bouteille plastique

Qui n’a jamais bu une eau en bouteille en ayant la sensation de boire autant de plastique que d’eau ? Une étude montre que ce « goût de plastoc » dans l’eau n’est pas qu’une impression et peut s’expliquer par la présence de nombreuses particules de micro-plastique dans les bouteilles d’eau de différentes marques.

Cette étude nous importe d’autant plus à nous surfeurs que le plastique est devenu le fléau numéro un pour notre terrain de jeu, et qu’il pourrait y avoir à l’horizon 2050 plus de plastiques que de poissons dans les Océans. Tout ce qui peut réduire notre empreinte plastique est donc bénéfique pour notre environnement marin, et pour notre santé.

Cette nouvelle recherche a été menée pour Orb Media, un média indépendant à but non lucratif basé à Washington, D.C., aux États-Unis, par une équipe de recherche de l’Université d’Etat de New York à Fredonia.

L’étude révèle qu’une seule bouteille d’eau peut contenir des dizaines, voire des milliers, de particules de plastique microscopiques. Ces résultats vont à l’encontre de l’image de pureté et de sécurité généralement associée à l’eau en bouteille dans l’imaginaire collectif.

L’eau brute embouteillée est généralement d’excellente qualité, mais ici c’est le contenant qui est source de contamination.

Des tests ont été menés sur 259 bouteilles de 11 marques* et révèlent une contamination à différents plastiques incluant le propylène, le nylon et le polyethylene terephthalate (PET). 93% des bouteilles étaient contaminées par du microplastique après coloration au Nile Red (Rouge du Nil).

Pour les particules de plastique de plus de 100 microns (= 0.10 mm), les tests ne laissent pas de place au doute : ce sont bien des particules de plastique, comme l’a confirmé la microscopie infrarouge. Pour ces microplastiques de plus grande taille, l’étude en a dénombré en moyenne 10,4 par litre d’eau.

Mais il se pourrait qu’il y ait encore beaucoup plus de particules de plastiques, si on s’intéresse aux plus petites allant de 6,5 à 100 microns qui représentent 95% des microparticules décomptées dans ces échantillons. L’étude les estime à 314,6 particules par litre d’eau en moyenne, mais il faut encore confirmer que ces microparticules qui ressemblent à du plastique sont toutes du plastique (ce que les industriels mettent en doute sans dire ce que ça pourrait être d’autre).

En faisant l’addition de ces deux tailles de microplastiques, on arriverait à un total moyen de 325 microparticules par litre d’eau. Le nombre maximum de microparticules de plastique dans une bouteille était de 10.390 dans cette étude.

Les marques les moins contaminées dans cette expérience sont EVIAN (entre zéro et 256 microparticules de plastique par litre) et San Pellegrino (entre 0 et 74 particules par litre).

Deux grandes marques mises en cause ont accepté de répondre de ces résultats et ont confirmé que leurs produits pouvaient contenir du microplastique, mais ont contesté les quantités retrouvées par l’étude qu’elles estiment largement surévaluées.

D’où vient ce plastique ?

Pour le Pr Sherri Mason qui a conduit l’étude ces microplastiques proviendraient du processus industriel d’embouteillage, de la bouteille elle-même et de son bouchon.

Quels risques pour la santé ?

On peut donc ingérer des microplastiques via des contenants alimentaires comme les bouteilles d’eau. Les poissons et les produits de la mer contaminés par du plastique sont donc loin d’être les seules sources d’exposition comme on l’a longtemps laissé croire. Il faut d’ailleurs préciser que la plus grande quantité de microplastique se trouve dans le système digestif des animaux marins, partie qui n’est généralement pas consommée, sauf pour les bivalves comme les moules ou les huîtres.

On ne sait quasiment rien sur l’impact sanitaire de ces microplastiques. Ont-ils des interactions avec notre microbiote instestinal ? Sont-ils absorbés ? On sait juste que plus ils sont petits, plus ces fragments sont susceptibles de pénétrer profondément dans notre organisme.

