Dans les articles publiés sur Surf Prevention ou dans le livre Surfers’ Survival Guide, je me base le plus souvent sur les données statistiques issues de ma thèse de médecine sur les accidents de surf à partir de l’étude réalisée dans les services d’urgences de la côte basque pendant l’été 2006.

Faute d’une analyse annuelle de l’accidentologie du surf sur nos côtes, il était intéressant de refaire une photographie de ces accidents en 2014, soit 8 ans après la dernière étude exhaustive. C’est ce qu’a fait le SAMU de Bayonne sous l’impulsion du Dr Tarak Mokni et du Dr Hervé Dubois qui a présenté son étude aux Journées des Sciences et de la Médecine du Sport de Biarritz et qui retranscrit ici les principaux résultats :

Étude des accidents de surf pendant l’été 2014 sur la Côte Basque et le sud des Landes.
Auteur : Dr Dubois Hervé, Coauteur : Dr Tarak Mokni , service Urgences-SAMU-SMUR, Centre Hospitalier de la Côte Basque.

Introduction : Notre territoire de régulation médicale (centre 15) s’étend du sud des Landes à la Côte Basque. Il comprend une soixantaine de kilomètres de côte où les vagues attirent chaque année plus de surfeurs pendant la période estivale.

La planche contondante, le leash reliant le surfeur à sa planche, le fond marin souvent proche de la surface et la densité des surfeurs, créent des situations pourvoyeuses de traumatismes. Le SAMU et les services d’urgence prennent en charge une partie des blessés.

Matériel et méthode : Nous réalisons une étude prospective portant sur l’analyse des dossiers de patients présentant un traumatisme lié à la pratique du surf pendant les mois de juillet et d’août 2014.

287 dossiers, soit de régulation (centre 15), soit provenant des services d’urgences, sont recueillis. Nous déterminons le profil des patients. Nous observons les caractéristiques des traumatismes au travers du mécanisme lésionnel, de la localisation, de la gravité et du type de lésion, mais aussi de la prise en charge du patient : lieu de l’accident, acheminement, traitement et devenir du patient. Soit au total 18 variables.

Nous apprécions l’évolution en comparant les résultats avec une étude similaire réalisée en 2006 (Thèse du Dr Guillaume Barucq réalisée au sein du même service d’Urgence-SAMU-SMUR de l’hôpital de Bayonne).

Résultats : La moyenne est de 4,6 dossiers traités par jour, 14 maximum.

L’âge moyen est de 26,6 ans. 20% des patients ont moins de 16 ans. Presque un tiers des dossiers concernent des femmes. Les débutants représentent la moitié des dossiers et sont impliqués dans plus de la moitié des lésions graves.

Les lésions graves* représentent 19,8% des admissions avec 30% de luxations, un quart de fractures et 20% de plaies nécessitant plus de 8 points de suture. Elles sont transportées pour la moitié en VSAV, 39% par leurs propres moyens et 12% sont prises en charge par le SMUR.

La moitié des dossiers sont régulés par le 15. Au total, 70% des patients se présentent par leurs propres moyens, 24% en VSAV. Le transport héliporté, en UMH ou en ambulance, représente chacun moins de 2%.

80% des traumatismes sont pris en charge par un service d’urgences de notre secteur et 10% par un médecin généraliste. Seulement 5,6% des patients sont hospitalisés.

Concernant le mécanisme lésionnel, les trois quarts des surfeurs se blessent avec les planches, 61,8% avec leur propre planche dont 65,2 % avec les dérives.

Le leash est à l’origine de seulement 4,1 % de la totalité des accidents, mais plus de la moitié des lésions qu’il cause sont graves* avec un tiers de fracture. Seul le membre supérieur est atteint.

Les planches occasionnent plus de la moitié des lésions à la tête et un quart aux membres, surtout supérieurs. Deux tiers sont des plaies, 20% des contusions.

Les collisions représentent 13,4% des accidents dont 84% impliquent la planche du tiers.

Le contact avec le fond marin est à l’origine de 18% des lésions dont 31,3% sont graves*. La moitié sont des contusions, un quart des entorses, et 10% des fractures. Le rachis est concerné dans 56,9% des cas, suivi des membres dans 37,6% des cas.

