Ce n’est encore qu’un concept dont le jeune Boyan Slat est en train d’étudier la faisabilité. Mais son projet suscite un formidable espoir chez les dizaines de milliers d’internautes qui ont déjà visionné sa vidéo sur Youtube. Boyan Slat, 19 ans, envisage de débarrasser les Océans de la pollution plastique en quelques années à peine ! Rien que ça. Il explique de manière magistrale son projet « The Ocean Cleanup » au TEDx de Delft aux Pays-Bas (voir vidéo en bas de l’article).

Boyan commence par bien poser le problème. Le plastique est maintenant omniprésent dans cet « âge du plastique » que nous vivons. Rien que pour manger un biscuit, il faut ouvrir un emballage plastique dans un contenant plastique, recouvert d’une boîte en carton elle-même entourée de plastique, et qui se retrouve dans un sac plastique ! On en vient à mettre sous plastique toutes sortes d’aliments, y compris des bananes !

Le problème est qu’une bonne partie de ces plastiques va ensuite se retrouver dans les océans pour y constituer de véritables continents de plastique formés par les gyres océaniques (courants marins formant des tourbillons géants à l’échelle des océans).

Boyan Slat qui est étudiant en ingénierie aérospatiale aime bien plonger et prendre des photos aquatiques. On le voit sur les images aux Açores et en Grèce où il a pu constater l’ampleur de la pollution plastique: « j’y ai vu plus de sacs plastiques que de poissons… » Il explique bien que les plastiques se fragmentent en de plus petits morceaux de plastiques qui fixent les polluants et qui intègrent la chaîne alimentaire et empoisonnent les oiseaux, les poissons et in fine l’homme.

Boyan Slat se veut pragmatique. Il considère – à juste titre – que la prévention ne suffira pas à endiguer ce problème endémique et intercontinental de la pollution plastique dans les océans. On ne pourra malheureusement jamais empêcher tous les gens de jeter leurs déchets dans l’eau…

Boyan veut nettoyer les Océans du plastique. Mais au lieu d’imaginer des chalutiers qui partiraient à la pêche aux déchets plastiques avec des filets géants (avec toutes les prises involontaires d’animaux marins et la dépense énergétique colossale que cela représenterait), Boyan Slat prend le problème à l’envers et va utiliser l’ennemi (le plastique) à son avantage.

Il imagine un système fixe pour nettoyer les océans, et il va laisser les courants marins des gyres faire le travail, pour permettre à l’océan de s’auto-nettoyer. Et c’est là où son idée est géniale.

En fixant des barrages flottants (cf. photo) sans mailles, il espère capter les plastiques qui flottent en surface, et qui représenteraient 7.250.000.000 de kilos de plastiques (soit le poids de 1000 Tour Eiffel). Son système préserverait les animaux marins qui ne pourraient pas se retrouver piégés, et il réfléchit à comment préserver au mieux le plancton si précieux pour l’équilibre des océans.

Les plateformes qu’il imagine seraient auto-suffisantes en énergies marines en utilisant l’énergie des vagues, des courants et du soleil. Le design s’inspire de la raie manta dont les ailes déployées permettraient au système de fonctionner même par gros temps. D’après ses prévisions, le « Great Pacific Garbage Patch » pourrait s’auto-nettoyer en 5 ans avec son système, contre 79.000 ans évalués par les experts… Il pense même que ce projet pourrait être rentable !

Même si son projet paraît un peu fou, cette piste originale pour débarrasser les océans d’une partie de leur pollution de surface mérite d’être étudiée. On ne peut plus rester les bras croisés devant l’océan qui se charge de plastiques. Il faut maintenant commencer à le nettoyer, tout en limitant au maximum nos rejets bien évidemment.

Plus d’infos sur www.theoceancleanup.com

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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17 Commentaires

  1. Adrien dit :

    Ce que je retiens d’intéressant dans cette vidéo, c’est qu’une très importante pollution par des billes de plastique sur les plages de Singapour n’a été causée par la perte que de 6 conteneurs, tombés en mer.
    Quand on imagine le nombre de ces conteneurs qui se perdent chaque année, sur tous les océans du globe…

    Pour le reste de l’argumentaire, je suis un peu plus perplexe.
    Ce type de barrages flottants (avec récupération des déchets en bout d’entonnoir) existe depuis des années, mais sa plage d’utilisation a des limites, en terme de houle et/ou de vent.
    Et justement, dès qu’il y a un peu de houle et/ou de vent, les micro plastiques (le cœur de cible de ce projet) ne flottent plus à la surface, mais se répartissent dans toute la colonne d’eau.
    Du coup, combien de jours par an peut-il remplir son office ?

