Une nouvelle étude suggère que les résidents avec une vue sur mer sont moins stressés.

Cette étude, menée en collaboration entre l’Université de Canterbury en Nouvelle-Zélande et la Michigan State University aux USA, est la première du genre à faire un lien entre la santé mentale et la visibilité des espaces bleus (« Blue Spaces ») depuis son logement.

L’étude a été conduite à Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande, située à l’extrémité sud de l’Île du Nord, ce qui en fait un terrain idéal pour étudier l’impact d’espaces verts et d’espaces bleus sur une large population urbaine. Les espaces bleus visibles à Wellington sont constitués à plus de 99% d’éléments marins entre la Mer de Tasman et l’Océan Pacifique Sud.

En croisant les résultats de l’étude de santé nationale « New Zealand Health Survey » avec des techniques innovantes d’analyse de données géospatiales, les chercheurs ont étudié la relation entre les résultats sur l’échelle d’évaluation psychologique de Kessler (K10) et la visibilité des espaces naturels depuis le lieu de vie.

Les résultats ont été ajustés en fonction de l’âge, du sexe, des revenus, de la qualité de l’habitat, de la densité de population, de la criminalité et de la précarité dans le voisinage.

L’analyse des données a permis de conclure que de hauts niveaux de visibilité d’espaces bleus étaient associés à un stress psychologique moindre d’après les résultats des habitants à l’échelle de Kessler prédictive des troubles de l’humeur et des troubles anxieux. Pour une augmentation de 10% de vue sur des espaces bleus, on pouvait s’attendre à une diminution de 0,28 points sur le score K10 (dont les résultats varient entre 10 et 50, 20 points étant la limite inférieure à partir de laquelle des troubles psychologiques sont évoqués).

Lire aussi : – Comment la vision de la mer stimule notre cerveau.

Cette relation n’a pas été retrouvée pour les « espaces verts », peut-être à cause d’un défaut de l’étude qui ne faisait pas la distinction entre espaces verts urbanisés (parcs, terrains de sports) et naturels (forêts). D’autres études ont déjà largement démontré les bénéfices sur la santé physique et psychologique de la proximité d’espaces verts et boisés.

Ces résultats sont en adéquation avec de précédentes études ayant démontré que des paysages aquatiques sont associés à des émotions positives (White et al., 2010; Herzog, 1985; Ulrich, 1981; Völker and Kistemann, 2011) et que les espaces bleus pourraient être encore plus efficaces que les espaces verts pour produire un impact psychologique positif (Ulrich, 1981; Ashbullby et al., 2013).

Même si cette étude est concluante pour des espaces bleus océaniques, il faut se demander si la vue sur d’autres types d’espaces bleus (lacs, rivières…) procure le même bien-être psychique. Amber L. Pearson, co-auteur de l’étude, suggère de rechercher une relation similaire autour des Grands Lacs aux Etats-Unis par exemple. Cela permettrait de savoir si tous les types d’espaces bleus sont bénéfiques de la même façon ou si d’autres facteurs entrent en jeu en bord de mer comme des stimuli sensoriels générés par le bruit des vagues ou l’odeur de l’air marin par exemple.

D’autres études sont nécessaires pour étayer les bienfaits de la visibilité d’espaces bleus dans les villes. Cette étude permet de mieux comprendre pourquoi les acheteurs sont inconsciemment plus disposés à payer davantage pour un bien immobilier, une location, ou une chambre d’hôtel avec vue sur mer. Ces résultats auront des répercussions en santé et en aménagement urbains et pourraient encourager une visibilité optimisée des grands espaces bleus et l’accessibilité de logements ayant vue sur mer dans un intérêt de promotion de la santé mentale et de réduction du stress très présent dans les zones urbanisées.

Source : Nutsford D, Pearson AL, Kingham S, Reitsma F. Residential exposure to visible blue space (but not green space) associated with lower psychological distress in a capital city. Health Place. 2016 Mar 11;39:70-78. doi: 10.1016/j.healthplace.2016.03.002.

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A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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