Cette triste histoire a eu lieu en 2006, mais elle a encore des répercussions judiciaires aujourd’hui, après 4 ans d’enquête et un renvoi d’Europ Assistance devant le tribunal correctionnel pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger.

En dehors du litige qui oppose la famille du surfeur décédé à l’entreprise d’assistance, ce cas nous rappelle encore une fois à quel point les surfeurs sont exposés au paludisme, maladie grave et potentiellement mortelle, quand ils partent en surf trip, et de l’impérieuse nécessité de prendre des mesures phophylactiques quand on se rend dans une zone à risque.

Voici un résumé des faits d’après les éléments relatés dans Le Parisien et sur France Info:

Renaud Dubois était un jeune surfeur passionné de 24 ans. Renaud venait de voyager en Indonésie. Il avait enchaîné sur un voyage au Maroc.

Arrivé le 14 décembre 2006 au Maroc, il commence à ressentir de la fièvre le 18 décembre.

Le 21 décembre, les parents de Renaud Dubois contactent Europ Assistance – à laquelle Renaud avait souscrit une assurance rapatriement –  pour les avertir des problèmes de santé rencontrés par leur fils. Ils évoquent le paludisme, Renaud revenant d’un trip en Indonésie. Europ Assistance aurait noté l’information mais s’en remet aux médecins marocains pour assurer la prise en charge initiale et effectuer les premiers examens. Ils effectuent un premier test sanguin qui va s’avérer négatif, et faussement rassurant.

Pendant l’hospitalisation du surfeur, Europ Assistance suit la prise en charge par contacts téléphoniques depuis Paris, sans juger nécessaire de le rapatrier en urgence.  Attitude que le juge d’instruction considèrera passive dans son ordonnance : « par sa passivité, Europ Assistance a manifestement contribué à entretenir l’errance diagnostique » a-t-il noté selon Le Parisien.

L’état de Renaud Dubois va s’aggraver. Le 25 décembre 2006, il est admis en service de réanimation. Devant la gravité du tableau, les médecins marocains demandent à Europ Assistance un rapatriement sanitaire en urgence. Europ Assistance aurait alors réservé une place sur un vol régulier au malade. Ce n’est que le 27 décembre qu’un avion sanitaire est finalement affrété, mais il est trop tard : Renaud Dubois est décédé le 27 décembre 2006, une heure avant l’arrivée des médecins français.

« Ce procès qui s’annonce est une première victoire. Il est impossible de mesurer la douleur et l’amertume des proches de la victime », a déclaré l’avocat des parents du surfeur, Me Michel Petit-Perrin, très remonté : « L’ironie de ce truc-là, c’est qu’on leur a dit : attention, il vient d’Indonésie. Les symptômes, c’est le palu. Faites quelque chose. On leur a donné les clés dès le début. Et il ne s’est rien passé. C’est ça qui est terrible. C’est une maladie qui tue énormément de monde. Et qui est connue, qui doit être connue, d’Europ Assistance dont c’est le métier de rapatrier les gens, notamment de ces pays-là. Et ils devraient savoir que le Maroc n’est pas capable de traiter ça ».

« Ils l’ont laissé mourir pour des raisons financières », a déclaré dans Le Parisien Me Petit-Perrin. « Quand on voit que les médecins marocains réclament un avion sanitaire, on ne répond pas à cette demande. Forcément la seule motivation, c’est financier. Voilà un jeune athlète, en extraordinaire forme physique. C’est certain que s’il avait été traité rapidement, on n’en serait pas arrivé là » rajoute l’avocat sur France Info.

Europ Assistance assure de son côté que l’enquête interne n’a pas révélé de dysfonctionnements. Europ Assistance donne sa version des faits dans le reportage de France Info: « A Marrakech, Renaud Dubois a été pris en charge dans une clinique qui est réputée et recommandée par le ministère des affaires étrangères. C’est l’équipe médicale sur place qui nous a donné, lorsque cela a été possible, le feu vert pour organiser le rapatriement sanitaire dans les meilleures conditions et les délais les plus brefs. Malheureusement, le temps d’organiser ce rapatriement sanitaire, son état s’est aggravé très très brutalement et il est décédé avant qu’on puisse intervenir », regrette Thierry Depois, directeur général d’Europ Assistance.

Il s’agit des premières poursuites au pénal suite à un décès pendant un rapatriement depuis la création il y a 50 ans d’Europ Assistance qui assure chaque année 3000 rapatriements.

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10 Commentaires

  1. Max dit :

    Voilà ce qu il se passe….l argent passe avant la vie….pensée amicale a ses parents et a sa sœur marie….

    • Letenneur dit :

      Bonjour Max,

      J’ai bien connu Renaud, Marie et ses parents durant notre enfance, à l’époque ou ils vivaient au Marin. J’ai perdu contact en 2002. et j’apprends à l’instant son décès. Sais tu comment contacter Roger ou Marie?
      Romain Letenneur
      je suis joignable via facebook

  2. Stan dit :

    C’est un peu court comme analyse, Max. Si pour les assisteurs, le fric passait avant la vie, pourquoi assureraient-ils 3000 rapatriements par an ? Et tu crois qu’ils seraient encore là après 50 ans d’existence ?

  3. Jess dit :

    Avec certaines cartes en mains on en arrive malheureusement très aisément à la conclusion de Max.

  4. Greg dit :

    A jamais dans nos memoirs … RIP mon ami !
    Dur de trouver des circonstances attenuantes pour EAss … tout est dans l’article … les chances de palu etaient grandes, les benef sur cette affaire pas assez surement … le pire est que EAss peut dormir sur ses deux oreilles avant que quoi que se soit les atteignent meme s’ils sont juge coupables … et oui une famille et des amis sont restes dans l’incertitude pendant plusieurs longues journees avant qu’un « beau » jour on nous dise qu’il est trop tard !

  5. jaouad dit :

    la responsabilité de la clinique marocaine et aussi engagée dans cette affaire pour faute de diagnostique .

  6. Emi dit :

    Est-ce vraiment un responsable qui est recherché? Ce ne doit pas être un motif non plus puisqu’il est connu. Le but de la démarche serait plutôt de mettre fin à un non-dit pour que tous ceux qui ont connu et aimé Renaud puissent espérer avancer le coeur un peu plus léger. Pour Renaud toujours là…

  7. petit-perrin dit :

    Cette affaire sera évoquée devant la 31 ème chambre du tribunal correctionnel de Paris le jeudi 26 septembre à 13 heures .Prévenus EUROP ASSISTANCE et son directeur médical adjoint.

  8. Guelpa dit :

    Je ne pense qu’à la douleur de ses parents et de Marie…..et si leur combat ne ramènera jamais Renaud…au moins peut être evitera t-il de nouvelles horreurs administratives…FLorian et moi pensons souvent à vous

  9. Romain Letenneur dit :

    Bonjour,

    j’apprends la nouvelle à l’instant. Je pensais à Renaud et Marie (étions amis d’enfance). En cherchant sur le net, j’apprends sa mort.
    J’aimerais pouvoir contacter sa famille,
    Si vous pouvez m’aider,

    Romain Letenneur
    facebook: romain letenneur

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