Il est estimé que la majeure partie des microplastiques ingérés (90%) est éliminée dans les selles. Mais que devient le reste ? Les particules de moins de 150 microns (les plus petits microplastiques et TOUS les nanoplastiques) seraient susceptibles de franchir la barrière intestinale et de passer dans la circulation, et les particules de moins de 20 microns pourraient passer dans les organes, notamment dans nos organes détoxificateurs comme le foie et les reins.

Il reste beaucoup d’inconnues dans ce domaine car on ne connaît même pas la nature de tous les microplastiques… Et on sait très peu de choses sur les nanoplastiques faute de méthode fiable de quantification.

Que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, il n’existe pas de normes ou de législation pour les microplastiques dans les boissons ou les aliments à l’heure actuelle.

Ce que ne dit pas l’étude :

Pourquoi certains échantillons contiennent-ils des milliers de microparticules de plastique et certains n’en renferment aucune (aucun microplastique dans 7% des bouteilles testées) ? On pourrait imaginer certaines pistes comme la qualité du plastique de la bouteille et son exposition à des facteurs physiques ou mécaniques susceptibles de la dégrader. On sait par exemple que la chaleur peut avoir un effet néfaste, raison pour laquelle il est déconseillé sur l’étiquette des bouteilles de les laisser au soleil. C’est aux industriels d’apporter des garanties sur la stabilité et l’innocuité de leurs contenants.

Quelles sont les alternatives ?

Le micro-plastique est aujourd’hui omniprésent dans les systèmes aquatiques. Il n’est donc pas étonnant d’en retrouver aussi, en plus petites quantités, dans l’eau du robinet qui en contiendrait en moyenne deux fois moins selon les chercheurs. Il existe néanmoins des alternatives plus sûres.

– Les eaux minérales en bouteilles en verre. Même si son poids, et donc son coût environnemental lié au transport, est supérieur, la bouteille en verre est le contenant idéal pour assurer la pureté de l’eau et éviter que le contenant ne relargue du plastique dans le liquide. Rien n’empêcherait de consigner ces bouteilles comme il y a quelques années, voire de favoriser la consommation d’eau minérale ou d’eau de source en circuit court.

– Une eau du robinet de qualité reste la solution la plus avantageuse au niveau environnemental, mais au niveau sanitaire, il faut s’assurer de sa qualité (nous ne sommes pas égaux devant la qualité de l’eau du robinet selon notre lieu de vie), et envisager de la purifier avec un filtre à eau performant au moindre doute.

* 11 marques testées : Aqua, Aquafina, Bisleri, Epura, Dasani, Evian, Gerolsteiner, Minalba, Nestle Pure Life, San Pellegrino et Wahaha.

Sources :

Sherri A. Mason, Victoria Welch, Joseph Neratko. SYNTHETIC POLYMER CONTAMINATION IN BOTTLED WATER. State University of New York at Fredonia, Department of Geology & Environmental Sciences

Christopher Tyree and Dan Morrison. PLUS PLASTIC – MICROPLASTICS FOUND IN GLOBAL BOTTLED WATER. https://orbmedia.org/stories/plus-plastic

Schymanski, D., C. Goldbeck, H.-U. Humpf, and P. Furst (2018). Analysis of microplastics by micro-Raman spectroscopy: Release of plastic particles from different packaging into mineral water. Water Research, 129, 154-162.

EFSA Panel on Contaminants in the Food Chain (CONTAM). Presence of microplastics and nanoplastics in food, withparticular focus on seafood. ADOPTED: 11 May 2016

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A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, blogueur sur Surf Prevention. Auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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1 commentaire

  1. Yohann dit :

    Revenons aux bouteilles en verre consignées! En plus de nos jours on pourrait créér des machines automatiques pour récupérer l’argent de la consigne. Cela existe peut être déjà? Je ne comprends pas pourquoi il y a des tests qu’aujourd’hui seulement… Les gens Tombent malade psychologiquement à force d’entendre que tout ce que nous consommons depuis des années est cancérigène.

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