Alors que je préparais une excursion dans les Pyrénées pour cet été, j’ai eu la curiosité de savoir quelles activités étaient autorisées sur les lacs de montagne. Le Parc National des Pyrénées n’a pas tardé à me répondre que toute une série d’activités était en voie d’interdiction dans les tous prochains jours dont le stand-up paddle !

Il faut faire vite pour donner notre avis, comme la loi nous y autorise, car une consultation publique est en cours jusqu’au mardi 24 avril 2018 inclus sur ce projet d’arrêté réglementant les activités sportives et de loisirs dans le Parc national des Pyrénées. Vous pouvez y participer en laissant un commentaire sur cette page : www.pyrenees-parcnational.fr/fr/consultations-publiques/reglementation-activites

J’ai moi-même envoyé une contribution que je retranscris en bas d’article.

Le projet de réglementation est porté par la direction du Parc National des Pyrénées, dans le but affiché de « limiter les impacts de certaines activités sportives et de loisirs sur les milieux sensibles, les espèces de faune et de flore protégées et emblématiques du territoire, les paysages et le caractère du Parc national des Pyrénées dans les départements des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques. »

La réglementation envisagée vise à interdire totalement différentes activités en réaction à leur recrudescence :

– La navigation (bateau, paddle, canoë-kayak, float-tube…), la plongée subaquatique et la plongée sous-marine seraient interdites en tout temps et en tout lieu de la zone cœur* du Parc national des Pyrénées, sauf à des fins scientifiques ou de gestion d’ouvrages existants et autorisés.

– Seraient également interdites : les activités utilisant une voile pour la traction (« snow-kite», « ski-kite » ou cerf-volant) ou permettant le survol de la zone cœur du Parc national (« base jump », « wing-suit », « speed-riding ») ; la pratique d’activités type « high-line », « paint-ball » ou « laser-ball » ou les activités sportives et de loisirs impliquant une traction animale (type ski joëring ou chiens de traîneaux).

Les personnels assermentés du Parc national des Pyrénées seraient chargés de contrôler l’application de l’arrêté. Toute infraction serait passible de contraventions allant de la quatrième à la cinquième classe conformément aux articles R.331-66 et R.331-68 du code de l’environnement. Autrement dit, la pratique du stand-up paddle sur un lac du Parc National pourrait être sanctionnée par une amende allant jusqu’à 1500 €.

Ma réponse à la consultation :

Madame, monsieur,

Je réponds à cette consultation en tant que citoyen passionné de sports de glisse et épris d’activités de pleine nature, aussi bien en bord de mer qu’à la montagne.

Je m’interroge aujourd’hui sur le bien-fondé d’inclure le stand-up paddle dans la liste des activités totalement interdites dans les lacs du cœur du Parc National des Pyrénées.

Autant on peut comprendre que certaines activités n’y aient pas leur place, autant des activités douces comme le Stand-Up Paddle (SUP) ou le Canoë-Kayak interrogent.

Le SUP ne pose pas de problème pour l’environnement et ne crée pas de nuisance ni de danger pour autrui quand il est pratiqué de manière responsable.

Le Stand-Up Paddle est une activité de pleine nature qui ne fait pas de bruit et qui ne pollue pas, contrairement à une embarcation motorisée. Aucune étude n’a jamais montré que le stand-up paddle aurait un quelconque effet délétère sur la faune ou sur un écosystème aquatique.

Faire du paddle consiste juste à glisser sur l’eau, ce qui est certainement moins impactant pour l’environnement qu’un randonneur qui va piétiner la flore et écraser la microfaune. Le contre-exemple peut sembler exagéré mais je crois qu’il est aujourd’hui essentiel de faire la distinction entre les activités potentiellement nocives pour l’environnement et les activités qui invitent au contraire à un plus grand respect de celui-ci. Le stand-up paddle est certainement la façon la moins intrusive de naviguer : la planche glisse sur le plan d’eau et on ne fait qu’effleurer l’eau avec sa pagaie.

Aujourd’hui, le paddle se développe sur les cours d’eau et dans les lacs de nombreux pays du monde comme une activité éco-responsable. Certains pratiquants utilisent même leur paddle pour ramasser des déchets sur les plans d’eau.

Le SUP est une activité idéale de Sport Santé car elle correspond à un large public et apporte de nombreux bénéfices. Le pratiquer en pleine nature apporte des bienfaits supplémentaires aux niveaux physique et psychique comme je l’explique dans le livre Surf Thérapie.

Le SUP peut se pratiquer dans d’excellentes conditions de sécurité. Sa pratique est beaucoup plus sûre sur les lacs qu’en pleine mer ou dans les vagues, notamment pour les débutants. La Fédération Française de Surf et le Ministère des Sports ont d’ailleurs édité un poster de consignes de sécurité sur les lacs et rivières (voir ci-dessous).

Que ce soit sur un lac au Canada (photo d’illustration), sur une lagune glaciaire en Islande ou sur un lac préservé en Suède, il est possible de découvrir le milieu aquatique sur un paddle. Pourquoi la France deviendrait-elle plus restrictive que ces pays à l’avant-garde dans la protection de l’environnement ?

Le développement durable ne peut se faire qu’en intégrant l’homme à son environnement. Pourquoi en exclure les activités humaines quand celles-ci sont respectueuses du milieu naturel ?

