Selon la revue Prescrire, le Médiator et les pilules de 3e et 4e génération ne seraient que « quelques arbres qui cachent une forêt » de médicaments plus dangereux qu’utiles dans notre pharmacopée, d’après Bruno Toussaint le directeur éditorial de Prescrire. La revue livre dans son dernier numéro de février 2013 toute une série de « médicaments à écarter », qui ne va pas manquer d’entretenir la psychose ambiante et la défiance du public envers le médicament.

Pour Prescrire, la prudence impose de choisir préférentiellement les médicaments les plus éprouvés, avec « des effets nocifs rendus acceptables par une efficacité démontrée ». A contrario, la revue incite à se méfier des molécules fraîchement émises sur le marché, pas forcément plus efficaces que leurs prédécesseurs, et parfois même plus nocives, mais largement diffusées par le biais d’une promotion efficace ciblant aussi bien les patients que les pharmaciens et les médecins, et popularisées par des « leaders d’opinion » dans des congrès et des revues spécialisées.

Prescrire va encore plus loin dans son propos en accusant les autorités de santé de « ne pas faire leur travail de protection des patients » en laissant sur le marché « des médicaments plus dangereux qu’utiles ».

Prescrire, revue financée par ses abonnés, rappelle dans ce numéro les principaux médicaments qu’il faudrait selon elle écarter suite aux analyses publiées dans leurs colonnes de 2010 à 2012.

Dans cette liste, figurent des médicaments de prescription courante comme le dompéridone (Motilium et génériques), la pholcodine présente dans des sirops contre la toux, les décongestionnants par voie nasale ou orale vasoconstricteurs (éphédrine, naphazoline, oxymétazoline, pseudoéphédrine, tuaminoheptane), le tixocortol (associé à la chlorhexidine dans le Thiovalone) dont la bénignité des affections pour lesquels ils sont généralement prescrits (gastro, bronchite, rhume…) ne justifie pas l’exposition du patient à des effets indésirables potentiellement graves.

Des antibiotiques comme la moxifloxacine (Izilox) et la télithromycine (Ketek) sont également dans le collimateur de Prescrire, des antidépresseurs comme l’agomélatine (Valdoxan), la duloxétine (Cymbalta), le milnacipran (Ixel ou autre), la tianeptine (Stablon), la venlafaxine (Effexor LP et autre) ainsi que d’autres psychotropes comme l’étifoxine (Stresam), le méprobamate ou encore des médicaments utilisés dans le sevrage tabagique comme la bupropione (Zyban) ou la varénicline (Champix).

Plusieurs médicaments utilisés en cardiologie sont également visés: l’anti-hypertenseur aliskirène (Rasilez), des hypolipémiants comme le fénofibrate (Lipanthyl et autre), bézafibrate (Befizal) et ciprofibrate (Lipanor ou autre), l’ivabradine (Procoralan) anti-angineux, le nicorandil (Adancor et autre), la trimétazidine (Vastarel), les vasodilatateurs dérivés de l’ergot de seigle comme la dihydroergocryptine (Vasobral), la dihydroergocristine (Iskédyl), la dihydroergotoxine (Hydergine), la nicergoline (Sermion et autre)…

En rhumatologie, Prescrire incite à se méfier de différents anti-inflammatoires comme les coxibs (Celebrex,…), le kétoprofène en gel (Ketum gel), le nimésulide (Nexen ou autre), le piroxicam (Feldène ou autre), des médicaments contre l’ostéoporose comme le Protelos ou le Forsteo, des anti-arthrosiques comme la diacéréine (Art 50) ou la glucosamine (Voltaflex ou autre), des myorelaxants, la quinine (Hexaquine, Okimus, Quinine vitamine C Grand) dans les crampes, le Colchimax (colchicine + poudre d’opium + tiémonium)…

En dermatologie/allergologie, le tacrolimus dermique (Protopic) ; la méquitazine (Primalan), la prométhazine injectable (Phenergan), sont à éviter selon la revue Prescrire.

En diabétologie, Prescrire cite les gliptines comme la saxagliptine (Onglyza), la sitagliptine (Januvia, Xelevia) et la vildagliptine (Galvus), ou encore l’orlistat (Xenical et autre).

Retrouver la liste intégrale des médicaments à éviter pour soigner au mieux de Prescrire avec la description des effets secondaires potentiels.

Cette liste n’est pas sans rappeler la démarche des Pr Even et Debré dans leur Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux.

Il faudrait peut-être maintenant prendre le problème à l’envers en indiquant les traitements que l’on peut prescrire sans danger.

