A l’occasion de la 5ème Conférence Internationale sur la Médecine du Surf (Surfing Medicine International) qui s’est tenue à Sagres, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le Dr Terry Farrell, directeur médical du Big Wave Tour (BWT). Nous avons évoqué la fréquence des traumatismes touchant la tête chez les surfeurs de très grosses vagues, les facteurs de risques, ainsi que les moyens de mieux les évaluer et de s’en protéger.

Suite à la commotion cérébrale d’Owen Wright à Pipeline (sans qu’il ait heurté le reef ou sa planche), on se pose aujourd’hui des questions pour les surfeurs de très grosses vagues qui subissent de violents wipeouts.

Voici son la traduction intégrale de son intervention :

– Dr Terry Farrell : L’incidence des blessures à la tête est réellement sous-déclarée dans le surf de grosses vagues. De mes 3 années d’expérience sur le Big Wave Tour, j’ai vu de nombreuses situations où les surfeurs ont été légèrement secoués ou modérément commotionnés après des chutes banales sur le BWT.

Plusieurs problèmes se posent.

Premièrement, sur le Big Wave Tour, la compétition n’a lieu que si les vagues font au minimum 25 à 35 pieds. Si tu tombes tôt sur la vague, tu peux potentiellement faire une chute de 25 pieds (7,6 mètres) sur de l’eau qui n’est plus vraiment compressible : l’impact initial se produit quand la tête touche la surface, ou tu peux aussi te heurter contre ta planche. Mais je pense que l’impact le plus fréquent est probablement celui où tu te heurtes contre l’eau. Généralement on voit le surfer essayer de bien pénétrer l’eau, mais souvent il s’agit d’une chute incontrôlée avec la tête qui vient heurter l’eau en premier.

Il peut aussi y avoir un impact secondaire où le surfeur heurte l’eau une nouvelle fois après être parti « over the falls ».

Il y a ensuite un troisième impact qui survient sous l’eau avec la diminution de l’oxygène (hypoxie) quand le surfeur est maintenu sous l’eau un certain laps de temps, qui vient se combiner avec la blessure à la tête, avec des forces qui correspondent à une chute brutale de plus de 5 mètres de hauteur.

Je crois qu’il existe une combinaison de blessures potentielles qui peuvent survenir sur n’importe quelle chute pendant une épreuve de grosses vagues. 

J’aimerais étudier tout cela de manière plus poussée et je travaille sur les phases initiales pour mesurer les forces mises en jeu pendant une chute en utilisant par exemple un accéléromètre ou une jauge de pression dont serait équipé le surfeur pendant sa chute. A ce stade, nous essayons de trouver le meilleur moyen d’y parvenir. Mais je pense que cela fournirait des données très intéressantes.

Je pense que ces blessures sont largement sous-déclarées chez les surfeurs parce que ce sont des durs à cuire et qu’ils veulent avant tout surfer ces grosses vagues, et que pour y parvenir, ils ignorent des traumatismes qui surviennent pendant la compétition et continuent quand même. C’est une preuve de leur volonté et de leur force, mais cela conduit à une sous-déclaration des blessures à la tête.

– Dr Guillaume Barucq : Que penses-tu du casque pour les surfeurs et le surf de grosses vagues ? As-tu un type de casque à conseiller ? 

– Dr Terry Farrell : Le port du casque sur une épreuve du Big Wave Tour est quelque chose qui se voit très rarement. Il y a plusieurs questions à se poser.

La première question est de savoir si le casque changera l’impact d’une manière ou d’une autre. On pourrait penser spontanément que oui mais il serait intéressant d’avoir des données sur ce qui change vraiment l’impact.

Le second problème est que le casque offre une plus grande surface que la tête et sur une vague de 10 mètres ou 4,5 mètres de mousse, la dernière chose dont le surfeur a besoin est d’offrir une plus grande surface à la vague pour tirer dessus.

Je pense que le design du casque doit être très spécifique au surf de grosses vagues. Cela doit être un élément stable qui ne bouge pas sur ta tête, qui n’entrave pas la vue, et ne change pas l’information sensorielle qui arrive par les oreilles, et ce n’est pas une mince affaire… A ce stade, il n’y a pas beaucoup de personnes qui portent un casque mais je pense que plus de données seraient d’une aide précieuse. Faire des études pour mieux comprendre ce qui se passe avec la tête pendant une chute serait utile pour essayer de développer un casque adapté à ces conditions.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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