Les proches de Jack O’Neill ont confirmé son décès chez lui dans sa maison en front de mer à Santa Cruz à l’âge de 94 ans. Nous devons beaucoup à ce pionnier et notamment la démocratisation des combinaisons de surf modernes. Il fut aussi l’une des premières victimes d’un accident de surf lié à un retour de planche par le leash.

Jack O’Neill croyait beaucoup dans les vertus de l’océan et la surf thérapie. Il déclarait en 2012 : « Je ne suis pas dans le business, je suis dans l’océan. J’ai toujours cru en ses pouvoirs guérisseurs. L’océan a prouvé ses effets thérapeutiques pour des personnes avec des handicaps physiques ou mentaux, pour des vétérans de retour de guerre, pour tout le monde. Je pense que dans les 30 prochaines années, nous verrons le plein potentiel de cette puissance thérapeutique se réaliser. »

Voici un extrait de sa biographie que j’avais écrite dans mon premier livre Surfers’ Survival Guide.

Jack O’Neill a toujours aimé l’océan. Dans sa jeunesse, il partait bodysurfer dès qu’il le pouvait sur son spot d’Ocean Beach en Californie. Le problème, c’est que l’eau est plutôt fraîche à longueur d’année du côté de San Francisco et les rares surfeurs de l’époque à s’y aventurer ne savaient pas encore comment se protéger du froid.

Pour se protéger de l’eau glaciale, certains utilisaient des pulls en laine qu’ils imprégnaient d’huile…

Un jour, Jack en a eu marre de sortir de l’eau avec le visage rouge, les lèvres bleues, les dents qui claquent, les membres engourdis et les bijoux de famille comme des microbilles… Il a alors cherché un moyen d’avoir une seconde peau pour rallonger la durée de ses sessions.

Après avoir essayé différents matériaux, il serait tombé sur du néoprène à bord d’un avion de passagers. Il eut l’idée de l’utiliser et se mit à travailler cette matière qui s’avéra flexible, légère et résistante. Il en fit des vestes en néoprène qu’il commercialisa dans son magasin : comme il y vendait aussi des planches en balsa et de la paraffine, il créa le concept de « Surf Shop » en 1952.

On commença par lui rire au nez avec ses combinaisons en lui disant qu’il n’en vendrait jamais qu’à quelques locaux illuminés mais très vite, les short john, long john et autres spring suits de son invention partirent comme des petits pains. Les surfeurs mais aussi les nageurs, les plongeurs et les windsurfeurs en avaient besoin pour profiter de leurs activités en eaux froides.

Alors que son affaire était florissante, Jack fut victime d’un accident de leash en surfant à Santa Cruz. Ironie du sort, c’est un de ses propres fils qui venait de développer la « corde pour blaireau », comme les détracteurs du leash l’avaient baptisé à l’époque. Jack perdit l’œil gauche dans l’accident.

Il se mit à arborer un bandeau de pirate. Sa tête barrée de son cache œil avec sa barbe fournie devint le logo de la marque O’Neill. Il continua à innover et à améliorer la qualité et le design de ses produits. Sa marque devint ainsi leader mondial dans la vente de combinaisons ainsi qu’une des toutes meilleures de sportswear avec des distributeurs dans plus de soixante-sept pays.

Jack continua à surfer après l’accident. Il délégua petit à petit les responsabilités à ses nombreux enfants. Il est maintenant un retraité actif et travaille à de nombreux projets dont la défense du Grand Requin Blanc et le programme Sea Odyssey qui consiste à emmener des enfants en mer sur le site de Monterey Bay pour leur faire découvrir les richesses de l’océan et les encourager à les préserver.

Jack O’Neill est un surfeur visionnaire et passionné qui est toujours allé de l’avant. Son accident de surf est presque anecdotique dans sa vie trépidante. Le fait que son look de pirate soit devenu l’effigie de la marque est symbolique et laisse supposer qu’il a accepté les séquelles de son accident. Jack n’est pas le seul à avoir été victime d’un tel traumatisme : chaque année, des surfeurs perdent un œil à la suite d’un accident de surf.

Rendons hommage à ce pionnier grâce à qui on peut maintenant surfer en toutes saisons, jusqu’à l’Afrique du Sud, l’Ecosse, le Chili et même l’Antarctique. Avec les combinaisons, « c’est toujours l’été à l’intérieur » comme Jack le dit si bien.

Un entrepreneur de renom, aventurier et un innovateur, Jack O’Neill a toujours défié les barrières et les obstacles pour explorer de nouvelles frontières. Pionnier de la combinaison car il «voulait juste surfer plus longtemps » (just wanted to surf longer), la passion sans relâche de Jack pour l’innovation et l’excellence a donné naissance à une gamme de produits techniques permettant aux athlètes et consommateurs partout dans le monde de repousser leurs limites personnelles.

«Ma motivation a toujours été alimentée par les vagues et l’océan», disait Jack O’Neill. « En fait, j’ai travaillé la plus grande partie de ma vie à trouver des moyens de mieux comprendre et apprécier cette planète fantastique. Mais, plus important encore, j’espère que mon histoire va inspirer les autres à regarder au-delà de leurs limites et à envisager l’avenir avec plus de respect pour Mère Nature. »

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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1 commentaire

  1. yohann dit :

    Un grand nom du milieu qui revient souvent en tête quand on pense à l’histoire du surf. Avec sans doute les meilleures combinaisons de surf. Encore aujourd’hui innovante en trouvant sans cesse de nouvelles techniques et de nouvelles matières néoprène pour tenir plus longtemps à l’eau sans perdre l’élasticité. Bien souvent imitée par les autres marques plus orientée textiles et surfwear à la mode… O’neill restera un des plus grand nom qui a fait beaucoup pour les surfeurs sans faire dans la dentelle ni dans le flashy. Ce n’est pas si loin tout ça… J’imagine les line-up quasi vierge de nos spot français si le néoprène n’existait pas.

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