Une revue comme Prescrire devrait davantage développer les articles sur les prescriptions non médicamenteuses alternatives. On ne dira jamais assez qu’il n’y a pas que les médicaments pour soigner et prévenir: la nutrition, la prescription adaptée d’activité physique, la prescription de cures thermales ou de thalassothérapie, etc. devraient davantage être considérées pour améliorer la santé.

Sans pour autant jeter le discrédit sur les médicaments dans leur ensemble, car au rythme où vont les choses, le paracétamol et l’aspirine seront bientôt interdits…

Source: http://www.prescrire.org/Fr/109/442/48259/2479/ReportDetails.aspx

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, SUPeur. Auteur des livres Surf Thérapie et DETOXseafication. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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10 Commentaires

  1. kalium dit :

    La démarche de Prescrire repose sur la médecine basé sur les faits (i.e. la compilation, pour chaque médicament, du plus grand nombre possible d’études scientifiques de son efficacité, de son profil de pharmacovigilance, etc). Or en suivant cette même démarche, il n’a jamais été possible de démontrer l’efficacité des cures thermales et autres médecines non-conventionnelles. De la même façon que Prescrire rejettent les médicaments n’ayant pas fait la preuve de leur efficacité, ils se doivent (pour être cohérents) de rejeter ces thérapeutiques qui restent (malgré ceux qui prétendent le contraire) non prouvés scientifiquement.

    • C’est justement là que la démarche de Prescrire trouve ses limites et que le serpent se mord la queue.

      En ne s’appuyant que sur « l’Evidence Based-Medicine », Prescrire ne peut exploiter que des études financées en grande partie par les laboratoires dont elle dénonce pourtant les méthodes.

      Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’étude publiée pour prouver qu’un traitement est efficace qu’il ne marche pas. C’est juste qu’aucun laboratoire n’a trouvé d’intérêt pour aider à financer la recherche dans ce domaine.

      Il faut beaucoup d’argent pour faire des études qui pourront être ensuite publiées dans des revues de référence. Mais où peut-on trouver ces moyens si ce n’est auprès de l’industrie pharmaceutique ?

      Mais on se rend bien compte que ceux qui s’attellent à démontrer l’efficacité de leurs thérapies « alternatives » y arrivent aussi. Cf. les dernières études probantes concernant justement le thermalisme ou l’homéopathie.

      • adp dit :

        >>Cf. les dernières études probantes concernant justement le thermalisme ou l’homéopathie.
        Elles sont où ces études ?

        • L’étude EPI 3, première étude pharmaco épidémiologique menée en France chez des médecins généralistes, a concerné 9000 patients suivis pendant un an par 900 médecins généralistes dont 300 médecins généralistes allopathes, 300 généralistes « mixtes » et 300 médecins homéopathes.

          Les résultats montrent que ces médecins consultent le même type de patients avec les mêmes pathologies et le même degré de gravité. Sur les 3 groupes de pathologies suivies – infection des voies aériennes supérieures, troubles anxio-dépressifs, troubles du sommeil et douleurs musculo-squelettiques, l’amélioration clinique évaluée par les patients est comparable que le traitement soit allopathique et homéopathique. Il n’y a aucune perte de chance chez les patients pris en charge par homéopathie et même un atout notable en raison de l’absence d’effet iatrogénique.

          Venant après d’autres, cette étude d’une ampleur et d’une durée inégalées, confirme l’efficience de l’homéopathie et la légitimité de sa place dans le système de santé. Elle est de plus en plus utilisée comme traitement associé dans des pathologies lourdes comme le cancer.

          Source: http://www.snmhf.net/

          Et pour le thermalisme, vous trouverez des publications intéressantes ici: http://www.afreth.org/

  2. clo dit :

    Tout ce que je peux dire c’est qu’en France(je ne sais pas comment c’est ailleurs?!), la santé,à l’échelle individuelle comme nationale,ne devient une priorité que lorsqu’il y a problème. Il suffit de voir la dernière campagne présidentielle,et ceci pour tous les candidats, à quel point la thématique de la santé a été évoqué et envisagé.
    Pourtant l’on dit bien par chez nous qu’il vaut mieux prévenir que guérir.

  3. adp dit :

    >>>Les premières conclusions de l’étude EPI 3 – dont les résultats feront l’objet de communications et de publications – montrent l’émergence d’une nouvelle catégorie…
    Donc c’est une étude non publiée, un peu difficile à critiquer..

