De nombreuses mesures ont été adoptées ces dernières années pour réduire la pollution de l’air en ville et limiter ses effets sur la santé des Européens. Cependant, d’importantes lacunes subsistent dans la compréhension de cette menace permanente. Elles entravent la planification et la mise en oeuvre de mesures de protection de la santé publique plus efficaces.

Durant près de trois ans, 60 scientifiques originaires de 12 pays européens ont travaillé ensemble pour produire de nouvelles connaissances et des outils afin que les décideurs puissent définir et mettre en place des politiques locales, nationales et européennes plus performantes, que les professionnels de santé puissent mieux conseiller les personnes à risque et que l’ensemble des citoyens puissent mieux protéger leur santé.

À travers ce travail, le projet espère contribuer à la réduction de la pollution atmosphérique et de ses impacts sur la santé et sur le bien-être de la population européenne. Pour ce faire, le projet Aphekom s’est attaché à répondre à plusieurs questions sur la pollution de l’air et la santé.

1. Quels sont aujourd’hui les impacts de la pollution de l’air sur la santé en Europe ? Quels en sont les coûts ?

Aphekom a utilisé la méthode d’évaluation d’impact sanitaire (EIS) classique pour estimer l’impact de la pollution de l’air sur la santé des 39 millions d’habitants des 25 villes européennes participant au projet. Selon la ville et son niveau moyen de pollution, si les niveaux moyens annuels de particules fines (PM2,5) étaient ramenés au seuil de 10 microgrammes par mètre-cube (μg/m3) (valeur guide préconisée par l’Organisation mondiale de la santé – OMS), le gain d’espérance de vie à l’âge de 30 ans pourrait atteindre 22 mois.

En conséquence, le dépassement de la valeur guide préconisée par l’OMS pour les PM2,5 se traduit par près de 19 000 décès prématurés chaque année, dont 15 000 causés par des maladies cardio-vasculaires.

En France, la réduction de la pollution de l’air dans 9 villes* permettrait d’économiser près de 5 milliards d’euros par an, d’allonger l’espérance de vie en évitant environ 3.000 décès annuels, selon l’Institut de Veille Sanitaire (InVS).

*Paris, Marseille, Bordeaux, Le Havre, Lille, Lyon, Rouen, Strasbourg et Toulouse.

 

Le respect de cette valeur guide de l’OMS se traduirait par environ 31,5 milliards d’euros d’économie par an, en diminuant les dépenses de santé, l’absentéisme, et les coûts associés à la perte de bien-être, de qualité et d’espérance de vie.

Ces résultats soulignent que la pollution de l’air a encore un impact sur la santé publique en Europe, et que la mise en oeuvre de réglementations efficaces dans le domaine de la pollution atmosphérique conduirait à des bénéfices sanitaires et monétaires non négligeables.

Ces résultats sont particulièrement pertinents alors que, depuis 2005 différents pays de l’Union européenne dépassent les valeurs limites réglementaires pour les niveaux de particules dans l’air ambiant. De plus, l’Europe et les états membres travaillent au respect des réglementations actuelles, et une révision de la réglementation actuelle est prévue en 2013.

2. Comment prendre en compte les nouvelles connaissances scientifiques pour enrichir les évaluations d’impacts sanitaires ?

Des polluants comme les particules ultrafines se trouvent en grandes concentrations à proximité des rues et des routes connaissant un fort trafic automobile. Il existe de plus en plus d’études montrant que vivre à côté de ces axes de circulation pourrait avoir des répercussions significatives sur la santé, en particulier en favorisant le développement de maladies chroniques. Pourtant, jusqu’à présent, les EIS ne prenaient pas en compte explicitement ces résultats.

C’est pourquoi Aphekom a mis en oeuvre des méthodes innovantes pour prendre en compte le facteur majorant à long terme que représente le fait d’habiter à proximité de grands axes de circulation dans le développement de pathologies chroniques et les coûts associés.

Le projet a montré qu’en moyenne, plus de 50 % de la population de 10 villes européennes résidait à moins de 150 mètres de rues ou de routes empruntées par plus de 10 000 véhicules par jour, et était donc exposée à des niveaux importants de pollution.

Dans ces villes, il a été estimé que le fait d’habiter à proximité de grands axes de circulation pourrait être responsable d’environ 15 à 30 % des nouveaux cas d’asthme de l’enfant, et, de proportions similaires ou plus élevées de BPCO et de maladies coronariennes chez les adultes âgés de 65 ans et plus.

