blesses de guerre surf

Le surf continue de faire ses preuves dans l’armée : ce sont les Services de Santé des Armées qui ont le plus développé les programmes de Surf Thérapie ces dernières années, que ce soit aux États-Unis ou en France.

L’armée n’abandonne pas ses soldats blessés : elle leur est reconnaissante et redevable, et elle leur propose les meilleurs moyens pour se rééduquer et se réinsérer en son sein. Si l’armée utilise le surf pour la rééducation de ses soldats blessés, on peut légitimement penser que c’est une thérapie qui fonctionne.

Avec la multiplication des stages de surf pour soldats blessés et les premières études publiées*, on a maintenant du recul et des arguments tangibles pour confirmer l’efficacité de la surf thérapie dans la rééducation des militaires.

On a vu que le surf pouvait renforcer les émotions positives ; le surf pourrait également être bénéfique dans la prise en charge d’affections psychiques sévères comme l’État de stress post-traumatique ou un Épisode Dépressif Majeur.

Le Syndrome ou État de Stress Post-Traumatique (= ESPT) désigne un trouble anxieux sévère qui se manifeste suite à une expérience traumatisante pendant laquelle le patient est confronté à la mort. L’intégrité physique ou psychologique de l’individu a été atteinte, et ses capacités à faire face sont dépassées suite à cet événement.

Plusieurs expériences en France et à l’étranger nous aident à mieux comprendre comment le surf peut améliorer un ESPT.

Le Médecin en Chef Eric Lapeyre a mis en place depuis 2012 sur la Côte Basque un stage de rééducation et de réadaptation aquatique baptisé « Sport, Mer et Blessures » unique au monde. Le Ministère de la Défense parle du stage Sports de Mer et Blessures comme d’un « outil thérapeutique particulièrement bien adapté aux militaires blessés« . Le but du stage est de faire reprendre confiance aux soldats en leurs capacités physiques tout en intégrant un nouveau schéma corporel, mais aussi de guérir les blessures psychiques invisibles. Le stage se base sur 3 activités qui renforcent chacune des valeurs militaires et amènent une réassurance par le sport :

– le surf permet de se sentir capable d’affronter le danger de nouveau ;
– le sauvetage côtier permet de retrouver un esprit de camaraderie et de se dire : »malgré le danger, je suis capable d’aller sauver un camarade » ;
– la pirogue hawaïenne redonne le sens du collectif : « si je ne rame pas comme les autres, le bateau n’avancera pas » ;

Même si les soignants (médecin, kiné, infirmière, psychologue…) font tomber la blouse blanche pendant le stage, on n’en reste pas moins dans le soin comme l’a expliqué le Colonel Lapeyre à la Conférence Mer & Santé 2013 dont vous pouvez voir la rediffusion de son intervention sur www.health-sea.com et sur Youtube :

Deux études récentes permettent de mieux comprendre comment le surf intégré dans un stage cohérent peut aider à soulager les souffrances psychiques des soldats :

Carly Rogers, ergothérapeute dans un service de médecine physique et de réadaptation à Los Angeles, a étudié l’impact du programme « Ocean Therapy ». 14 vétérans ont participé à cette étude sur l’impact d’un stage de surf sur leur état de stress post-traumatique et leurs signes de dépression éventuellement associés (l’ESPT est présent chez 1 soldat sur 5 au retour de la guerre, et il est souvent associé à un syndrome dépressif).

L’ergothérapie (ergon signifie action en grec) consiste ici en une prise en charge des soldats par le surf dans le but de développer leur autonomie dans l’eau et dans la vie quotidienne.

Le programme Ocean Therapy (vidéo Youtube ci-dessous) consistait en une séance de 4 heures chaque samedi pendant 5 semaines d’affilée. Dans chaque groupe, il y avait une quinzaine de soldats et une vingtaine de volontaires pour les encadrer dans l’eau. L’ergothérapeute compétent dans l’apprentissage du surf coordonnait les séances et facilitait les discussions entre les sessions. Les 4 heures se décomposaient en 45 minutes d’introduction au surf, 15 minutes d’échauffement, et en 2 leçons de surf de 45 minutes entrecoupées de temps de réflexion et de discussion de groupe où les soldats partageaient leurs impressions. Ils réfléchissaient sur la manière dont l’apprentissage du surf pouvait développer leur résilience et les aider dans leur vie de tous les jours.

Il existe en effet des similitudes entre la pratique du surf, leur expérience passée de l’armée et la vie nouvelle dans laquelle ils veulent se réinsérer. Les soldats considèrent que leur « mission » est de prendre une vague, ce qui constitue un challenge pour des débutants dans un environnement marin imprévisible.

L’expérience du surf est vécue comme opposée à celle de l’ESPT : celui-ci se caractérise par le repli sur soi, des flashbacks et des cauchemars de l’événement traumatisante et un état d’hypervigilance anxieuse, alors que le surf est un engagement corporel et sensoriel permanent, avec la sensation d’être présent dans le moment et ce sentiment de plénitude après une session intense. Comme a commenté un participant à l’étude : « Au combat, tu attends et tu attends, et tout à coup tu t’engages dans une lutte pour ta vie qui déclenche une intense décharge d’adrénaline. En surf, tu attends et tu attends encore, et soudain tu prends une montée naturelle d’adrénaline en prenant une vague. »

Cette expérience du surf est vécue comme positive au niveau des sensations et du lien social qui se crée : « Je n’aurais jamais cru que je retrouverais une camaraderie aussi forte que chez les Marines, mais j’ai vu que les surfeurs étaient comme des frères… C’est comme une famille, » déclare un soldat.