    >>….confirme l’efficience de l’homéopathie et la légitimité de sa place dans le système de santé.
    L’efficience est l’optimisation des moyens mis en œuvre pour parvenir à un résultat1. Elle se mesure sous la forme d’un ratio entre les résultats obtenus et les ressources utilisées2. Il faut la distinguer de l’efficacité, qui est le ratio entre les résultats obtenus et les objectif fixés, et de la rentabilité, qui est le ratio entre les revenus obtenus et les capitaux investis. (wikipedia)

    Dans mon souvenir la prise en charge de pathologies lourdes ( cancer) par des thérapies alternatives se soldait par une *diminution* de la qualité de vie.
    Je suis généraliste allopathe. Le jour où on me donnera des traitements efficaces dépourvus d’effets secondaires, je serai très très content.
    Mais pour l’instant, l’homéopathie n’a pas prouvé une efficacité supérieure à celle du placebo et le thermalisme n’a prouvé qu’une diminution de la consommation d’antalgiques, pas une diminution de la douleur.

    • clo dit :

      Pour autant,on ne peut être que méfiant à l’égard de l’industrie pharmacologique et des « autorités » et autres organismes de surveillance aux vues des libertés prises par ces différents acteurs depuis des décennies et sur un plan international. Tout ça bien sur,sans parler de la corruption(et je n’ai pas peur du mot) et des différents conflits d’intérêts présents dans ce milieu.
      Le résultat de cette politique de santé et de tout ce journalisme à sensation est catastrophique pour le patient. Il y a bien une crise de confiance envers les labo et le corps médical qui se répercute dans la prise en charge paramédicale au quotidien(même si nous n’en sommes pas encore aux excès anglo-saxon).
      La seule solution serait que les autorités indépendantes traitent réellement le problème avec courage et objectivité.
      En attendant,messieurs les médecins je vous souhaite bon courage.

  4. Sébastien dit :

    Tu as totalement raison guillaume a quand des études sur l efficacité ou non des traitements dits alternatifs ?
    Pour les médicaments exposes dans cet article on le sait depuis des années pour certains.
    Même la Has ne recommande pas certaines molécules…
    Par contre il y a quelques temps un article de cette même revue mettait en garde contre la kine respiratoire ce qui a été attaqué en justice …

  5. sebastien dit :

    adp,
    je pense que guillaume parlait de traitements homepathiques en complement d’une prise en charge allopathique. on obtient des effets tres interressants notament au niveau de la diminution de certains effets secondaires de chimiothérapie.
    Par ailleurs, mon grand pere qui était un des précurceurs de l’homeopathie (c’est lui qui a notament ecrit le precis de psychiatrie homeopatique chez boiron)a guérit un de ces chats qui souffrait de crises d’épilepsie. L’effet placebo dans ce cas me semble un peu étrange.Le probleme de la validation de l’efficacite de l’homeopathie, c’est que c’est plus compliqué que tel symptome tel medicament (c’est pourtant ce qui est enseigné actuellement, il n’y a qu’à lire les ouvrages de référence pour s’en rendre compte). Or le traitement doit également tenir compte de l’individu, de sa personnalité et de sa constitution et la ça se complique car l’experience empirique et le sens clinique ne peuvent etre similaires d’un praticien à l’autre.
    Dans un autre de ses livres (medecine humaine) en 1976 ou 1977 il se plaignait déjà de la prise en charge allopathique qui bien souvent traite un symptôme et en crée un autre…
    Cela dit, la prise en charge allopathique est bien souvent la seule efficace dans bon nombre de pathologie et il est important de le rappeller.
    Ce qui est judicieux c’est une véritable prise en charge globale de l’homme et de revenir aux fondamentaux comme la nutrition, la balneothérapie, l’air des montagne, le thermalisme. Dans bon nombre de pathologie, un travail en ammont serait opportun et permettrait d’éviter d’avoir systématiquement recours à de la chimie, ce qui crée forcément un déséquilibre…
    Mais bien souvent on voit s’affronter d’un côté les « scientifiques » purs et durs et de l’autre des farfelus parfois sectaires. Comme bien souvent ce qui est necessaire c’est un juste milieu et pour cela il faut changer les mentalités et se remettre un peu en question. Je citerais claude bernard « quand un fait contredit la théorie, il convient de remettre en question cette dernière »

  6. Dr.M.CHRIST dit :

    On devrait trouver sur la Toile 1 liste ds 450 médicaments autorisés au Danemark, par ex. Faire baisser par décret le prix ds générs d’1/3 au moins comme en Espagne & imposer la traçabilité. En ignorant les pleurs des fabricants qui les achètent aussi en Inde ou Chine & ls conditionner ici, ou les font fabriquer en Amérique Sud ds leurs succursales à bas prix, ls importent ici (+ de chômage) & les revendent au prix fort.

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