De plus, dans les 10 villes étudiées, le coût associé à l’apparition de ces pathologies chroniques causées par la pollution s’élèverait à environ 300 millions d’euros chaque année, auquel il faut ajouter le coût des aggravations, de l’ordre de 10 millions d’euros par an. Ces résultats indiquent que les bénéfices associés à une réduction de la pollution liée au trafic ont probablement été largement sous-estimés jusqu’à présent. Ils confirment l’importance de développer des politiques urbaines visant à réduire l’exposition des populations vivant à proximité des rues et routes à forte densité de circulation. Ces résultats peuvent aussi être utilisés par les professionnels de santé pour conseiller leurs patients, et par les habitants pour mieux protéger leur santé.

3. Les politiques visant à réduire la pollution de l’air et ses impacts sanitaires et économiques sont-elles efficaces ?

Aphekom a réalisé une revue de la littérature sur les bénéfices observés suite à une réduction des niveaux de pollution, comme par exemple après la mise en place de péages urbain à Londres et à Stockholm. Aphekom a également analysé les effets de la législation européenne mise en place pour réduire les niveaux de soufre dans les carburants. Le projet a ainsi montré que cette législation avait permis une diminution marquée et pérenne des niveaux de dioxyde de soufre (SO2) dans l’air ambiant de 20 villes, ayant permis de prévenir près de 2 200 décès prématurés, ce qui représente un gain de 192 millions d’euros. Ces résultats soulignent l’intérêt de mettre en oeuvre des politiques européennes efficaces en matière de pollution atmosphérique, et de les respecter sur le long terme.

En savoir plus sur le  projet_aphekom.

www.aphekom.org

Les chiffres clefs d’Aphekom :

Le dépassement de la valeur guide de l’OMS pour les PM2,5 dans 25 villes européennes comptant 39 millions d’habitants se traduit chaque année par :

• 19 000 décès prématurés, dont 15 000 décès pour causes cardiovasculaires ;
• 31,5 milliards d’euros en dépenses de santé et coûts associés.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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5 Commentaires

  1. Il est certain qu'il faut trouver des solutions contre la pollution… mais plus on est nombreux, plus on pollue, il faut être responsable sur sa consommation et son impact pour que nos enfants ne soient pas les futurs victimes…

  2. sebastien dit :

    ca depend ou tu as des campagnes plus polluees encore que les villes…

  3. Kevin dit :

    Le problème principal est que la grande majorité de la population des grandes villes et des campagnes ne se posent pas de questions.

    Ils font comme tout le monde, il suivent le mouvement. Trop de gens regardent la télé (publicités mensongères, désinformation, séries débiles et autres émissions de télé fausse réalité) et deviennent complètement abrutis.

    Ils n'ont pas le moindre soucis de ce qu'il se passe en dehors de chez eux. Mais ce n'est pas que de leur faute !

    Lorsque les chaînes de télé mettront en avant la prévention sur les problèmes actuels pour une meilleure prise de conscience des terriens, au lieu de nous lobotomiser avec le reste, peut être qu' il y aura du changement. Et pareil pour l'éducation dans les écoles !

  4. 95% des citadins européens respirent un air pollué, principalement par les particules fines, relève l'Agence européenne pour l'environnement dans un rapport publié lundi.

    «La pollution atmosphérique réduit notre espérance de vie de près de deux ans dans les villes et les régions les plus polluées». Ce commentaire de la directrice de l'Agence européenne de l'environnement (AEE), Jacqueline McGlade, dans un rapport publié lundi , rappelle l'urgence qu'il y a à améliorer la qualité de l'air dans les régions urbaines. Selon que l'on s'appuie sur les recommandations de l'Union européenne ou celles plus strictes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), jusqu'à 95 % des citadins européens respirent encore un air trop pollué.

    Le «risque sanitaire le plus grave» est lié à la concentration des particules fines, PM10, inférieures à 10 micromètres, majoritairement émises par la circulation des véhicules alimentés au diesel mais aussi par le chauffage au bois, les usines ou les centrales électriques fonctionnant au charbon. Elles peuvent être à l'origine de pathologies cardiaques et respiratoires, ou encore du cancer du poumon. Les personnes souffrant d'asthme, d'une maladie cardiovasculaire ou respiratoire sont particulièrement vulnérables.

    En 2010, 21% de la population urbaine a été exposée à des concentrations de PM10 supérieures aux valeurs limites journalières de l'UE. Pour les particules encore plus fines, les PM 2,5, dont les valeurs limites annuelles sont moins sévères, ce chiffre s'élève à 30%.

    En prenant en compte les seuils plus stricts de l'OMS, les pourcentages de populations exposées sont respectivement de 81% et 95%. L'OMS est plus sévère que l'UE en matière de particules fines car, explique-t-elle, «on n'a identifié aucun seuil sous lequel les particules fines n'auraient pas d'impact sur la santé».

    Il y a «urgence (à) réexaminer prochainement la législation en matière de qualité de l'air», conclut l'AEE, qui s'inquiète aussi des niveaux d'ozone ou de dioxyde d'azote.

    http://www.eea.europa.eu/publications/air-quality

    http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/09/24/191

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