Jeudi 25 Mai 2017. Théâtre du Casino Municipal de Biarritz. Je ressors sonné de l’avant-première de Biarritz Surf Gang, ébahi par la force de ce documentaire percutant. Pas un moment de répit entre les 10 épisodes montés tambour battant. On retient son souffle comme sous une série de 10 vagues consécutives.

A ce moment-là, j’ai l’impression d’avoir vu l’un des meilleurs films de surf de ma vie, mais je ne sais pas encore si l’ambiance indescriptible dans la salle ou le fait de bien connaître les personnages et les lieux ont influencé mon ressenti. On sent déjà que le film rencontrera un franc succès ; l’accueil du public et les prix déjà reçus le confirmeront par la suite.

Pour donner un avis objectif sur le film, je l’ai revisionné au calme hier soir en profitant de la diffusion gratuite sur STUDIO+ jusqu’au 15 septembre. Et là, deuxième claque.

Chacun se fera son opinion sur le docu, mais j’insisterai sur ce qui en fait pour moi l’un des plus grands succès de la filmographie du surf français. Pour être réussi, un film de surf doit faire ressentir des émotions, et de ce point de vue là, le film ne peut pas laisser de marbre tellement il fait passer le spectateur par tous les états.

Ce documentaire montre sans artifice et sans tabou les liaisons dangereuses qui peuvent exister entre le surf et les addictions. Ce coming-out sur les addictions dont le monde du surf avait tant besoin, ce sont les surfeurs de la Grande Plage de Biarritz des années 80 qui viennent de le faire de manière poignante et émouvante par ce documentaire.

Si le film et ses réalisateurs Pierre Denoyel et Nathan Curren mériteront d’obtenir de nombreuses récompenses, il faut saluer la performance des protagonistes : Michel Larronde, Pierre Nazeyrollas dit « La Mouche », Eric Graciet, « Sammy » Sansoube, avec une mention spéciale pour « Nabo » et « Kikette » qui crèvent l’écran en jouant l’un des jeux d’acteurs les plus difficiles à interpréter : celui d’être soi-même et de témoigner face caméra sur les hauts et les bas de leur – vraie – vie.

Les personnages se mettent à nu. Tout y est dit spontanément. Et on découvre sous la carapace de hot locals fêtards et bagarreurs, des surfeurs sensibles qui ont dû faire des choix de vie pour assouvir leur passion pour le surf, « fil conducteur de leur vie », comme le dit Michel Larronde.

Pris dans un tourbillon de compétitions, de voyages et de fêtes, les protagonistes vivent à 100 à l’heure une époque où l’alcool et toutes sortes de drogues coulaient à flots à Biarritz.

Biarritz surf gang

Dans la bande, certains adopteront un mode de vie plus sain avec l’âge, comme Michel Larronde, Sammy, Eric Graciet ou La Mouche qui déclare : « Je surfe tous les jours, été comme hiver. C’est comme une drogue… Si je ne surfe pas, je me sens mal physiquement, et mentalement je ne suis pas bien. »

Biarritz surf gang

Pour Nabo, la période faste sera suivie d’une descente aux enfers. Au début, tout se passait bien pour ce surfeur surdoué qui déclare : « Mon truc c’était de surfer stone. » Il rajoute plus loin dans le film : « Ce que je cherchais, c’était à prolonger le plaisir et les sensations que me procurait le surf, à les retrouver en dehors. C’est pour ça que je suis tombé dans la dope. Chaque fois que je faisais un shoot d’héroïne, ça me paraissait similaire à la montée d’adrénaline dans un tube. Ça remplissait mon être de la même manière. »

Par la suite, Nabo déchantera. A la fin de l’épisode 5, sa description clinique du syndrome de manque qu’il ressent en allant à l’eau sans avoir pris sa dose est glaçante. C’est là qu’un pote lui explique : « T’es accro mon gars…T’es accro… »

Biarritz surf gang

En visionnant les premiers épisodes, j’ai redouté une apologie du mode de vie « Surf, drogues et rock’n roll » mais c’est l’effet inverse que le documentaire produit avec des protagonistes qui incitent par leurs témoignages à ne pas suivre la pente glissante de la consommation de drogues qui peut mener très bas. « Il y en a qui ont brillé c’est sûr, mais t’en a d’autres qui ne sont jamais revenus… » déclare Nabo dans la bande-annonce.

Ces surfeurs pionniers ont vécu une époque où le surf était encore inscrit dans la contre-culture et où toutes sortes de produits circulaient : cocaïne, héroïne, acides… Le coup de grâce ayant été porté par des arrivages de ballots de cocaïne altérée par son séjour en eau de mer mais qui approvisionna à moindre frais nombre de toxicomanes sur la côte aquitaine en 2004.

Nabo éprouve certains regrets : « Si j’avais mis toute l’énergie pour trouver du pognon pour acheter de la dope, si je l’avais mise ailleurs… »

Le témoignage d’Olivier Nagouas dit « Kikette » vient en remettre une couche en racontant comment de prodige du surf, il a pu passer aux addictions et à leurs complications en passant par la case prison. Ce passionné de surf pour qui « tu ne sors pas sans rien de 25 ans de défonce » a cette phrase terrible : « Ce qui fait le plus mal, c’est de voir la mer à travers les barreaux… »

Biarritz surf gang

Comme souvent, la rédemption viendra du surf qui leur permettra de sortir de leur période noire et de se retrouver autour de sessions partagées.

Biarritz surf gang

Ce film vient illustrer de façon magistrale ce que nous savons sur le surf et les addictions : si le surf peut être un facteur favorisant les addictions, le surf peut aussi être une thérapie des addictions. Le surf en lui-même reste une addiction, mais saine celle-là.

Les acteurs du film montrent comment le surf peut aider à faire le plein de sensations fortes en surfant des grosses vagues comme Michel Larronde à Jaws, en voyageant ou simplement en trouvant un travail dans le surf ou en fondant une famille.

Le documentaire est agrémenté des témoignages de Tom Curren, Laird Hamilton, Patrick Flores, Jeff Hakman, Vincent Lartizien ou encore de Jean-Louis Bianco, ancien président de la Fédé qui ont bien connu cette bande de la Grande Plage de Biarritz. Sans oublier Cathy Monge, l’une des seules filles de la bande à surfer à l’époque !

Voici le premier épisode ci-dessous. Pour voir la suite : https://fr.studio.plus/toutes-les-series/569181/biarritz-surf-gang

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A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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1 commentaire

  1. mr S dit :

    Chapeau à ces messieurs du surf et aux realisateurs qui ont réussi à capter l’intimité de chacun et à nous raconter plusieurs histoires dans la grande histoire. Sacré tranche de vie magnifiquement sublimé par les images et un montage époustouflant.

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