Les programmes de rééducation par le surf de militaires blessés se sont développés ces dernières années aux Etats-Unis. Depuis 2012, des soldats français peuvent également profiter des bienfaits d’une activité physique en bord de mer dans leur processus de rééducation et de réinsertion.

Sous l’impulsion du Colonel Eric Lapeyre, médecin-chef à l’hôpital d’instruction des Armées de Percy, du Lieutenant Colonel Thierry Maloux, chef de la CABAT (Cellule d’Aide aux Blessés de l’Armée de Terre), et du caporal-chef Lionel Godts, un premier stage avait été organisé pour 10 soldats en octobre 2012 à Bidart.

En 2013, pendant la deuxième semaine de septembre, ce sont 14 jeunes soldats blessés en opération au Mali ou en Afghanistan – parmi lesquels une femme – qui ont pu profiter de ce stage Sport, Mer et Blessure (SMB) encadré par médecin, kinésithérapeute, psychologue, et moniteurs de surf.

On comptait parmi eux des blessés graves dont trois amputés de jambe, un amputé de doigts, et d’autres présentant des séquelles de fractures multiples, le plus souvent après avoir été victime d’un engin explosif. Beaucoup présentent aussi des blessures invisibles que constituent les traumatismes psychiques, avec notamment des états de stress post-traumatique invalidants.

Pour surmonter ces traumatismes physiques et psychiques, un stage d’une semaine basé sur 3 activités nautiques a été mis en place par le colonel Lapeyre: du surf à Bidart, du sauvetage côtier à Biarritz, et de la pirogue hawaiienne à Saint-Jean-de-Luz.

Il ne s’agit pas de faire prendre des vacances aux militaires, mais d’utiliser ces activités pour potentialiser leur réadaptation.  Le Pr Éric Lapeyre est convaincu que « le sport est primordial dans le processus de reconstruction des blessés militaires« .

Chaque activité présente un défi pour les soldats convalescents, mais aussi l’opportunité de travailler certaines aptitudes primordiales pour des militaires: condition physique, équilibre, coordination, responsabilisation, solidarité, esprit d’équipe… C’est surtout l’occasion de se sentir de nouveau capable et utile; le sauvetage côtier leur redonnant même le sentiment de pouvoir sauver des vies, ce qui est d’autant plus important face au sentiment d’impuissance qu’ont pu ressentir certains survivants qui ont perdu des camarades dans une attaque.

Cécile Trompette, caporal âgée de 28 ans, est venue « pour retrouver confiance » en elle. Militaire du 7e Bataillon des Chasseurs Alpins de Bourg-Saint-Maurice, son véhicule blindé a sauté sur un engin explosif en 2011 en Afghanistan. Elle a présenté des fractures multiples, un traumatisme cervical, et des séquelles psychologiques: « J’y pense toujours. Quand je suis sur la route, des trucs me rappellent l’accident. J’ai peur… J’ai beaucoup changé: je m’énerve plus rapidement, je suis devenue plus sensible… » Elle est venue à Bidart pour parler avec les autres et s’essayer au surf.

Raphaël Ferkatadji, caporal de 27 ans du 2e Régiment d’Infanterie de Marine, originaire de La Réunion, n’oubliera jamais ce soir d’avril 2011. Alors qu’il partait en mission de contrôle de zone, il a sauté sur une bombe artisanale avec d’autres soldats. Il s’est réveillé après 15 jours de coma à l’Hôpital Percy où il avait été rapatrié. Il a finalement choisi au bout d’un an l’amputation de la jambe gauche qui le faisait trop souffrir, et il a gardé des séquelles sur la droite. Il reste traumatisé par cette nuit funeste où il a perdu l’un de ses camarades, Alexandre Rivière. Il est venu sur la Côte Basque pour se « réapproprier des sensations » par la découverte de ces activités nautiques, et partager son expérience avec des collègues qui ont subi la même chose que lui.

Même si le temps n’a pas toujours été au beau fixe pendant cette semaine, les stagiaires sont ressortis de leurs sessions épanouis. Alors qu’en arrivant sur la côte basque, ils parlaient surtout de leurs blessures, ils ne parlaient plus à la fin que de leurs vagues prises et de leurs sensations dans l’eau. Le Réunionnais Toihirou Aouladi, du 2ème RIMa comme Raphaël, déclare juste à la fin d’une vague surfée: « Je ne pense à rien du tout là, je m’évade. Ce qui s’est passé pendant la guerre, j’oublie, j’ai tout oublié là. Je ne sens même plus mes blessures. »

Le surf, le sauvetage et la pirogue leur ont permis de se dépasser et de se mesurer à l’élément marin. En plus des bénéfiques physiques indéniables de telles activités,  ce sont surtout les résultats sur le plan psychologique qui sont spectaculaires. La reprise de la confiance en soi est capitale pour pouvoir ensuite se réinsérer dans l’armée à un poste adapté aux capacités de chacun. Le but ultime de ce type de programme est de réintégrer le régiment; même si les blessés graves ne pourront pas retourner sur le terrain, il existe de nombreux postes, notamment administratifs, où il est toujours possible de retrouver une place au sein de l’armée.

Eric Dargent, survivant d’une attaque de requin à La Réunion, était invité pour participer au stage et montrer aux soldats blessés que malgré l’amputation, le surf restait toujours possible, et pouvait être utile dans la reconstruction après un tel accident.

Le Colonel Lapeyre et Eric Dargent seront présents samedi 5 Octobre 2013 au Congrès Mer & Santé pour parler de l’intérêt du surf dans le handicap.

Lire aussi: – le Surf pour Soigner ses Blessures.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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1 commentaire

  1. toblo dit :

    je trouve geniale cette initiative

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