Contrairement à ce qui est écrit dans votre projet de réglementation, autoriser le SUP sur les lacs n’aurait pas pour conséquence de contrevenir à la charte qui définit le Parc national comme « un havre de paix, un îlot d’éveil des sens, une terre de sensation où doit se poursuivre, en particulier dans le cœur, la coexistence harmonieuse des activités économiques, touristiques et de loisirs avec ce milieu naturel protégé. Un lieu où l’expérience physique de la montagne est inséparable de l’émotion esthétique et culturelle. On le découvre à pied grâce à un réseau dense de chemins qui invite à l’émerveillement et l’apaisement. » Au contraire, le Stand-Up Paddle est un support idéal pour ressentir cette expérience physique et cette émotion esthétique, tout en appelant à la contemplation et à l’apaisement.

Une balade en SUP se mérite en montagne, surtout quand les lacs sont difficilement accessibles, ce qui implique de transporter le matériel sur de longues distances avec du dénivelé. Il n’y aurait donc pas de risque d’observer une surpopulation de pratiquants de paddle sur les lacs.

Par cette contribution à la consultation publique, je vous demande de reconsidérer l’interdiction totale d’activités de glisse douces comme le stand-up paddle ou de les réglementer dans un cadre bien précis qui éviterait tout excès : nombre de pratiquants maximum sur le plan d’eau, demande d’autorisation préalable, consignes de sécurité, type de matériel à utiliser…

Interdire le Stand-Up Paddle de manière totale et permanente serait disproportionné eu égard à l’innocuité de cette pratique, et rallongerait la liste des interdictions abusives dont souffrent les sports de glisse en France.

Existe-t-il une seule raison objective de bannir le Stand-Up Paddle des lacs de montagne, faute d’étude évaluant l’impact de cette activité en milieu naturel ?

Je serais tout à fait prêt à participer à une réflexion sur les conditions de bonne pratique du stand-up paddle sur nos lacs de nos montagnes si vous reconsidérez votre projet de réglementation.

Bien sportivement.

Guillaume Barucq

securite sup lac riviere

*La zone d’adhésion du Parc National des Pyrénées ne serait pas touchée par cette interdiction.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, blogueur sur Surf Prevention. Auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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4 Commentaires

  1. Dr Roots dit :

    Sur le plan ecolo si on doit faire des havres de paix moi je suis pour ! mais faisons des zones sauvages ou PERSONNE ne va foutre les pieds alors !

  2. RUMEAU Luc dit :

    Je partage tout à fait votre réaction sur le projet d’interdictions d’un grand nombre de pratiques sportives aquatiques et nautiques sur les plans d’eaux à l’intérieur des parcs nationaux. Mais avez-vous remarqué qu’une activité ne semble pas concernée? OUI la pêche!! Et cela me semble t’il pour plusieurs raisons :
    1- Les pécheurs payent des cartes. Ils sont donc rentables économiquement pour les trésoreries des PARCS.
    2- Ils constituent un groupe de pression très important avec un enjeu de développement d’hébergement touristique.
    3- Ces adeptes du prélèvement de la ressource ne supportent pas la présence sur « leurs eaux » de tous ceux qui par le peu de bruit qu’ils font font fuir le poisson.
    RUMEAU Luc. https://www.natation-sport-bearn.fr

  3. RUMEAU Luc dit :

    Essayons de ne pas créer de polémique inutile avec certains autres utilisateurs du milieu naturel. Sur FB dans les commentaires de quelqu’un visiblement la pratique des activités de glisse en bords de mer lui ont « polluée » sa vie personnelle ce qui expliquerait son « énervement »?. Mais quand je consulte sa page FB j’y trouve l’expression de son admiration pour un magnifique JET SKI. Le sien sans doute? Alors il devrait dire plutôt clairement qu’il considére que la pratique des activités de glisse sans motorisation pollue son espace de pratique personnelle elle motorisée et justifie son ressentiment sinon une forme d’exclusion de « l’autre ». La nature cela peut aussi se partager avec des règles claires de cohabitation et de non pollution du milieu naturel sans avoir besoin de lever en permanence des interdictions pour les uns ou pour les autres!! Ceci étant le glissement d’un surf ou d’une planche paddle a peu de choses à voir, en termes de décibels et « d’empreinte carbone », avec les activités que le PARC NATIONAL souhaite voir interdire!!

  4. Alejandro dit :

    Au lac Mouriscot il est également interdit de naviguer depuis 2015 à cause des Cyanobactéries, la ville aurait-elle oubliée d’enlever les panneaux ?
    https://www.sudouest.fr/2015/10/14/biarritz-le-lac-mouriscot-est-sous-surveillance-2154486-4037.php
    (Par mesure de précaution, la Ville procédera à l’enlèvement des panneaux dès qu’il n’y aura plus aucun risque, dès qu’un véritable retour à la normale sera observé.)
    Pour ce qui est des lacs de montagnes tout est questions de nombre de pratiquant.
    Je vois qu’ils veulent également interdire la Highline (ce qui est déjà le cas à Biarritz du moins la Mairie ne répond pas à mes demandes répétées) ils peuvent dans ce cas interdire également l’escalade et la je leur dit bonne chance.

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