pollution guanabara bay

Les athlètes qui nageront et navigueront sur les eaux de Rio pour les Jeux Olympiques d’Été 2016 risquent des problèmes de santé. En cause : un haut niveau de pollution de l’eau.

Comme le révèle une enquête de l’Associated Press (AP), des niveaux très élevés de bactéries et surtout de virus en provenance d’eaux usées menacent la santé des sportifs, comme certains ont déjà pu en faire la désagréable expérience avec des symptômes comme de la fièvre, des vomissements ou des diarrhées.

Les responsables politiques brésiliens assurent que l’eau sera sûre pour les JO et le directeur médical du Comité International Olympique déclare que tout sera mis en oeuvre pour proposer des sites de compétition non pollués. Mais le Gouvernement et le CIO se basent uniquement sur des analyses bactériologiques, et non pas sur des analyses des virus dans l’eau.

La pollution des eaux de baignade peut être extrême à certains endroits au Brésil où la majorité des eaux usées n’est pas traitée. Des eaux usées brutes se déversent parfois directement dans la mer comme nous l’avons vu à São Conrado où le site de la compétition de surf a été retoqué par la WSL.

Après des bactéries multirésistantes aux antibiotiques à proximité du site de compétition de la Baie de Guanabara, ce sont donc les virus qui inquiètent.

Les virus recherchés par l’AP ont été retrouvés sur des analyses à des taux 1,7 million de fois supérieurs aux seuils considérés comme dangereux sur les plages du sud de la Californie.

L’AP a commandé 4 séries de tests sur chacun des 3 sites de compétition aquatique pour les JO, et une série dans la zone de surf d’Ipanema Beach. 37 échantillons d’eau ont été analysés pour 3 types d’adénovirus (considérés comme marqueurs des rejets humains dans les eaux usées), du rotavirus (première cause de gastro-entérite dans le monde), des entérovirus ou des coliformes fécaux.

Ces analyses ont été menées par le virologiste Fernando Spilki qui coordonne le programme de qualité environnementale à la Feevale University au sud du Brésil. Il a déclaré que ces analyses montraient que les eaux de Rio étaient contaminées de manière chronique et que « les quantités de matières fécales entrant dans les masses d’eau au Brésil sont extrêmement élevées. Malheureusement, ces niveaux sont comparables à certains pays africains ou à l’Inde. »

D’après les résultats et l’avis d’experts, aucun site retenu ne serait safe pour nager ou naviguer. Les résultats ont montré des taux élevés d’adénovirus qui peuvent provoquer des infections des voies respiratoires ou intestinales chez l’homme.

Les athlètes en contact avec l’eau aux JO seraient quasiment assurés d’entrer en contact avec des virus pathogènes. Et ils seront 1,400 sportifs à naviguer près de la Marina da Gloria dans Guanabara Bay, à nager au large de la plage de Copacabana ou à ramer en canoë ou en aviron sur le lac Rodrigo de Freitas récemment recouvert de poissons morts (vidéo).

Sur ce lac Rodrigo de Freitas Lake, qui avait pourtant été nettoyé les années précédentes et qui était considéré comme « sûr » pour y faire de l’aviron ou du canoë, les analyses de l’AP montrent des niveaux de pollution virologique importants allant de 14 million d’adénovirus par litre à 1,7 milliard d’adénovirus par litre. A titre de comparaison, la sonnette d’alarme est tirée en Californie quand les virus atteignent à peine 1000 unités par litre.

Les concentrations de virus dans les analyses effectuées seraient quasiment équivalentes à celles retrouvées dans des eaux usées brutes, y compris sur la zone la moins polluée analysée de Copacabana Beach où se dérouleront les épreuves de nage en eau libre et du triathlon. (Le surf ne fera pas partie des épreuves de Rio mais fera peut-être son apparition pour Tokyo 2020 ou Paris (?) 2024 NDLR.)

Pour le Dr. Carlos Terra, hépatologue et responsable d’une association médicale spécialisée dans la recherche et le traitement des maladies du foie : « Tout le monde court le risque d’une infection dans ces eaux polluées. »

Kristina Mena, experte américaine dans l’évaluation des risques liés aux virus véhiculés par l’eau, a analysé les résultats de l’AP et a estimé que les athlètes ont 99% de chances d’infection s’ils ingèrent aux moins 3 petites cuillères d’eau, sur chacun des sites de compétition. Mais la personne ne tombera malade qu’en fonction de son état de forme et de son immunité.

Le niveau d’exposition à la pollution aquatique n’est pas le même en fonction de la discipline pratiquée ; plus on est immergé, plus le risque est grand : les nageurs risquent donc plus en théorie que les véliplanchistes, les canoéistes, les skippers ou les rameurs. Mais le simple fait de se faire asperger d’eau ou de respirer des embruns contaminés peut aussi avoir un impact. Les virus pouvant entrer dans le corps par la peau (par l’intermédiaire d’une plaie), par la bouche, les yeux, les voies respiratoires ou digestives.

