Voici l’un des exposés qui m’a le plus marqué lors de la Global Wave Conference qui s’est déroulée en ce début de semaine entre Biarritz et Saint-Sébastien. Will Henry, fondateur de Save the Waves Coalition a été confronté à plusieurs menaces pesant sur certains des plus beaux spots de l’île atlantique de Madère, comme Jardim Do Mar.

Jardim Do Mar fut un spot de grosses vagues de classe internationale. Malheureusement, la magie n’opère plus là-bas depuis qu’une route et un enrochement artificiel (voir photo) sont venus chambouler son fonctionnement. Désormais, la vague ne fonctionne plus qu’à marée pleine basse mais ce n’est plus la même. Will Henry y est retourné plusieurs fois depuis et il n’a jamais retrouvé les droites magnifiques d’avant les travaux. Ceux-ci ont surtout rendu le spot beaucoup plus dangereux avec les vagues qui cassent sur les blocs dès que la marée monte et l’apparition d’un backwash. La puissance des vagues devrait d’ailleurs avoir raison de ces blocs de béton en quelques années. Les surfeurs auront été privés bien inutilement de l’une des plus belles droites du monde.

Gibus de Soultrait, l’un des pionniers de Jardim Do Mar, a souligné que ces travaux étaient la conséquence de financements de l’Union Européenne destinés au Portugal pour construire des routes : de nouvelles voies rapides, des tunnels ont été construits un peu partout au Portugal, y compris à Madère où ils se sont mis à construire des digues pour utiliser les fonds européens, faire travailler les entreprises de construction et ainsi « couler du béton ». Les surfeurs n’ont pas pesé lourd face à la machine politique dénoncée par Will Henry dont le mode de fonctionnement peut amener à de telles aberrations. Ce qui a joué aussi dans le cas de Jardim Do Mar, c’est le fait qu’il y ait eu très peu de surfeurs locaux (divisés sur la conduite à tenir) et que la vague soit peu connue, ce qui n’a pas pu entraîner une mobilisation suffisante pour empêcher les travaux.

Will Henry a néanmoins connu une petite victoire sur le spot de Lugar de Baixo où il aurait obtenu des autorités locales qu’une marina (comme celle envisagée à la Côte des Basques à Biarritz dans les années 70) ne soit pas construite sur la vague mais à distance. Will Henry explique sa motivation à vouloir sauver des vagues par la construction d’un port chez lui à Dana Point en Californie qui avait fait disparaître le spot mythique de Killer Dana.

Will Henry considère que de l’argent « gratuit » mis dans les mains de politiques qui pensent à leur prochaine élection peut conduire à ce genre de bêtises n’importe où dans le monde. Les hommes politiques cherchent à construire pour laisser leur empreinte et faire travailler la population locale qui remettra plus volontiers des bulletins en leur faveur dans l’urne. Face à l’emploi, aux grands travaux, les préoccupations hédonistes des surfeurs ne valent pas grand-chose aux yeux des politiques et de l’opinion publique, pour le moment. L’un des objectifs de cette Global Wave Conference était justement de réfléchir à des moyens d’action pour que d’autres vagues ne disparaissent pas de la même manière.

Pendant son intervention que je vous invite à visionner sur cette vidéo Dailymotion, Will Henry donne aussi l’exemple invraisemblable de Ponta Delgada : cette gauche de pointbreak magnifique a disparu pour protéger une malheureuse piscine en bord de mer avec…une digue gigantesque. Quel gâchis !


Will HENRY, Coastal Structure in Madeira par SurfriderEurope

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4 Commentaires

  1. RD dit :

    Désolant. Ca faisait des années que la bataille durait. La cause n'était pas si inconnue que ça, pas mal d'articles notamment dans Surf Session ou Surfer's journal. Malgré cela, les surfers locaux n'ont pas pesé bien lourd…

  2. Le cas de Jardim do Mar est exemplaire de beaucoup d'autres où la communauté surf a manqué de poids pour faire valoir ses arguments. Il faut du temps pour que celle-ci soit entendue. A Madère, au moment où le Portugal a bénéficié des fonds européens pour les infrastructures, les surfeurs n'avaient organisé qu'une fois une compétition de grosses vagues à Jardim et n'avaient pas d'arguments économiques à faire valoir pour les habitants. Il ne faut pas accuser ces fonds européens, mais leur utilisation ici par une entreprise locale vantant l'intérêt d'une large route (qui est un cul de sac) pour débiter du béton. Le dommage de cette histoire est que le village, pour un tourisme “écologique“ (recherché aujourd'hui), aurait gagné à la construction d'une promenade, bien plus étroite et paysagée, avec renfort contre l'érosion, sans que cela détériore la vague. Mais la voix du compromis n'a pas voulu être entendue par les autorités, à ce moment-là. L'intérêt de la Global Wave Conférence par toutes les expériences échangées est de voir que nous, les surfeurs, avons désormais de plus en plus d'outils (grille pour études économiques de la valeur d'un spot, moyens de mobilisation, arguments juridiques) pour rentrer dans le débat de projets modifiant les côtes, et ainsi faire pression. Mais c'est un combat sans relâche. Bravo à Surfrider Foundation, Save the Wave, Surfers Against Sewage, Salvem O Surf…. Ils méritent largement le soutien de tous les surfeurs. A bon entendeur

    • thierry deneu dit :

      bonjour gibus de soultrait ,je suis de l ile de la reunion ,et me preparais pour un surf trip a madere ,et je tombe sur cet article qui dit que jardim do mar et autres n existent plus ou presque ,crois tu que ca vaut quand meme la peine d aller a madere ,je t avoue que je ne sais plus quoi faire a present ,merci thierry

  3. Un surfeur haut-norm dit :

    Si le problème existe partout y compris en France, une loi a permis de préserver un peu plus chez nous les côtes : la loi "littorale".

    Son principal apport ? Les constructions sont interdites sur une bande de 100 mètres si la zone est libre de toute construction.

    L'adoption de cette loi ne fut pas simple car elle retirait aux élus locaux le pouvoir de décider seuls dans leur coin les projets d'aménagement.

    Seule la voie législative sera efficace y compris à l'étranger.

    Pour le reste, les lobbies économiques pourront toujours convaincre les élus locaux comme cela est très bien démontré dans l'article au Portugal.

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