L’Agence de sûreté nucléaire a revu son estimation à la hausse. Les particules radioactives émises dans l’atmosphère auraient été deux fois plus nombreuses : 770 000 térabecquerels au lieu des 370 000 annoncés après la catastrophe. Selon les spécialistes, la plupart des particules auraient été emportées par le vent vers l’océan Pacifique. Quid de la teneur radioactive de l’eau de mer et de son impact le long de la chaîne alimentaire ? Peu d’études existent mais les scientifiques s’affairent.

Rejets radioactifs en mer

Au pied de la centrale se trouve une mer qui réceptionne toutes les pollutions. Les particules radioactives gagnent l’eau salée par plusieurs voies : dépôts à sa surface via l’atmosphère, lessivage des sols contaminés via la pluie, ou fuites furtives émanant de la centrale. Les –transparentes- autorités japonaises rassurent le peuple en évoquant les pouvoirs de dilution et de dispersion dont sont dotés les océans. Ainsi, la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco) a annoncé cette semaine qu’elle allait relâcher 3.000 tonnes d’eau faiblement radioactive depuis la centrale n°2 Fukushima Daini vers l’océan « après en avoir abaissé le niveau de radioactivité à un seuil inférieur à celui que peuvent détecter les équipements de mesure ». Actuellement, la centrale n°1 Fukushima Daichii stockerait 110 000 tonnes d’eau contaminée, soit près de 40 piscines olympiques. Pour éviter de nouvelles contaminations, Tepco travaille avec Areva sur la construction d’un système d’épuration des eaux radioactives, qui devrait être –en principe- en route mi-juin. Elle finira sans doutes dans l’océan une fois « décontaminée ».

Des eaux radioactives aux poissons radioactifs

Dans le cas de Fukushima, d’importants rejets d’iode-131 et de césium-137 ont été enregistrés. Même si ces éléments perdent la moitié de leur radioactivité respectivement entre 8 jours et 30 ans, ils ne disparaissent de l’environnement qu’au bout d’un ou deux mois pour le premier et parfois plusieurs dizaines d’années pour le second. En attendant, ils séjournent dans les sédiments ou s’accumulent dans la chaîne alimentaire que l’Homme est emmené à chapeauter. La faune et la flore marine sont capables de fixer ces éléments connus pour être cancérigènes. Ainsi, les poissons les stockent dans leurs muscles qui représentent 80% de leur masse corporelle. C’est pourquoi il est déconseillé de consommer du poisson au Japon depuis l’accident. Les scientifiques de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ont récemment publié leurs derniers résultats. Ils estiment que les 30 premiers jours après l’accident du 11 mars 2011, les poissons et les algues ont été exposés à des doses radioactives des milliers de fois supérieures à celles généralement considérées comme admissibles par les organismes. Ainsi, de nombreux poissons seraient morts ou souffriraient de graves dégénérescences de leur système reproducteur. En juin certains poissons, coquillages et oursins sont encore hautement contaminés (voir les résultats).

Une expédition américaine sur les traces des radionucléides

Le 4 juin 2011, dix-sept scientifiques ont largué les amarres du Kaimikai O Kanoloa pour une expédition de 15 jours au large de Fukushima. Organisée par la Woods Hole Oceanographic Institution (WHOI, US), elle a pour objectif général de connaître plus précisément les impacts des rejets radioactifs de Fukushima sur les océans. C’est pourquoi les scientifiques prévoient des prélèvements d’eau et d’échantillons biologiques (comme des poissons) sur 34 points le long d’un grand courant appelé « Kuroshio » (le Gulf stream local). En effet, ce dernier pourrait disperser la contamination vers l’intérieur de l’océan Pacifique. Les scientifiques s’intéressent également au comportement d’une dizaine d’éléments radioactifs et espèrent valider les modèles de dispersion déjà établis numériquement. Les premières données permettront d’établir des tendances concernant la dispersion des radionucléides, ou leur comportement dans la chaîne alimentaire. En revanche, l’analyse des données demandera plus de temps pour connaître leur impact sur notre santé en tant que consommateur.

voir aussi :

Fukushima : la contamination radioactive de l’eau de mer se poursuit

Fukushima : l’eau de mer touchée par une importante pollution radioactive

 

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3 Commentaires

  1. Anne Berguerand dit :

    Attention, petite (ou grande) erreur: le Césium 137 a une demi-vie de 30 ans et non de 30 jours!

  2. Faute de frappe ! Merci !

  3. Des algues Parachlorella sp. binos pour décontaminer l'eau radioactive : http://twitter.com/surfprevention/statuses/983813

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