nautic sup paris crossing

Dimanche 7 décembre 2014 au petit matin, j’ai eu la chance d’assister au départ de la course Nautic SUP Paris Crossing sur la Seine. Malgré un froid glacial, le lever du soleil a offert une luminosité exceptionnelle sur ce parcours qui reliait la Bibliothèque Nationale de France au Quai de Javel en passant par la Cathédrale Notre-Dame, le Pont Neuf, le Louvre et la Tour Eiffel.

Avec une température de l’air à 2°C et une eau à 9°C, il fallait être motivé et bien couvert pour effectuer les 13,5 km du parcours pro. Avec 400 concurrents, cette course a été de nouveau un succès pour sa 5ème édition, et après l’avoir vue j’ai bien envie de la tenter un jour.

Les conditions de sécurité de la course étaient maximales grâce aux bénévoles de la SNSM qui encadraient les participants. Les organisateurs ont aussi pensé à la prévention de risques sanitaires hypothétiques liés à la qualité de l’eau.

En stand-up paddle, on est censé rester debout sur la planche au-dessus de l’eau et le risque lié à la pollution éventuelle de l’eau est presque aussi négligeable que celui encouru par un promeneur qui marche le long des quais. Des précautions sanitaires étaient néanmoins données aux participants sur l’affichette que vous pouvez lire ci-dessous.

En lisant ces consignes sanitaires, on a l’impression que le simple contact avec l’eau de la Seine pourrait suffire à vous rendre malade : « en cas de baignade dans l’eau de Seine, il y a nécessité impérative de prendre une douche. Les douches sont à votre disposition chez Microsoft à l’arrivée de la course. » Et en cas de symptômes dans les heures ou les jours qui suivent, il est conseillé aux participants de bien penser à indiquer au médecin le contact avec l’eau de Seine.

S’il est normal que les organisateurs cherchent à se couvrir en cas de risque, aussi minime soit-il, on peut s’interroger sur la qualité réelle de l’eau de la Seine et sur le niveau des risques sanitaires évoqués. Il faut reprendre l’historique des bains dans la Seine pour mieux comprendre.

Il faut savoir qu’on se baignait dans la Seine au début du siècle dernier, notamment pendant les fortes chaleurs. Mais depuis l’année 1923, il est strictement interdit de se baigner dans la Seine. En 1988, un certain Jacques Chirac, alors maire de Paris, avait promis une « Seine propre » dans son programme : « Dans 5 ans, on pourra à nouveau se baigner dans la Seine. Et je serai le premier à le faire », avait-il déclaré à l’époque.

Mais plus de 25 ans plus tard, la baignade en Seine n’est toujours pas d’actualité… En 2012, la traversée de Paris à la nage est même annulée, malgré des milliers d’inscrits ; la préfecture invoque une perturbation du trafic fluvial par l’événement et… une qualité de l’eau insuffisante. L’association organisatrice Paris Swim a effectué depuis plusieurs analyses qui se sont révélées conformes aux normes de qualité des eaux de baignade.

Mais on se heurte au caractère trop partiel des analyses standard des eaux de baignade qui n’évaluent que 2 espèces bactériennes et sont inaptes à évaluer les risques sanitaires liés aux autres polluants microbiologiques ou chimiques. Selon l’ARS Ile-de-France, les risques infectieux d’une baignade dans le fleuve incluraient : des infections virales (norovirus, entérovirus, adénovirus, virus de l’hépatite A), la cryptosporidiose, ou encore la leptospirose.

Pour avoir une idée plus globale de la qualité de l’eau, un indice de la qualité de la Seine reposant sur le débit, la température de l’eau et la teneur en oxygène dissous permet d’évaluer la qualité de l’eau sur 9 points situés en aval de Paris, zone la plus à risque de pollution, et permettent d’obtenir une évaluation quotidienne de la qualité de la Seine.

Ces analyses révèlent que la qualité de l’eau de la Seine n’est pas si mauvaise, ce qui serait plausible compte-tenu du travail effectué pour préserver le milieu naturel sur la Seine. Il faut surtout comprendre que la qualité de l’eau est fluctuante selon les conditions, comme dans n’importe quel milieu aquatique. Dans la Seine, la qualité de l’eau varie surtout en fonction de différents paramètres comme le débit du fleuve et les conditions météorologiques.

Des analyses plus approfondies seraient souhaitables pour mieux connaître la qualité de l’eau de la Seine et mettre en place les mesures qui permettront un jour de s’y baigner de nouveau. Il serait temps d’y penser à l’heure où de grandes capitales comme Berlin (dans la rivière Spree) ou Londres dans la Tamise pensent à rendre accessibles leurs cours d’eau au bain grâce à une amélioration de la qualité de l’eau par des moyens naturels ou des grands travaux sur les réseaux d’assainissement.

Ce qui est sûr en tous cas, c’est que le risque en SUP n’est évidemment pas comparable à celui encouru par un nageur immergé. Pour limiter les risques d’infection, il est conseillé de porter une combinaison intégrale et de suivre les conseils pour éviter de se contaminer dans l’eau.

risque baignade seine

Image Twitter @W_ellap

Lire aussi : Laird Hamilton en SUP en maillot sur la Seine.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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