J’ai pu rencontrer ce vendredi 23 Novembre 2012 le Professeur David Khayat qui était de passage à Biarritz à l’occasion d’une série de conférences sur le thème de l’activité physique, un traitement reconnu pour la prévention et la prise en charge des maladies chroniques, dans le cadre des Rencontres Sport Santé de Biarritz.

Le Pr Khayat, chef de Service d’Oncologie Médicale à la Pitié Salpêtrière et auteur du Vrai Régime Anticancer, intervenait pour confirmer les bienfaits de l’activité physique en prévention et à tous les stades du cancer.

Nous avions vu que la nouvelle tendance était à la prescription médicale d’activités physiques notamment pour lutter contre le surpoids, le diabète et les maladies cardio-vasculaires. Le cancer pourrait également devenir une indication privilégiée de prescription d’Activités Physiques et Sportives (APS).

La table ronde « Activités Physiques et Cancer » avait été ouverte par le Dr Frédéric Bauduer, hématologiste au Centre Hospitalier de la Côte Basque, qui a expliqué* comment l’activité physique réduit le risque de survenue de certains cancers, et améliore la qualité de vie et la survie des patients atteints d’un cancer.

Le Pr Khayat est venu appuyer les propos du Dr Bauduer en insistant sur le fait qu’ 1 homme sur 2, et 1 femme sur 3, seraient confrontés au cancer dans sa vie. L’activité physique permettrait de réduire le risque de cancer de manière très significative, d’environ 25 à 30%.

Il a été montré que la pratique d’une activité physique ou sportive permettait de réduire le risque de survenue de nombreux cancers (prévention primaire) comme le cancer du sein, le cancer du côlon, le cancer de la prostate, mais aussi les cancers du pancréas, de l’estomac, de l’utérus…

L’intensité de l’activité physique nécessaire est mesurée en MET (= « Metabolic Equivalent of Task ») par les scientifiques. On recommande généralement une activité de 3 à 6 MET qui équivaut à une activité modérée (marche, yoga…) ou au-delà de 6 MET pour une activité physique plus intense (natation, session de surf, course à pied…). On recommande plutôt les activités modérées pour réduire le risque de rechute chez les personnes ayant eu un cancer et on va plutôt conseiller une activité physique plus intense pour réduire le risque de cancer chez une personne saine.  5 heures d’activité physique par semaine, équivalent à 20 à 30 MET de dépenses énergétiques, permettent de réduire de manière significative le risque de survenue des cancers.

Le Pr Khayat a expliqué que les activités physiques ou sportives agissent en réduisant la quantité de facteurs de croissance entraînant la prolifération de cellules potentiellement cancéreuses comme l’IGF1, l’insuline, la leptine. Ces facteurs augmentent le risque de cancer mais le sport permet de les faire diminuer. Le sport permet également de réduire le taux d’oestrogènes qui favorisent les cancers hormono-sensibles comme le cancer du sein.

Pour les personnes ayant déjà eu un cancer, l’activité physique va jouer un rôle encore plus grand dans la prévention des récidives (diminution du risque de l’ordre de 40 à 45%) car les cellules cancéreuses résiduelles ont moins de facteurs stimulants pour se développer grâce à l’activité physique.

L’activité physique chez une personne ayant un cancer ou en rémission doit idéalement se faire avec des professionnels formés à la prise en charge de ces malades, comme cela se fait déjà pour les Arts Martiaux avec la CAMI par exemple.

Le Pr Khayat a ajouté que le sport permettait de reprendre confiance en soi et de se réapproprier son corps dont l’image est parfois altérée après des traitements agressifs comme la chirurgie, la radiothérapie ou la chimiothérapie (perte des cheveux, altération de la peau, ablation d’un sein…). Il est important de reprendre confiance en ce corps qui quelque part a « trahi » puisqu’il a développé la maladie, en se prouvant à soi-même qu’on est capable de le solliciter pour des activités physiques.

*Le Dr Frédéric Bauduer a expliqué que le sport intervenait également en diminuant notre masse grasse, en stimulant nos défenses immunitaires et en accélérant notre transit intestinal (en prévention du cancer du côlon). L’activité physique permet également de réduire la fatigue, la dépression et l’anxiété souvent liées au cancer et à leur traitement. Le Dr Bauduer a raconté qu’ils essayaient même de donner accès à une activité physique aux patients hospitalisés en secteur stérile du service d’hématologie de l’hôpital de Bayonne avec la mise en place de vélos d’appartement et de steppers et un projet d’intervention d’un éducateur sportif. Il a terminé en rappelant, en sa qualité de Professeur d’Anthropologie biologique à l’Université Victor Segalen de Bordeaux, que notre mode de vie avait été totalement modifié entre notre passé de « chasseur-cueilleur » et notre mode de vie actuel où l’homme passe plus de temps immobile devant des écrans qu’à se dépenser, tout en ayant une alimentation de moins en moins adaptée tant quantitativement que qualitativement. Cette altération de notre mode de vie explique en grande partie le développement des épidémies modernes comme le diabète, les maladies cardio-vasculaires ou les cancers.

 

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A propos de l'auteur :

Surfeur, médecin généraliste, adjoint au maire à l'environnement à Biarritz.

 

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3 Comments

  1. Alexandre dit :

    Super ! Après Le Figaro qui a publié au printemps que le sport intensif était bon pour la santé et permettait de réduire les effets du vieillissement, c’est une vertu supplémentaire à ajouter à la longue liste des bienfaits du sport.
    Sportivement !

  2. sebastien dit :

    Et on a encore surement pas mal de choses a redécouvrir…
    alors faisons du sport…

  3. Il est évident que le sport n’a que des bienfaits positifs sur la santé, et ce ne sera pas la dernière étude qui le mettra en valeur… et c’est une bonne chose.

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