A tel point que des athlètes qui s’entraînent déjà sur site, prennent des précautions comme se rincer le visage avec de l’eau en bouteille immédiatement après avoir été éclaboussé par une vague, ou se doucher juste après leur sortie en mer. C’est ce qu’ont fait le navigateur David Hussl et ses coéquipiers pendant leur entraînement dans la baie de Guanabara, après que Hussl soit tombé malade à plusieurs reprises : « J’ai eu de la fièvre et des troubles digestifs. A chaque fois, c’est une journée au lit et deux ou trois jours à récupérer sans naviguer. »

Un expert de l’eau californien n’hésite pas à donner un conseil radical : « Si j’étais sélectionné pour les Jeux Olympiques de Rio, j’irais certainement m’entraîner sur place bien à l’avance pour être exposé aux virus et renforcer mon système immunitaire avant la compétition, car je ne vois pas comment ils pourront résoudre ce problème des eaux usées. »

Il faut savoir que les locaux sont pour la plupart immunisés contre ces virus, au prix de problèmes infectieux endémiques liés aux eaux usées (surtout des diarrhées infectieuses infantiles) comme le révèle le Dr. Alberto Chebabo qui dirige la Société des Maladies Infectieuses de Rio. Selon lui, les habitants de Rio ont tellement été exposés à ces virus pendant leur enfance qu’ils ont développé une immunité à l’adolescence. Mais les athlètes étrangers et les touristes n’ont pas cette immunité.

« Une personne qui n’a pas été exposée à ce manque d’assainissement et va sur une plage polluée a manifestement un risque beaucoup plus grand d’être contaminée, » d’après le Dr Chebabo.

60% des adultes brésiliens ont été exposés au virus de l’hépatite A, d’après le Dr Terra, hépatologiste. C’est pour cela que les médecins recommandent aux visiteurs de se vacciner contre l’hépatite A, ainsi que contre la typhoïde.

A Rio, les bactéries coliformes étaient aussi élevées mais n’atteignaient pas des niveaux aussi astronomiques que les concentrations en virus. Cette discordance entre taux de bactéries et taux de virus est à l’origine d’un débat de fond entre spécialistes de l’eau dont certains recommandent aux instances gouvernementales de prendre aussi en compte les virus dans les analyses des eaux récréatives.

Alors que les bactéries fécales ne survivent que quelques heures dans l’eau de mer (sous l’effet de l’eau salée et des UV +++), certains virus comme les adénovirus peuvent survivre dans le milieu marin pendant des mois. Comme une majorité de pathologies contractées dans l’eau serait due à des virus, il serait logique de faire des analyses virologiques.

Leonardo Daemon, coordonnateur du suivi de la qualité de l’eau pour l’Agence Environnementale de l’état, déclare qu’ils suivent strictement la réglementation brésilienne sur la qualité des eaux de baignade, et qu’ils se basent sur les niveaux de bactéries, comme le font la plupart des pays. « Quelle serait la référence que nous devrions suivre pour la quantité de virus ? Parce que la présence ou l’absence de virus dans l’eau… nécessite d’avoir une valeur standard, une limite. Il n’existe pas de référence pour la quantité de virus en lien avec la santé humaine quand on entre en contact avec l’eau » a-t-il déclaré.

Pour que la question de la pollution virologique par les eaux usées ne se pose pas, il suffirait que les réseaux d’assainissement soient au niveau que devraient s’imposer les pays développés.

Malgré les promesses des autorités brésiliennes, il semblerait que le timing soit trop serré pour obtenir des changements très significatifs dans la qualité microbiologique de l’eau dans les zones de pratique d’activités nautiques pour les JO. Le maire de Rio Eduardo Paes aurait parlé d' »occasion manquée ».

En attendant, les athlètes sélectionnées pour les JO ne sont pas rassurés, comme le champion de natation néerlandais Pieter Van Den Hoogenband qui a tweeté cette photo qui fait le tour des réseaux sociaux avec un SUPeur qui montre la pollution au large de Rio.

Source : http://www.theguardian.com/sport/2015/jul/30/athletes-at-rio-olympics-to-compete-in-basically-raw-sewage-study-reveals

A propos de l'auteur :

Surf Prevention est le site sur le Surf, la Sécurité, la Santé et l’Environnement.

 

Tags: , , , , , , ,

 

5 Commentaires

  1. clo dit :

    On s’en fout! Vive les installations artificielles, la nature c’est ringard et ça pue.

  2. clo dit :

    J’allais oublier: la nature c’est pour les pauvres, ça ne rapporte pas un dollard….

  3. MrS dit :

    Boycoot de la par des athlètes ou l’appât du gain est trop fort et ils l’inscrivent finalement comme un risque professionnel?

  4. chloé dit :

    WHAT THE FUCK

  5. Tuba Pomp'a air dit :

    Avant j’avais des mycoses aux pieds maintenant j’ai plus de jambes ! ! !

Laisser un commentaire