Anthony_Harouet

On ne compte plus les études sur les bienfaits physiques ou psychologiques d’activités comme la marche, la course, le vélo ou la natation. Mais on manque encore cruellement de données scientifiques pour étayer les apports de sports de glisse en pleine nature comme le surf. C’est pourquoi j’incite les étudiants dans les professions de la santé et du sport à se pencher sur cette thématique pour leurs travaux de thèse ou de mémoire.

En cherchant bien dans la littérature internationale, on trouve quelques études très intéressantes comme cette thèse sur « l’effet psychologique d’une courte session de surf« * présentée par Ryan Frank Pittsinger à l’Université de Californie pour l’obtention de son Master en Science de la Kinésiologie, option Psychologie du Sport et de l’Exercice.

107 surfeurs de tous niveaux (91 hommes et 16 femmes) âgés de 18 à 58 ans ont participé à cette étude dont le but était d’analyser les effets d’une seule session de 30 minutes sur les états affectifs (affect** positif ou négatif, fatigue et calme).

L’étude a été menée entre les mois de juin et juillet sur un spot de Manhattan Beach en Californie, dans des conditions de houle, de vent et de fréquentation variables. Les participants étaient recrutés sur le parking du spot, entre 6 heures du matin et midi, pendant qu’ils se préparaient à aller à l’eau. Les surfeurs étaient informés de l’étude et s’ils étaient intéressés, ils devaient d’abord remplir un formulaire de consentement éclairé et un questionnaire de données générales (sexe, âge, années de surf, niveau perçu et fréquence des sessions).

L’étude psychologique se basait sur l’Échelle des Émotions dans l’Activité Physique (Physical Activity Affect Scale = PAAS) (voir pièce jointe ci-dessous). Ils devaient compléter ce questionnaire, très court à renseigner, juste avant et juste après leur session.

Après avoir rempli le questionnaire avant d’entrer dans l’eau, les participants recevaient une montre à mettre au poignet avec une alarme réglée pour sonner 30 minutes après et les faire sortir de l’eau immédiatement. Ils devaient ensuite refaire l’auto-questionnaire PAAS.

L’analyse des résultats a montré que l’affect positif et le calme des participants étaient significativement augmentés après la session, alors que l’affect négatif et la sensation de fatigue diminuaient sensiblement. Cela confirme que même une session de surf relativement courte peut avoir un impact psychologique positif.

Pour la diminution de la fatigue, cela peut s’expliquer par le fait que la majorité des surfeurs étaient interrogés au petit matin, et que la session avait pour effet de les réveiller et de les booster pour bien démarrer la journée.

Malgré les limites de cette étude (population réduite, pas de groupe contrôle, pas de randomisation…) et le fait que les résultats aient été obtenus dans des conditions de surf variées, ces résultats confirment le ressenti habituel des surfeurs après une session, même courte, y compris dans des vagues de qualité moyenne. Une autre étude (Fuchs & Schomer, 2007)*** avait montré que les surfeurs semblent apprécier leur activité que les conditions soient favorables ou non.  Fuchs et Schomer avaient mené une recherche qualitative pour étudier le côté captivant du surf. Un participant avait exprimé : « Quel que soit le jour de la semaine, que le vent soit onshore, offshore, peu importe ! Je ne suis pas de ceux qui surfent seulement quand les vagues sont bonnes. Cela ne me dérange pas de surfer dans n’importe quelles conditions. »

Cette étude de Pittsinger publiée en 2009 est la première à confirmer que le surf peut aussi bien améliorer des facteurs psychologiques que d’autres activités comme la course ou la natation. De surcroît, l’intensité et la durée de l’exercice semblent avoir peu d’influence sur l’amélioration de l’affect. Il semble qu’une session d’intensité légère à modérée ait produit les changements les plus positifs.

Lire aussi : Surfer un peu tous les jours.

La suite logique de cette étude pourrait être l’évaluation de l’impact de la pratique du surf sur des troubles psychiatriques comme la dépression ou l’anxiété, de manière à apprécier le potentiel d’amélioration des symptômes par le surf dans ces indications thérapeutiques. Une étude pour évaluer l’effet de sessions de surf régulières à plus long terme serait également intéressante pour voir si les effets positifs se maintiennent dans le temps. Avis aux internes en psychiatrie et aux étudiants en psychologie !

**L’affect se définit comme les sensations positives ou négatives générées par un stimulus spécifique ; la session de surf dans notre cas.  L’affect est une réaction psycho-émotionnelle, inconsciente et involontaire, variable selon les individus et les situations. Il peut être agréable, désagréable, positif ou négatif. Il représente l’aspect élémentaire de l’affectivité.

Références :

*Ryan Frank Pittsinger. THE EFFECT OF A SINGLE BOUT OF SURFING ON EXERCISE-INDUCED AFFECT. A thesis presented to the Department of Kinesiology California State University, Long Beach. In Partial Fulfillment of the Requirements for the Degree Master of Science in Kinesiology Option in Sport and Exercise Psychology. December 2009. Version complète.

***Fuchs, O., & Schomer, H. H. (2007). Beyond sport: A thematic analysis of surfing. South African Journal of research in Sport, Physical Education and Recreation, 29(2), 11-25.

Photo Damien Poullenot / Tribord.

Physical Activity Affect Scale - PAAS

 

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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3 Commentaires

  1. alec dit :

    c’est pas plutôt une experience sur la torture? sortir après 30 minutes c’est horrible !

  2. Adeline dit :

    Il y a clairement à s’intéresser aux troubles psychiques et pas seulement du point de vue des effets directs et immédiats de la pratique, mais de façon plus approfondie et à plus long terme d’estime de soi, d’ancrage, de gestion émotionnelle etc…des effets de la phase difficile d’apprentissage également. Et pas seulement pour les dépressions! Je suis prête à participer à une étude quand vous voulez! (Je suis psychologue avec approche psycho-corporelle)

  3. moleur dit :

    la photo de présentation est super bien choisie…ah ah ah !!!

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