Surfrider Foundation Europe a détaillé l’un de ses axes de travail à l’occasion de la Global Wave Conference à Biarritz : œuvrer pour la reconnaissance de spot(s) et/ou du surf au patrimoine mondial de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) dans l’optique de favoriser leur préservation.

Aussi surprenante qu’elle puisse paraître, cette démarche pourrait avoir de réelles chances d’aboutir. Il faut savoir qu’il existe déjà 43 sites reconnus au Patrimoine Mondial Marin de l’UNESCO : la Grande Barrière de Corail fut la première à être reconnue et aujourd’hui on compte 43 sites au total* comme le Parc National de Cocos Island au Costa Rica ou les lagons de Nouvelle-Calédonie que l’on peut admirer dans la vidéo Youtube ci-dessous. Pour qu’un spot de surf intègre un jour cette liste, il ne suffira pas qu’une vague parfaite y déferle ; il faudra également que l’environnement soit à la hauteur des critères de l’UNESCO et qu’une culture, des rites ou des coutumes se rattachent à la vague choisie. Pour figurer sur la liste du Patrimoine Mondial, les sites doivent répondre à au moins un des dix critères de sélection de l’UNESCO comme par exemple représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle exceptionnels ; être des exemples représentatifs de processus écologiques en cours dans l’évolution des écosystèmes aquatiques, côtiers et marins ; contenir les habitats naturels d’espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation…

Surfrider Foundation réfléchit soit à présenter plusieurs vagues emblématiques, soit à n’en présenter qu’une seule et unique sur la liste du patrimoine mondial naturel de l’UNESCO. Resterait alors à définir laquelle ou lesquelles et à motiver le(s) pays où elle(s) déferle(nt) en sollicitant des personnes-ressources sur place, des universitaires, des ONG, les autorités locales, la communauté de personnes concernées pour supporter ce projet.

Une autre option serait de faire reconnaître le surf – en tant que culture – au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité où figurent déjà différentes activités comme l’acupuncture, certaines danses comme le tango ou le flamenco, des chants, des rituels, des traditions… En France, y figurent notamment le compagnonnage, le repas gastronomique Français et la fauconnerie. Les lauréats du patrimoine immatériel sont assez éclectiques. L’escalade était également candidate au Patrimoine Culturel Immatériel. Pourquoi pas le surf ? L’intérêt serait alors de valoriser la discipline, et éventuellement de la sauvegarder dans certains endroits où le surf est menacé (disparition de spot comme à Madère, spot rendu impraticable comme à Fukushima…).

Quelle stratégie pour y arriver ?

Grégory Lemoigno et Audrey Léger exposaient les tenants et les aboutissants de ce projet. Figurer au patrimoine mondial de l’UNESCO ne peut se faire du jour au lendemain. C’est un processus long et exigeant. Surfrider a déjà défini un calendrier. Au printemps 2011, ils ont réalisé une étude de faisabilité du projet ; cet été ils ont été reçus au siège parisien de l’UNESCO. Ils devaient encore rencontrer le Ministre de la Culture français Frédéric Mitterand avant de constituer un comité de pilotage pour ce projet. La Global Wave Conference aura permis de sensibiliser les différentes associations concernées par un tel projet dans l’optique d’une future collaboration pour obtenir une reconnaissance internationale.

Est-ce le bon moment pour se lancer dans une telle démarche ?

Peut-être pas dans l’immédiat car l’UNESCO a dû se résoudre à suspendre tous ses programmes jusqu’à la fin de l’année. Depuis l’adhésion de la Palestine à l’UNESCO, l’organisation pâtit du refus des États-Unis et d’Israël de continuer à la financer, ce qui représentera un manque à gagner d’environ un quart du budget annuel. Irina Bokova, directrice générale de l’organisation, a elle-même qualifié la situation de très difficile.

Cela ne change pas forcément grand-chose pour le projet de Surfrider car comme les démarches prendront de toute manière plusieurs mois ou années, autant s’y mettre dès maintenant.

Que gagneraient une ou plusieurs vagues ou le surf à être reconnus par l’UNESCO ?

Là est la véritable question. Nous demanderons aux responsables de ce projet à Surfrider Foundation de répondre plus précisément à cette question mais voici déjà quelques réserves et interrogations concrètes que nous émettons à ce sujet. Nous suggérons d’envisager la reconnaissance la plus globale possible. Si le projet n’aboutit à protéger qu’une seule vague ou même quelques-unes, qu’y gagneront les autres surfeurs qui ne fréquentent pas ces spots ? Faire reconnaître une seule vague serait-il rentable par rapport à tout le travail que cela demandera ? Prenons l’exemple de Mundaka (qui est déjà dans la réserve de la biosphère d’Urdaibai reconnue par l’UNESCO) qui est l’une des vagues qui aurait le plus de chances de figurer dans le patrimoine mondial de l’UNESCO. Sa reconnaissance renforcerait peut-être sa préservation environnementale mais ne risquerait-elle pas d’avoir des effets pervers, comme exposer encore un peu plus une vague déjà très connue et attirer encore plus de surfeurs, alors qu’elle a déjà atteint un haut niveau de saturation ? La reconnaissance du surf au Patrimoine Culturel Immatériel permettrait une valorisation beaucoup plus générale du surf et profiterait à un plus grand nombre. Ce serait peut-être aussi le meilleur moyen de fédérer les surfeurs des différents pays sur un projet commun. Quoi qu’il en soit, nous suivrons ce projet avec attention.

*Liste du patrimoine marin de l’UNESCO : l’aire protégée des îles Phoenix, l’archipel de Socotra, atoll d’Aldabra, baie d’Ha-Long, Baie Shark (Australie de l’Ouest), Côte de Ningaloo, Fjords de l’Ouest de la Norvège (Geirangerfjord et Nærøyfjord), Golfe de Porto (calanche de Piana, golfe de Girolata, réserve de Scandola),Haute Côte / Archipel de Kvarken, Ibiza, (biodiversité et culture), Île de St Kilda, Île Macquarie, Îles brésiliennes de Fernando de Noronha et de l’atoll das Rocas, Îles de Gough et Inaccessible, Iles d’Ogasawara, Îles et aires protégées du Golfe de Californie, Îles Galápagos, Îles Heard et McDonald, Îles sub-antarctiques de Nouvelle-Zélande, Kluane / Wrangell-St Elias / Glacier Bay / Tatshenshini-Alsek, La Grande Barrière, La mer des Wadden, les Lagons de Nouvelle-Calédonie, Les Sundarbans (Bangladesh), Papahānaumokuākea, Parc de la zone humide d’iSimangaliso, Parc national de Coiba et sa zone spéciale de protection marine, Parc national de Komodo, Parc national de l’île Cocos, Parc national de la rivière souterraine de Puerto Princesa, Parc national de Ujung Kulon, Parc national des Everglades, Parc national des Sundarbans, Parc national du banc d’Arguin, Parc naturel du récif de Tubbataha, Presqu’île de Valdés (Argentine), Rennell Est, Réseau de réserves du récif de la barrière du Belize, Sanctuaire de baleines d’El Vizcaino, Sanctuaire de faune et de flore de Malpelo, Shiretoko, Sian Ka’an, Surtsey, Système naturel de la Réserve de l’île Wrangel et la zone de conservation de Guanacaste.

Visionner le détail du projet de Surfrider Foundation sur Dailymotion.

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1 commentaire

  1. Les réactions spontanées à ce sujet sont plutôt positives sur Facebook : http://www.facebook.com/surf.prevention/posts/264

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