La localisation principale des lésions est la tête, touchée dans presque la moitié des cas. Les membres sont lésés dans un tiers des cas, puis le rachis dans 14%.

Le type de lésions observé est une fois sur deux une plaie, presque toujours causée par la planche. 86,2% d’entre elles nécessitent des points de suture et 5,8% sont chirurgicales.

blessure surfeuse

Les contusions représentent 30% de la totalité des lésions, les entorses 10%, les luxations 6% et les fractures 5%.

Les fractures nécessitent un traitement chirurgical dans 40% des cas et sont causées par le fond marin dans deux tiers des cas. Elles touchent les membres dans 70% des cas, le rachis dans 20%, puis le thorax dans 13% et le visage dans 6,6% des cas.

Les entorses, principalement localisées au rachis avec 42,8%, impliquent le fond pour moitié.

Les luxations touchent le membre supérieur dans 94% des cas.

Discussion : La fréquence moyenne journalière augmente de 34% par rapport à 2006.

La proportion de femmes augmente presque de moitié. L’âge moyen n’a pas évolué, mais on note une part plus importante de patients de moins de 16 ans et de plus de 40 ans.

Ces résultats reflètent l’évolution constatée par l’analyse des chiffres, fournis par la Fédération Française de Surf, avec pour la France, et depuis 2007, une augmentation de 72% des licenciés concernant notamment les femmes et les plus jeunes, qui ont doublé.

Si la localisation et les mécanismes à l’origine des traumatismes n’ont pas changé en 7 ans, le type de lésions observées, par contre, a évolué. La baisse des plaies (61 à 48%) et la diminution des fractures de moitié, notamment celle du visage (46% à 6,67%) peuvent être liées à l’utilisation de planche en mousse dans les écoles selon les directives fédérales. La baisse des fractures causées par le leash, de presque 50%, peut être le résultat des messages de prévention dispensés par les écoles et les moniteurs toujours selon les directives fédérales.

Un nombre plus important de patients peut être pris en charge les médecins généralistes : le taux d’hospitalisation est faible et 80,2% des lésions sont jugées non graves.

On retiendra une collaboration efficace des services de surveillance et sauvetage des plages et du centre 15. Les MNS ont obligation d’appeler le 15, permettant de mettre en œuvre une réponse adaptée aux situations.

Conclusion : La démocratisation du surf entraîne l’augmentation d’une population, plus hétérogène. Elle demande de la vigilance par rapport aux risques inhérents à l’utilisation de la planche dans les vagues et à l’utilisation du leash. Elle souligne également la nécessité du respect des règles de priorité sur les vagues pour éviter les collisions.

Les mesures de prévention sont efficaces. Il n’y a pas de solution pour remplacer le leash, matériel de sécurité indispensable, mais qui nécessite une mise en garde contre des lésions potentiellement graves des doigts. L’utilisation de matériel moins traumatisant comme les planches en mousse dans les écoles semble efficace. L’apparition sur le marché de dérives moins tranchantes est peut-être une solution d’avenir.

* Les critères de gravité retenus pour l’étude sont différents de ceux utilisés dans les services d’urgences ( défaillance d’organe).

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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5 Commentaires

  1. adp dit :

    >>La baisse des fractures causées par le leash, de presque 50%…
    >>Le leash est à l’origine de seulement 4,1 % de la totalité des accidents, mais plus de la moitié des lésions qu’il cause sont graves* avec un tiers de fracture.

    a priori, j’ai du mal à voir comment le leash est responsable de fracture. ce sont des fractures de quels os? et par quel(s) mécanisme(s)
    des phalanges par « strangulation » ?

  2. sam dit :

    tout simplement parce que l’élasticité du leash est responsable des « retours » de planche et des blessures qui en découlent.
    Sans leash la planche est emportée et le surfeur ne se blesse pas avec

  3. Olive dit :

    Un leash long evite pas mal de probleme ….je ne surf qu avec des 7′ les 6′ sont beaucoup plus dangereux en terme de retour …

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