Nous avions vu que pour réanimer une personne en arrêt cardio-respiratoire suite à une noyade, le bouche-à-bouche est nécessaire. On sait maintenant que plus tôt les insufflations sont réalisées, mieux c’est pour les chances de survie*. Mieux vaut donc apprendre à ventiler une victime directement dans l’eau comme l’a fait Andre Botha pour sauver Evan Geiselman, car si on attend de l’avoir ramenée sur la plage, il sera peut-être déjà trop tard.

J’ai eu la chance de m’entretenir sur ce sujet avec le Dr David Szpilman, directeur médical de la Société Brésilienne de Sauvetage SOBRASA, à l’occasion d’un atelier de réanimation après noyade qui a eu lieu Jeudi 1er Octobre sur la plage du VVF à Anglet dans le cadre de la Conférence européenne de Médecine du Surf 2015. Voici notre discussion avec la traduction en français ci-dessous :

Guillaume Barucq (Surf Prevention) : David, j’aimerais savoir quelles sont les choses essentielles à connaître pour sortir une victime inconsciente de l’eau sur une planche de surf ?

Dr David Szpilman : La noyade est une pathologie qui se produit dans 0,5% des cas sur une victime inconsciente. Quand cela se produit, la respiration s’arrête en premier alors que le cœur bat encore. Donc on a une fenêtre d’intervention pour faire la différence dans cette situation. Si tu fais la ventilation (= le bouche-à-bouche) dans l’eau, tu augmentes les chances de ramener une victime vivante sur la plage. Si tu attends de faire la ventilation au bord, tu as plus de chances de te retrouver avec une victime en arrêt cardio-respiratoire dont le pronostic est totalement différent. Pour une victime à qui tu relances la respiration dans l’eau, tu as 300% de chances de plus d’avoir une issue favorable que si tu le fais sur le sable.

Donc il est très important de faire cette ventilation dans l’eau. Penses-tu que tout surfeur devrait savoir le faire ?

Oui je pense que tout surfeur devrait savoir le faire mais la technique n’est pas facile et la sécurité du surfeur doit passer en premier : tu dois uniquement le faire si c’est sûr pour le surfeur. Tu peux le faire dans de petites vagues, tu peux le faire si tu arrives à transporter la victime sur un banc de sable, tu peux le faire si une autre personne peut t’aider… Mais en aucun cas si la sécurité du sauveteur ou de la victime n’est pas assurée.

Parle-nous un peu de la technique sur un longboard ou un shortboard. Nous avons filmé mais nous aimerions que tu expliques la technique pour mettre la victime sur une planche pour faire la ventilation ou ramener la victime au bord.

Il y a eu du changement dans la technique car la ventilation est plus importante à faire en priorité que de mettre la victime sur la planche pour la sortir de l’eau. La première chose à faire est de ventiler la victime, et seulement ensuite on la met sur la planche. On a essayé d’améliorer notre technique et maintenant on n’utilise plus le retournement de la planche mais au lieu de ça on ventile en premier et ensuite on met la victime sur la planche. Tu peux faire cela sur un longboard, un shortboard ou un bodyboard.

guillaume barucq david szpilman

Est-ce que tu enseignes ces techniques chez toi au Brésil ? Peux-tu nous en parler ?

Oui, quand nous avons compris que la ventilation était cruciale et devait être faite dans l’eau, nous avons arrêté la technique du « flip-flop » avec la planche et avons réfléchi comment faire sans remettre la victime dans l’eau. Le problème avec le « flip-flop » est que tu souffles, tu restaures la ventilation, et ensuite tu remets la victime dans l’eau pour essayer de la remettre sur la planche. C’est n’est pas ce que nous voulions. Nous avons essayé de nouvelles techniques pendant plusieurs jours jusqu’à trouver celle-là.

Au Brésil, est-ce que suffisamment de surfeurs connaissent cette technique ? Avez-vous des problèmes avec les noyades au Brésil ?

Oui nous avons beaucoup de problèmes avec les noyades et les surfeurs sont d’un grand secours. En septembre, nous avons déjà effectué 6 ou 7 cours de sauvetage avec des surfeurs dans le pays, soit environ 400 surfeurs formés. Ce n’est pas une technique facile, tu dois t’entraîner pour te sentir à l’aise. Et si tu passes d’un shorboard à un longboard, des choses changent comme la flottaison et tu dois d’adapter pour garder ton équilibre.

OK David, des remerciements ?

Notre association Sobrasa a 20 ans d’expérience et dans 25 états nous donnons des cours de sauvetage, faisons des campagnes de prévention pour les surfeurs, dans les rivières, dans les écoles… Nous pensons que la prévention est la priorité dans la chaîne de survie de la noyade. Nous avons à mettre en lumière toute cette prévention.

Merci beaucoup David d’être venu sur la Côte Basque pour transmettre tes connaissances. On espère te revoir bientôt et pourquoi pas au Brésil.

*Szpilman D., Soares M. In-water resuscitation–is it worthwhile ? Resuscitation. 2004 Oct;63(1):25-31.

Voir aussi le reportage de France 3 sur ce Workshop de réanimation dans l’eau :


200 médecins surfers en congrès à Anglet

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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1 commentaire

  1. It was one of the most pleasant and education conference ever.
    The attendance was very interested on the subjects
    Lectures was ecletic and abroad with many important aspects of our surf lives
    Atmosphere was fantastic
    Food excellent
    Lifes will be saved and surf injuries will be reduced
    World of surfers will be happier…

    mes vœux et mes remerciements

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