Une nouvelle illustration de la Surf Thérapie nous est fournie dans le numéro d’Octobre 2012 de Surfer Magazine. Lewis Samuels fait le portrait de la bodysurfeuse américaine Judith Sheridan atteinte d’une maladie neurologique invalidante dans les symptômes sont améliorés par sa pratique du bodysurf. Voici la traduction de l’article en français:

Je soigne ma Sclérose en Plaques en faisant du bodysurf dans les grosses vagues glaciales d’Ocean Beach. » —JUDITH SHERIDAN

Au cours de la dernière décennie, c’est devenu un rite de passage pour les surfeurs de grosses vagues de Californie du Nord: aller à  Ocean Beach pour surfer la houle de la saison. Tu waxes ton plus grand gun quand, apparemment, personne d’autre n’a les c… d’y aller. Après une heure de brassages brutaux tu émerges, victorieux, au large, là où des vagues parfaites de la taille d’une maison explosent dans la désolation. Et c’est à ce moment que tu la remarques: une femme d’âge mur avec un bonnet de bain orange, en train de bodysurfer sur la face d’une grosse vague.

Judith Sheridan est susceptible d’inspirer soit du chagrin, soit de la confusion, soit une admiration béate chez les big wave riders les plus endurcis. Peut-être que les alpinistes au Népal ressentent la même chose quand ils sont tributaires de leur matériel pour accomplir ce que leur Sherpa fait avec une relative facilité. Mais Judith n’est pas un Sherpa ; c’est une géophysicienne de 49 ans de Detroit, dont la première véritable expérience de glisse sur des vagues remonte à un peu plus de 10 ans. Elle a fait la transition improbable de la nage en lac, à la natation dans l’océan, au bodysurf, puis au bodysurf à Maverick’s.

Techniquement parlant, cela fait d’elle une vraie surfeuse de Maverick’s — mais elle ne s’est jamais considérée comme faisant partie de la “tribu”; ce n’est que récemment que les surfeurs ont commencé à apprécier l’étendue du courage et des capacités de Judith. La véritable raison pour laquelle elle a commencé à bodysurfer des grosses vagues était pour s’éloigner des autres surfeurs. Elle avait subi régulièrement des surfeurs qui partaient devant elle sur les vagues quand il y avait trop de monde à l’eau, car les surfeurs sous-estimaient son aptitude à suivre les vagues. Après un nez cassé et une fracture de la clavicule, elle s’est retirée sur les vagues du large pour trouver un peu de tranquillité.

“Quand je suis dans l’eau, je me sens plus moi-même,” explique Judith. Elle se sent plus stable, plus consciente, avec un meilleur contrôle. Ce n’est que ces dernières années que Judith a pu trouver une explication médicale à cette sensation. En 2008, après des années de troubles de l’équilibre et une détérioration de la vision de son œil droit, on a diagnostiqué à Judith Sheridan une sclérose en plaques*. Ses médecins estiment qu’elle luttait contre la maladie depuis 25 années.

Judith remarque que la chaleur active les lésions de sclérose en plaques dans son cerveau, et que l’eau froide de la Californie du Nord lui apporte des bénéfices thérapeutiques**. Judith est hésitante à laisser la sclérose en plaques la définir, mais elle admet, “la Slérose en Plaques a orienté mon style au takeoff et la façon dont je surfe une vague.” Elle a mis au point un takeoff sous l’eau unique pour compenser la perte de force dans ses bras. Elle a utilisé ce style à Maverick’s à l’occasion de douzaines de sessions. Malgré son état, elle se sent chanceuse. « La sclérose en plaques m’a libérée—c’est un permis pour faire ce que je veux.”

Dans un sport dominé par les hommes, où les femmes sont présentées comme des jeunes filles blondes en bikini (quand elles en ont un), il est difficile de faire entrer Judith Sheridan dans une catégorie. Elle se retrouve littéralement seule, dans les eaux sombres et troubles que la plupart des surfeurs préfèrent éviter: à la nage, sans planche de surf, dans le bowl à Mavericks, avec la vue et le tonus musculaire altérés par une maladie neurologique invalidante. Quand les légendes auto-proclamées gagnent $50,000 pour lâcher une corde en surf tracté, Judith incarne nos froids cauchemars et en fait sa consolation et son refuge. Judith Sheridan déclare: “J’aime garder la tête froide (au sens figuré comme au sens propre NDLR) et prétendre que je suis invisible. » Mais elle ne l’est pas.

 

*La sclérose en plaques (SEP) est une maladie démyélinisante du système nerveux central qui s’attaque à la gaine de myéline des nerfs du cerveau et de la moelle épinière. L’influx nerveux est perturbé et cela se traduit par des troubles neurologiques divers (sensitifs, moteurs, visuels, troubles de l’équilibre…) évoluant par poussées ou de manière progressive. Cette maladie plus fréquente dans les zones tempérées touche en majorité les femmes et les jeunes adultes.

**On sait que la chaleur peut aggraver les symptômes de la SEP, alors que le refroidissement peut les diminuer. Une étude¹ récente publiée dans The Canadian Journal of Medical Sciences peut expliquer l’amélioration ressentie par Judith Sheridan au cours de ses sessions de bodysurf en eau froide. Les chercheurs ont en effet montré de manière expérimentale que le refroidissement de la tête et du cou par une cagoule rafraîchissante améliorait des paramètres moteurs, de marche, de rapidité et d’équilibre chez des patients porteurs d’une SEP.

En conclusion, on pourrait dire que l’activité physique pratiquée par Judith Sheridan (le bodysurf en eau froide) est d’autant plus bénéfique qu’elle ne s’accompagne pas d’une augmentation de la température corporelle qui peut être délétère pour les symptômes de la SEP.

Lire aussi : – le longboarder Wingnut et la slérose en plaque.

¹Reference: Reynolds LF, Short CA, Westwood DA, Cheung SS. Head pre-cooling improves symptoms of heat-sensitive multiple sclerosis patients. Can J Neurol Sci. 2011 Jan;38(1):106-11.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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2 Commentaires

  1. sebastien dit :

    faut sacrement du courage

  2. A.8 dit :

    Étant moi même atteint d’une SEP, le surf agit d’une manière extrêmement bénéfique sur le moral et la présence dans l’eau ainsi que sur la plage enlève toute douleurs liées à la maladie. Mais il s’avère que plus la température est fraîche et plus le bien être est augmenté!

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