Cela fait 3 ans que je m’investis au quotidien dans la prévention des accidents de surf sans qu’aucune mesure concrète n’ait encore été prise pour assurer la sécurité des surfeurs.

Aujourd’hui dimanche 26 juillet 2009, j’ai dû mettre toutes mes connaissances en pratique dans des circonstances dramatiques.

Il est environ 12h30 à la Grande Plage de Biarritz.

Je viens de me poser sur le sable après une session de Stand-Up Paddle.

Les vagues font 1 joli mètre, très fun à surfer et de nombreux surfeurs en profitent.

J’ai préféré sortir de l’eau pour éviter une collision et je regarde maintenant la foule des surfeurs évoluer en me demandant par quel miracle il n’y a pas plus souvent des accidents.

Quand tout à coup mon regard est attiré par une personne qui lève les bras pour appeler du secours : une surfeuse gît dans l’eau inanimée aux côtés de cette personne non identifiée…

Je saisis immédiatement la gravité de la situation et je pique un sprint vers la victime.

Arrivé à sa hauteur, je trouve une surfeuse d’une trentaine d’années totalement inconsciente (depuis combien de temps ?) au visage tuméfié (contusion maxillaire supérieure) avec du sang qui coule de sa bouche.

La première urgence est de sortir la surfeuse de l’eau : nous sommes à 50 mètres du bord à mi-marée avec de l’eau jusqu’à mi-cuisse.

Par un hasard providentiel, les deux autres personnes qui ont accouru se trouvaient être un surfeur qui est chirurgien orthopédique à Paris et Cherbourg (le Docteur P.Giraud auteur d’une thèse sur les luxations d’épaules en windsurf) et sa compagne maître-nageur sauveteuse qui a réalisé un premier bilan pour évaluer l’état de la victime. Ils m’ont aidé à sortir précautionneusement la victime de l’eau devant la suspicion de traumatisme du rachis.

Une fois sur le sable, la surfeuse est toujours inconsciente mais elle respire et a un pouls.

Nous la positionnons sur une planche de surf et nous la mettons en PLS.

Les MNS et les CRS sont arrivés et prennent les choses en main : plan dur, collier cervical, mise en place d’une oxygénothérapie, alerte au centre 15.

La surfeuse reprend ses esprits mais est dans un état d’agitation extrême (ce qui est un signe de gravité) : elle arrache à plusieurs reprises son collier cervical et semble avoir du mal à respirer.

Elle ne présente pas de déficit moteur patent des membres et elle ne semble pas se plaindre de douleurs de la colonne vertébrale : ce qui nous rassure un peu sur un éventuel trauma rachidien.

Puis son état de conscience se met de nouveau à décliner ; elle garde une respiration spontanée et un pouls régulier.

Nous la transférons au centre de secours où les sauveteurs puis les sapeurs-pompiers la conditionnent avant de la transporter en urgence par VSAB (Véhicule de Secours aux Blessés) à l’Hôpital de Bayonne sous la supervision du SAMU prêt à assurer la jonction en cas d’altération de son état pendant le transport.

Les diagnostics de noyade de stade 3 et de traumatisme crânio-facial avec amnésie des faits ont été confirmés aux urgences où elle restait hospitalisée dans un état stationnaire dans l’attente d’examens complémentaires, dont un scanner cérébral de contrôle pour éliminer toute hémorragie intra-crânienne.

En résumé : une jeune femme a failli mourir d’un accident de surf en plein mois de juillet sur l’un des spots les plus fréquentés de la Côte Basque.

Comment l’accident est-il survenu ? Est-elle entrée en collision contre le fond ? Avec la planche d’un autre surfeur ? Ou , plus probablement, avec la sienne ? Elle surfait avec l’une de ces planches pour débutants archi dures.

Et surtout, elle ne portait pas de casque.

Quand est-ce que le casque deviendra obligatoire ou au moins fortement conseillé pour pratiquer le surf ?

Les marques et les instances du milieu du surf ne sont pas pressées pour recommander le port du casque malgré mes mises en garde répétées et les différentes études sur la traumatologie liée à la pratique du surf.

Ce ne sont pourtant pas les traumatismes crâniens graves qui manquent chez les surfeurs : nous avons perdu l’un de nos meilleurs surfeurs, le tahitien Malik Joyeux des suites du même type d’accident : collision contre la planche ou le fond entraînant perte de connaissance entraînant noyade. Et en quelques secondes, la vie bascule…

L’autre enseignement de ce sauvetage auquel je viens de participer est que les surfeurs doivent veiller en permanence les uns sur les autres pour intervenir à temps.

Tous les surfeurs devraient également être formés au sauvetage côtier : ce n’est pas tout de savoir faire un massage cardiaque, il faut d’abord réussir à sortir la victime de l’eau.

Je reste sous le choc après ce sauvetage mais je suis fier d’avoir contribué à sauver une vie aujourd’hui.

Je suis plus motivé que jamais pour faire enfin avancer la prévention des accidents de surf.

Des mesures simples (planches en mousse, moins pointues, port du casque, sensibilisation à la prévention des accidents) permettraient d’éviter que ce genre de situation ne se reproduise.

Dr Guillaume Barucq.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, SUPeur. Auteur des livres Surf Thérapie et DETOXseafication. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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7 Commentaires

  1. Bravo Guillaume.

    Moi aussi je suis fier de toi.

    Merci mon ami. Merci.

  2. noggy dit :

    bravo pour ton geste

    il est vrai que pas mal de choses restent à faire pour les débutants.

    casque et surf en mousse me paraissent l'idéal pour débuter.

  3. laurent dit :

    j'etais le seul a avoir un casque hier a bidart….. et je ne debute pas

  4. nope dit :

    aseptise pas mon surf…

  5. Guillaume dit :

    J'ai eu des nouvelles rassurantes de la surfeuse qui récupère progressivement de cet accident mais qui ne se souvient de rien depuis quelques secondes avant l'accident jusqu'à l'ambulance.

    Elle doute que sa propre planche l'ait percutée. Une collision avec la planche d'un autre surfeur non identifié n'est malheureusement pas à exclure.

  6. Maude papillon dit :

    Bonjour Guillaume,

    Je me nomme Maude Papillon et je suis québécoise. Cet été (saison 2010) je compte partir en voyage à Biaritzz pour 3 mois et je me demandais qu'elles étaient les conditions pour faire partie du club de sauvetage sportif. Je pratique déjà ce sport au Québec depuis 2 ans et je suis en excellente forme physique (triathlète élite).

    De plus, je suis sauveteur océanique et plage continentale. Je possède toutes mes formations en premiers soins et je suis formatrice.

    J'aimerais savoir également s'il y a des possibilités d'emploi. Si oui, à qui dois-je m'adresser?

    Merci de prendre le temps de me lire

    Au plaisir!

    Maude Papillon

  7. Exactement le même type d'accident de surf par KO entraînant une noyade : http://www.wkrg.com/alabama/article/surfer-nearly

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