Les pirogues utilisées lors des épreuves sur la Nive et en baie de Saint-Jean-de-Luz ont été conçues dans les ateliers Woo à Anglet. Après quelques informations sur cette embarcation ancestrale, Guy Ringrave – “barreur” de la Woo – nous dit comme il tente de réduire l’impact de la fabrication composite des pirogues sur l’environnement. Interview réalisée par Rudy Chagnaud*, jeune reporter de l’Odyssée du Flocon à la Vague.

Les Reporters de L’Odyssée : La pirogue, ça existe depuis longtemps ?

Guy Ringrave : C’est le plus vieux mode de transport ! Bien avant le premier cheval domestiqué ou l’apparition de la roue… On la retrouve en Afrique, en Amérique et en Asie, mais les toutes premières viennent des Marquises, en Polynésie française, il y a environ 5 000 av JC !

Pourquoi tes pirogues n’ont-elles pas de voile ?

Elles n’ont pas de gréement car ce sont des pirogues de course : on va plus vite en pagayant ! La voile comme moyen de propulsion, c’était au tout début quand les Marquisiens se servaient de ces longues barques étroites pour aller pêcher. Puis, ils sont partis à la conquête du Pacifique et les pirogues se sont transformées en embarcations de guerre. Il fallait aller vite, donc ils avaient recours à des pagaies. Une voile triangulaire était bien utilisée, mais c’était pour soulager les rameurs entre deux attaques.

À quoi sert le petit flotteur sur le côté ?

C’est un balancier. Grâce à cette disposition asymétrique, on a une meilleure stabilité. Surtout, ça permet de réduire la largeur du flotteur principal et donc d’aller plus vite ! Enfin, le balancier réduit la hauteur de flottaison et l’embarcation peut ainsi aller en eaux peu profondes, comme au-dessus des barrières de corail polynésiennes…

Pirogue hawaiienne Woo made in Pays Basque

Quels matériaux utilise-t-on pour construire une pirogue ?

Traditionnellement le bois : chaque flotteur était creusé dans un tronc d’arbre. C’est comme ça que l’île de Pâques s’est retrouvée sans le moindre arbre ! Mais avec l’éclosion ces 30 dernières années des nouvelles technologies, les matériaux composites se sont imposés. On utilise des tissus en fibre de verre et de carbone, avec lesquels on tapisse le fond des moules. On ajoute ensuite de la résine pour durcir le mélange et pour que l’ensemble épouse parfaitement la forme du moule. À l’arrivée, on a une pirogue davantage profilée et surtout dix fois plus légère que celle faite en bois : en vitesse, y’a pas photo ! De plus, la fabrication est plus rapide et donc moins chère.

Combien ça coûte une pirogue en matériaux composites ?

Celle-ci 2 680 €. Ça peut paraître cher mais c’est un produit de haute technologie. Par exemple, le balancier ressemble plus à une aile d’avion qu’à un flotteur ! Et 2 680 €, c’est toujours moins cher qu’un VTT haut de gamme à Décathlon.

Cette construction composite présente des dangers ?

On utilise des produits issus de l’industrie pétrochimique, donc ça peut être effectivement dangereux pour la santé. Notamment les émanations de styrène qui sont cancérigènes. C’est pourquoi on utilise des masques à filtres pour s’en protéger.

Et pour l’environnement, c’est dangereux aussi ?

La fabrication des pirogues est très polluante. Pour qu’elle soit plus propre, on fait appel à la technique d’infusion sous vide. Lors de la stratification, on recouvre le moule et son contenu d’une bâche qui va empêcher le styrène de s’évaporer. Ce gaz toxique va polymériser avec la résine et y rester prisonnier. Résultats : pas de styrène dans l’atmosphère et une pirogue encore plus solide ! Nous sommes les seuls à utiliser ce procédé en France. Mais nous ne comptons pas en rester là, car la route est longue avant d’arriver à une conception entièrement respectueuse de l’environnement ! Nous travaillons ainsi sur des fibres végétales, comme le chanvre et le lin, et rêvons d’une résine qui soit aussi végétale. C’est la solution pour qu’on puisse un jour recycler une pirogue en fin de vie.

> Waina Outrigger Organisation : www.woo-outrigger.com

> Odyssée du Flocon à la Vague : www.dufloconalavague.org

> Les Jeunes Reporters pour l’Environnement : www.jeunesreporters.org

> Urdin Uhaina : http://urdin-uhaina.e-monsite.com/

*Rudy Chagnaud, Reporter de l’Odyssée : à 12 ans, Rudy déborde d’énergie et de curiosité. Des qualités que cet élève de l’Institut médico-pédagogique du Nid Basque (Anglet) a pu mettre à profit en participant aux Reporters de l’Odyssée. Une animation mise en place à l’occasion de l’Odyssée du Flocon à la Vague, via l’association Urdin Uhaina et en partenariat avec les Jeunes Reporters pour l’Environnement. Ce programme éducatif européen permet aux enfants d’enquêter sur une problématique environnementale locale, en se transformant en journalistes en herbe.

A propos de l'auteur :

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