L’évaluation a été menée à partir de 2 questionnaires renseignés avant la première session et après la dernière session du programme Ocean Therapy : la Checklist de l’Etat de Stress Post-Traumatique (PCL-M) et l’Inventaire de Dépression Majeure MDI reconnus au DSM (« Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux »). Les 11 participants ayant effectué la totalité de l’étude ont rapporté des améliorations cliniquement significatives de leurs symptômes de stress post-traumatique et de leurs symptômes dépressifs avec des réductions très sensibles de leurs scores.

Ces résultats sur un petit groupe suggèrent qu’une intervention en ergothérapie basée sur une activité physique intense en pleine nature comme le surf peut constituer un apport complémentaire au traitement des troubles mentaux de ces soldats.

Des chercheurs anglais ont voulu en savoir plus sur la pratique d’une activité physique au contact de l’environnement marin, ce qu’ils appellent le « gymnase bleu » (« Blue Gym« ). Ils ont également évalué l’impact du surf sur le bien-être de vétérans britanniques souffrant de syndrome de stress post-traumatique. 16 soldats d’une association de vétérans britannique ont été suivis pendant 18 mois dans le cadre de leurs sessions hebdomadaires et d’un stage de 3 semaines. Les chercheurs ont mené des interrogatoires et des observations en immersion dans le cadre d’une approche phénoménologique. Les résultats de leur recherche suggèrent que le surf facilite le sentiment de répit par rapport au stress post-traumatique, avec un sentiment de délivrance de la souffrance psychique entretenu par la pratique du surf et par le récit que les soldats font de leur expérience dans l’eau :

« Le surf te libère. C’est de la pure liberté pendant ces 2 ou 3 heures, comme un peu de répit. Ça te permet de ne plus y penser. Ça laisse tous tes soucis quelque part loin sur la plage, et tu te dis que tu t’en préoccuperas plus tard. Mais à cet instant, quand nous surfons, nous allons nous amuser. Le surf est comme un antidote au Syndrome de Stress Post-traumatique en un certain sens. Quand tu enfiles ta combinaison, que tu rames ou que tu prends une vague, c’est comme si l’ESPT n’existait pas pendant ce court moment, ce qui est très positif pour moi. »

Les soldats décrivent le surf comme une expérience hypersensorielle qui les fait se sentir bien : « C’est l’atmosphère, le cadre, et aussi le son des vagues… Cela te calme, ça te relaxe. Il y a aussi l’odeur de cet air frais et propre. Et ensuite, tu es juste concentré sur tes vagues et ta planche. » Certains soldats mentionnent aussi le goût de l’eau salée qui ajoute une perception gustative à cette expérience visuelle, auditive, olfactive et tactile qu’est le surf.

Le surf offre un sursis aux soldats qui leur permet de tenir le reste de la semaine et de se fixer un objectif : « Pour moi, cela ne s’arrête pas aux quelques heures passées dans l’eau. Ça commence le lundi et le mardi, dans l’anticipation de la session du mercredi. Et ensuite jeudi, vendredi, je pense encore à ce que j’ai surfé le mercredi ! Mais le samedi, ça devient vraiment très difficile car tu te dis que le prochain mercredi est encore très très loin. Mais dès le lundi, tu te dis : plus que 2 nuits et ce sera le jour du surf ! » « Quand tu as une mauvaise journée, tu peux te dire que tu vas surfer dans quelques jours et que ça va être super. A ce moment-là, tu te sens instantanément plus heureux. Tu changes d’humeur immédiatement. Et cela fait une grande différence quand tu es stressé. »

Mais en cas d’arrêt de la pratique du surf, un risque de rechute existe : « Le surf est juste une évasion. Qui te permet de sortir du cycle des symptômes pendant quelques heures. Mais si tu ne vas pas surfer, tu finis par replonger de nouveau ; tout recommence à empirer. Si tu arrêtes, tu ne sais pas où tu vas finir. Quelques gars qui ne sont pas retournés surfer pendant longtemps ont eu de sérieux problèmes. Mais quand ils reviennent, ils vont mieux de nouveau. »

L’analyse de ces entretiens a fait conclure aux chercheurs anglais que le surf pouvait être une activité physique utile pour promouvoir le bien-être subjectif des soldats souffrant de Stress Post-Traumatique, et aider à prévenir des complications comme le risque suicidaire. Pour maintenir et consolider ce bien-être psychologique, ils conseillent une pratique régulière. Même si le surf n’est pas pour eux la panacée ou « le » traitement de l’ESPT, il constitue une addition prometteuse aux traitements déjà éprouvés.

A côté des prises en charge classiques (thérapies cognitivo-comportementales, traitement médicamenteux…) ou alternatives (EMDR, méditation…), le surf a donc toute sa place dans une prise en charge globale en ergothérapie des soldats souffrant de Syndrome de Stress Post-Traumatique. Ce n’est pas le surf à lui seul qui donne des résultats mais son intégration dans une prise en charge thérapeutique pluridisciplinaire.

*Références :

Carly M. Rogers; Trudy Mallinson; Dominique Peppers. High-Intensity Sports for Posttraumatic Stress Disorder and Depression: Feasibility Study of Ocean Therapy With Veterans of Operation Enduring Freedom and Operation Iraqi Freedom. American Journal of Occupational Therapy, July/August 2014, Vol. 68, 395-404. doi:10.5014/ajot.2014.011221 http://ajot.aota.org/article.aspx?articleID=1884509

Caddick N, Smith B, Phoenix C. The Effects of Surfing and the Natural Environment on the Well-Being of Combat Veterans. Qual Health Res. 2014 Sep 4. pii: 1049732314549477.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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1 commentaire

  1. mi dit :

    article interessant répondant à une interrogation personnelle

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