    Le reste du temps, est-il suffisamment solide pour supporter les contraintes mécaniques d’une vraie tempête océanique ? Combien y en a t’il chaque année ?
    Toujours dans les contraintes mécaniques, quelle serait sa résistance à la rupture pour des déchets de taille honorable (épave de bateau ou conteneur perdu) ?

    D’autre part, comment compte-t-il ancrer son barrage à une profondeur de 4500 m (profondeur « moyenne » de l’Océan Pacifique, peut être plus importante à l’aplomb des gyres) ?

    Bref, il y a de l’idée, mais je pense quand même qu’il y a beaucoup de questions techniques à approfondir.
    Et s’il a réponse à tout cela, il pourra commencer à réfléchir sur le financement, la gouvernance, le fonctionnement, etc (pour des zones dites « internationales », et donc, n’appartenant à personne)…

  2. Bonsoir,
    je vous laisse lire l’article explicite du Monde, avec l’avis de l’expert français en déchets marins : François Galgani, océanographe à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer)
    http://ecologie.blog.lemonde.fr/2013/04/03/peut-on-nettoyer-les-oceans-des-dechets-plastiques/

    Peut-on nettoyer les océans des déchets plastiques ?
    NON, sauf en Science Fiction…
    La meilleure solution est d’intervenir le plus en amont du problème : par des Initiatives Océanes par exemple…

    Le danger serait qu’une majorité de terriens pensent que la Science puisse tout résoudre, effacer nos atteintes à l’environnement.
    Bref, croire à ce genre de connerie…

    Laurent Colasse

    • Albert dit :

      L’article du Monde est intéressant, mais qu’en est il de votre commentaire? Le danger ce ne serait pas de « croire à ce genre de connerie » mais que chacun y réfléchisse et que l’émulation produite par le nombre de projets qu’il faudra puisse un jour amener à une solution faisable. Même si cela doit prendre du temps.
      Qu’auriez vous répondu au scientifique qui vous aurait dit « nous allons bientôt aller sur la lune » en 1930…?
      Esseyez d’être constructifs et de chercher un solution plutôt que de dire « c’est pas possible »…

    • franck dit :

      bonjour,

      d’une part il est bon de rappeler que la 1e chose à faire c’est de faire cesser les causes du problème : repenser notre développement, en particulier au sujet de l’utilisation des ressources et les impacts environnementaux des produits en fin de vie.

      il ne faut pas se voiler la face, toute idée tout dispositif aussi bons soient-ils ne viendront jamais à bout d’une connerie à la mesure de 7 à 10 milliards d’individus.

      mais d’autre part on ne peut condamner un projet a priori, nous ne pouvons nous le permettre. il n’y a pas de baguette magique, pas de super héro, pas de miracle pour sauver « notre » monde. seule l’expérience nous fera avancer. le chemin est long il faut se mettre en route dès aujourd’hui.

      il a été dépensé tant d’argent dans des projets foireux (les avions renifleurs chers à un certain président..) et entachés de corruption (par exemple la nouvelle route du littoral à la Réunion)… que sont quelques millions investis sur un vrai sujet de fond ? rien. trois fois rien.

  3. Françoise Verheyen dit :

    Il est évident que quelle soit la solution que l’on puisse mettre en place, quelle qu’en soit sa faisabilité, cela ne diminue en rien notre responsabilité de consommateur et, en amont, celle des producteurs, immensément trop nombreux à mettre sur le marché toujours plus de produits dont on sait qu’ils nuisent ou nuiront gravement à la santé de la planète et, in fine, du consommateur. On nous vend, en quelque sorte, de la mort en boîte.Il y a lieu de s’insurger contre ces pratiques.

  4. Lol dit :

    @association SOS Mal de Seine

    Parce que l’expert français François Galgani a dit que ce n’était pas possible, ce n’est pas possible… Mouhahaha.

