite pas de la même façon les articulations des membres inférieurs et celles des membres supérieurs. Le fait de passer beaucoup plus de temps à ramer qu’à réellement surfer soumet les épaules et le dos à des efforts prolongés mais réguliers. Au contraire, les hanches, genoux et chevilles sont activées de manière plus violente du take-off jusqu’à la sortie de vague.

Ces sollicitations extrêmes vont mettre à l’épreuve les articulations et dans le cas de la hanche, la présence d’anomalies osseuses comme nous allons le voir dans le cas du conflit antérieur de hanche peut engendrer un dysfonctionnement articulaire à l’origine de douleurs.

Anatomiquement, la hanche désigne l’articulation du fémur dans une cavité du bassin appelée cotyle. Les surfaces en contact sont chacunes garnies de cartilage. La présence de ce tissu cartilagineux joue plusieurs rôles : protection de l’os, transmission et amortissement de la charge lors d’un effort, excellent glissement entre les surfaces (beaucoup mieux qu’un patin sur de la glace), etc.

Cette articulation est couverte par la membrane synoviale qui sécrète un liquide lubrifiant remplissant l’espace inter-articulaire ainsi qu’une capsule faite de ligaments qui entoure l’ensemble de l’articulation coxo-fémorale.

Il existe par ailleurs un « prolongement » du cartilage, le labrum, inséré sur le rebord du cotyle qui permet d’augmenter la surface articulaire et de centrer l’articulation en maintenant une pression négative dans l’articulation. Ce tissu est fait de cartilage fibreux et sa forte innervation fait qu’il joue un rôle important dans la perception de la position spatiale du membre inférieur et dans la transmission de la douleur dans le cas où ce labrum est malmené.

C’est précisément ce qui se passe dans le cadre du conflit de hanche où malheureusement une anomalie osseuse présente sur le fémur ou sur le cotyle va perturber cette mécanique harmonieuse.

Dans le cas ou l’excès d’os est présent sur le fémur, on parle de conflit par effet came, alors que si c’est le cotyle qui est trop proéminent, on parle de conflit par effet pince. Le premier type touche le plus souvent les hommes et le second les femmes mais il existe souvent des formes mixtes.

Le surplus d’os ou la « bosse » va provoquer un accrochage, des claquements, des douleurs voire des blocages, et le cartilage articulaire ainsi que le labrum vont finir par s’abîmer à cause de cet obstacle (cela peut avoir lieu progressivement ou de façon traumatique). Ces dégâts ont lieu le plus souvent dans un contexte sportif.

Comment reconnaître le conflit de hanche ?

Une souffrance au niveau de l’aine et irradiant vers l’extérieur de la cuisse et vers le bas en est le principal signe. Parfois confondue avec une tendinite des adducteurs, la particularité de cette douleur est qu’elle diminue avec le repos mais revient dès la reprise de l’activité. Au départ cela a lieu dans un contexte précis (lors d’un roller frontside par exemple) mais la douleur devient ensuite de plus en plus fréquente et met quelques mois à s’installer dans la vie de tous les jours. Une gêne apparaît ainsi lorsque l’on est assis et il devient plus difficile de faire ses lacets, de sortir ou de rentrer dans une voiture, etc.

Dans le cadre de cette pathologie, c’est le signe que le labrum a été déchiré et que le cartilage est en train de se détériorer.

Cette pathologie touche les sujets jeunes (20-40 ans) et peut conduire à une arthrose précoce dans le cas où elle n’est pas traitée.

Cette maladie étant encore peu connue (elle a été décrite pour la première fois à la fin des années 90), il semble important de frapper à la bonne porte pour en être diagnostiqué car le conflit fémoro-acétabulaire est invisible sur les radiographies classiques que l’on réalise en première intention. Il est donc préférable de rencontrer un chirurgien orthopédique spécialiste de la hanche dans le cas où il y a une suspicion de cette maladie.

La prise en charge de cette pathologie passe par différentes étapes, dans un premier temps on soigne la douleur avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens et il est possible d’être aidé par un kinésithérapeute. On peut aussi envisager une infiltration de corticoïdes directement sur l’articulation mais malheureusement cela suffit très rarement et il faut avoir recours à une intervention chirurgicale conservatrice de la hanche.

Cette opération est aujourd’hui très bien maîtrisée et donne d’excellents résultats fonctionnels en permettant une diminution remarquable de la douleur, à condition que l’arthrose ne se soit pas installée. Le chirurgien va passer ses instruments ainsi qu’ un appareil optique permettant de visualiser in situ l’articulation à travers 2 ou 3 incisions minuscules réalisées dans la cuisse. Ensuite, le surplus osseux présent sur le fémur et le cotyle sera retiré, le labrum déchiré sera aussi éventuellement régularisé ou réinséré, et, dans certains cas les dégâts sur le cartilage articulaire pourront être traités.

Le grand bienfait de cette chirurgie est qu’elle permet la reprise des activités sportives dans les mois suivants en fonction de l’étendue des dégâts et de l’acte chirurgical.

Pour en savoir plus sur mon parcours et sur cette pathologie: www.conflitdehanche.blogspot.com

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