J’ai découvert par hasard la semaine dernière sur un site de surf espagnol qu’une surfeuse s’était faite « arrêter » sur le spot de la Côte des Basques à Biarritz. J’ai voulu en savoir plus sur les circonstances de cette arrestation en interrogeant directement l’intéressée, Margaux Arramon-Tucoo, 22 ans, spécialiste du longboard classique.

margaux arramon tucoo

Mercredi 16 juillet 2014, vers midi, elle faisait du longboard sans leash au sud de la Côte des Basques, à la limite du spot non surveillé de la Mouscariette. « Je surfais sans leash mais je n’ai pas perdu ma planche une seule fois en une heure de session avec un photographe. » C’est alors qu’un CRS sauveteur de la Côte des Basques est venu pour la sortir de l’eau. Elle a été conduite au poste de secours et sa planche a été retenue le temps qu’elle aille chercher sa carte d’identité. Elle a ensuite écopé de 2 amendes de 11 €. Margaux était en état de « récidive » vu qu’elle avait déjà été arrêtée l’an dernier pour le même motif.

Margaux a conscience d’enfreindre la loi mais elle a du mal à l’accepter :

« Ce qui me rend triste c’est que je ne suis pas hors-la-loi pendant mes voyages et que je ne l’étais pas des années auparavant et durant toute mon enfance depuis que j’ai commencé à surfer ici.

Je surfe sans leash non pas par effet de mode comme les gens se plaisent à le dire, mais pour être 100% consciente du déplacement de la planche sous mes pieds. Oui j’admets qu’il peut nous arriver à tous de perdre la planche et d’aller la récupérer au bord, mais je préfère surfer avec quelqu’un qui sait retenir sa planche qu’avec quelqu’un qui la jette devant moi avec un leash de 2 mètres.

A Biarritz, ils ont imposé depuis 2 ans des règles qui interdisent le surf sans leash. En faisant cela ils détruisent la culture et ils font de Biarritz un supermarché du surf avec pas moins de 5 écoles de surf sur le meilleur spot de surf que nous avons, la Côte des Basques. Il est triste de constater que Biarritz ne veut pas de ses longboarders classiques… »

(Photos Marc Gasso)

margaux arramon tucoo conduite au poste

DURA LEX, SED LEX

Je vais maintenant répondre à Margaux et donner mon avis sur cette interdiction de surfer sans leash. Moi-même surfeur, et longboardeur à mes heures perdues, je comprends parfaitement cette envie de surfer « librement » sans contrainte réglementaire, et sans leash qui gêne les pieds sur la planche.

Oui mais voilà : ici nous sommes à Biarritz en été sur l’un des spots les plus peuplés de France : la Côte des Basques compte de nombreux free surfeurs de tous niveaux, beaucoup de débutants, des élèves en écoles de surf, qui utilisent pour la plupart des grandes planches.

Autant on peut encore surfer sans leash sur un spot désert, autant à la Côte des Basques avec les embouteillages sur les vagues et les accidents déjà nombreux, on ne peut pas tolérer cette pratique.

Le longboard sans leash avait été exceptionnellement toléré pendant la compétition organisée par Joël Tudor en 2012 car il n’y avait que les compétiteurs dans l’eau. Mais pour le free surf où chacun peut surfer où il veut, la situation est différente. Le surf sans leash pourrait à la limite se concevoir si nous surfions tous avec des planches en mousse légères, mais certainement pas avec des gros longboards avec une grande dérive centrale.

La raison évidente est la prévention des accidents de surf. Avec un leash, on protège les autres plus que soi-même (le leash étant à l’origine de retours de planches ou de traumatismes de la main). Mais cet accessoire est indispensable pour éviter les collisions liées à des planches perdues et les accidents graves qui en résultent comme celui-ci. Une planche perdue est si vite arrivée, quel que soit son niveau, et si celle-ci rentre en collision avec un enfant au bord, les conséquences peuvent être dramatiques.

L’arrêté pris par la ville de Biarritz dans la réglementation des activités nautiques pratiquées à partir du rivage avec des engins de plage sur les plages surveillées dit précisément que: « Le port du leash (lien) est obligatoire pour toute forme de planche. »

La loi est dure, mais c’est la loi. Il faut se mettre à la place de ceux qui édictent les règles. Sans leash, le surf à la Côte des Basques deviendrait encore plus anarchique et dangereux. Et à partir du moment où on oblige au port du leash, cette recommandation ne peut que s’appliquer à tous (sinon sur quels critères définir ceux qui doivent porter un leash et ceux qui en seraient dispensés ?)

En interdisant à Margaux de surfer sans leash, le CRS lui a peut-être rendu service en évitant qu’elle ne se retrouve un jour jugée responsable pour un accident de surf que sa planche aurait provoqué. On se dit toujours que cela n’arrive qu’aux autres, jusqu’au jour où…

La réglementation dans ce contexte est inévitable, mais il faut aussi savoir faire preuve de souplesse et de discernement dans son application, d’un côté comme de l’autre. Si on pouvait éviter les conflits stériles entre surfeurs et sauveteurs ou d’en arriver à des solutions extrêmes comme la verbalisation, ce serait mieux pour tout le monde.

Je suis quand même d’accord avec Margaux pour constater que le surf a beaucoup changé depuis les Tontons Surfeurs. Mais il ne faut pas oublier que l’inventeur du leash fut un Biarrot de la Côte des Basques: Georges Hennebutte qui en 1958 n’a pas suffisamment cru en son invention pour en déposer le brevet, et qui s’est fait piquer l’idée par les Américains ! Jamais il n’aurait imaginé que son invention du « fil à la patte » qui était la risée de ses camarades deviendrait un jour obligatoire à porter, et générerait une contestation sur son utilisation.