    Laissez les innovations à d’autre Monsieur Colasse… Elle est loin la belle industrie française pleine d’idées « révolutionnaires »

  5. david dit :

    ben moi j’espère qu’il a raison…. qu’il va être financé et qu’ils vont même gagner de l’argent avec leur idée.
    Ce qui me semble utopiste aujourd’hui c’est de croire que « les gens » vont changer, que les industriels vont changer, que les élus vont changer.. bref..

    • Adrien dit :

      On aimerait TOUS qu’il ait raison…

      Un p’tit coup d’éponge pour ramasser toutes nos bêtises, qui n’en rêverait pas ?
      Ce serait trop facile et déresponsabilisant !

      La seule vraie solution, c’est pourtant d’attaquer le problème à la source, et de faire changer « les gens »…
      Ça s’appelle de la « prévention ».

      • Priorité à la prévention bien sûr, mais quels en sont les résultats ?

        Après plusieurs années de sensibilisation du grand public, on peut douter de son efficacité quand on voit le comportement déplorable des gens sur les plages.

        Le lobbying contre les sacs plastiques ? On en reparlera, mais remplacer des sacs plastiques « jetables » par des sacs plastiques réutilisables (et donc plus denses et moins facilement biodégradables)paraît discutable.

        Le ramassage des plages ? (avec des sacs plastiques !) Là non plus on n’est plus dans la prévention mais il semble que ce soit le seul moyen « curatif » que nous ayons à disposition pour traiter le problème.

        Alors oui, un filtrage passif des « continents plastiques » serait à considérer en complément des mesures déjà engagées.

    • Jane95 dit :

      Vous avez raison, il me semble. Les consommateurs changent -un peu-, la prévention commence à impacter. Mais, les industriels ne le voient pas ainsi : profit et encore profit. Donc, toute idée est bonne à prendre et j’espère que ce jeune aura raison, contre l’avis de certains experts qui croient avoir la science infuse

  6. Il est assez étonnant de constater que le projet de Boyan Slat ne reçoive aucun soutien de la part des ONG soi-disant investies contre la pollution plastique des océans.

    Certains semblent même passablement énervés que Boyan Slat crée ce buzz et leur vole la vedette (et des donations ?). « Cela ne marchera pas. » « Ce n’est même pas la peine de financer une étude de faisabilité, » peut-on lire de la part de certains environnementalistes peu enclins à envisager d’autres solutions que celles qu’ils proposent (et qui ont pourtant montré leurs limites…).

    Un exemple ici: http://www.resilience.org/stories/2013-04-10/the-fallacy-of-cleaning-the-gyres-of-plastic-with-a-floating-ocean-cleanup-array

  7. Denis dit :

    Voilà une excellente initiative ! Tout ce qui pourrait débarrasser l’océan de ces déchets est bienvenu…

  8. Julien dit :

    Même si ça n’enlève ne serait-ce qu’une centaine de déchet, ça vaut déjà le coup d’essayer !!!

    C’est impossible de trouver la solution parfaite, mais cela ne nous empêche en rien de nettoyer.

    Amicalement, Julien

    • ClicClic dit :

      Je suppose que les coûts de ce projets vont dépasser le million de dollars.
      Je te propose un truc, tu me verses 500000$ et j’enlève une centaine de déchets (voir le double)

      • Crackpof dit :

        Que cela coute des millions ça te fait quoi de toute manière tu n’as sans doute pas donné un centime. (Le gouv non plus) Donc c’est seulement la jalousie qui te fait parlé parce qu’en plus tu demande 500000$ pour faire ce que tu n’as sans doute pas l’habitude de faire c’est a dire ramasser tes cochonneries.

  9. GYRES dit :

    Qu’importe si sa solution ne nettoie pas tout, l’important n’est-il pas de le laisser essayer? On dirait que toutes les initiatives en ce sens soulèvent beaucoup plus d’oppositions que celles de continuer à fabriquer des sacs plastiques, recyclables ou pas.
    L’initiative est toujours bloquée lorsqu’elle ne vient pas de lobbyistes qui veulent financer leurs idées…

  10. Adrien dit :

    Je ne cautionne pas toujours les positions/actions de la Surfrider, mais le directeur s’est fendu d’un billet sur leur blog, dans lequel je retrouve assez bien mon point de vue sur cette affaire.

    Plutot que de paraphraser, voici le lien :
    http://blog.surfrider.eu/2014/06/30/boyan-slat-machine-nettoyer-les-oceans-gardons-dun-engouement-excessif/

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