surf sierra leone

Alors que Ebola continue de faire des ravages en Sierra Leone, pays le plus touché depuis le début de l’épidémie où l’on recense environ 3000 morts, une zone a été épargnée par le virus :  le bord de mer où les surfeurs sont restés en bonne santé. C’est ce qui est décrit dans cet article du New York Times intitulé No Moon Suits, Just Trunks and the Healing Surf (« Pas de combinaisons de « cosmonaute », juste des maillots et le pouvoir guérisseur du surf « ).

L’auteur de l’article décrit la plage de Bureh Beach comme un havre de tranquillité, une baie bordée de palmiers, une plage de sable doré où personne ne parle de charge virale, de taux de mortalité, de centres de soins ou de combinaisons de protection. Sur ce spot de surf, l’eau est à 26°C et les vagues font un joli petit mètre.

A Bureh Beach, les surfeurs font preuve de résilience et ont décidé de ne pas se laisser abattre : continuer à vivre leur passion est un moyen de faire face. Ici, les préoccupations sont le rythme de l’océan, les houles et les séries de vagues qui arrivent. Malgré le fait que le pays soit traumatisé par Ebola, les habitués continuent à surfer régulièrement.

Le Club de Surf de Bureh Beach venait de se lancer quand Ebola a frappé. L’idée de ce club fondé par des petits pêcheurs était de développer l’écotourisme, de protéger leur environnement côtier, tout en créant des emplois. Ces surfeurs vivent en louant des planches, en donnant des cours de surf, en louant des cabanes de plage et en cuisinant des plats aux touristes qui se font rares ces derniers temps, si l’on excepte les travailleurs humanitaires venus pour Ebola.

Bureh Beach est l’unique club de surf du pays et compte une trentaine de surfeurs. Et sur ces 30 surfeurs, aucun n’a déclaré Ebola.

Le panneau à l’entrée de la plage suggère déjà les effets bénéfiques du surf :

Di Waves Dem Go Mak U Feel Fine.” (« Les vagues, elles vont te faire te sentir bien« ).

Mais si l’on y réfléchit, y a-t-il des éléments objectifs dans le mode de vie de ces surfeurs qui les protégeraient d’Ebola ?

Il y a déjà le fait d’être en bord de mer, alors qu’Ebola est plutôt une maladie de l’intérieur des terres qui touche surtout les zones rurales et les zones urbaines.

Il y a ensuite le fait que les surfeurs sont en bonne forme physique et psychologique, ce qui est un facteur déterminant pour prévenir ou pour limiter la gravité de maladies infectieuses.

Comme cela est décrit dans l’article du New York Times, les médecins sierra-léonais encouragent leurs patients à pratiquer une activité physique régulière en prévention de la maladie ou pour favoriser la guérison.

C’est ainsi que des patients ayant survécu à Ebola racontent avoir récupéré leurs forces en faisant des tours de piste autour de la clinique ou en faisant des pompes dans le service, sous les encouragements de leurs docteurs !

Les habitants de Sierra Leone qui avaient déjà une philosophie orientée vers la vie saine, ont développé leur pratique sportive pendant l’épidémie, à tel point que dès l’aube, les rues de la capitale Freetown sont bondées de personnes en train de faire leur jogging, du stretching, de la corde à sauter ou même des pompes et des abdos dans l’herbe !

A Bureh Beach, tous les surfeurs sont en excellente forme physique, minces et musclés, avec « des tailles de guêpe, de larges épaules et des tablettes de chocolat » (sic). Et pas un seul de ces surfeurs n’a développé pour le moment le moindre symptôme évoquant Ebola.

A côté de leur bonne forme physique, les surfeurs de Bureh beach s’estiment être dans de bonnes dispositions psychologiques : « Quand tu es dans l’eau, tu ne penses plus à rien, tu ne penses plus à Ebola, tu es juste concentré sur les vagues, » déclare l’un d’eux. Pour Jahbez Benga, ancien pêcheur reconverti au surf :

« Le surf est comme une thérapie, et tout spécialement pendant des périodes comme celle-là. »

Les surfeurs de cette plage semblent avoir une bonne nutrition puisqu’ils cuisinent eux-mêmes des produits frais, à base de poissons qu’ils ont pêché (alors qu’Ebola peut se contracter en consommant de la viande de brousse contaminée, type singe ou chauve-souris).

L’eau de mer pourrait-elle également jouer un rôle ? On sait en tous cas qu’un bon équilibre hydro-minéral est à l’heure actuelle le meilleur traitement validé pour soigner Ebola. Un surfeur qui pratique régulièrement en eau chaude a peu de chance d’être carencé en sels minéraux qu’il absorbe dans l’eau de mer par ingestion, inhalation et passage transcutané. Et nous avions vu que de petites quantités d’eau de mer peuvent stimuler le système immunitaire.

La vitamine D synthétisée grâce à l’exposition solaire a également un effet positif sur l’immunité et la prévention de différentes maladies infectieuses, notamment virales comme la grippe. Il sera intéressant de surveiller la publication éventuelle d’études sur le statut vitaminique D des patients atteints d’Ebola (pour le moment je n’ai pas trouvé de données dans la littérature médicale).

N.B. : il ne s’agit évidemment pas de dire ici que le surf immunise contre Ebola. Il semble néanmoins que plusieurs facteurs pourraient expliquer que les surfeurs réguliers soient une population à moindre risque. Mais il serait difficile d’établir un lien statistique, les surfeurs des pays touchés en Afrique de l’Ouest formant de toutes petites communautés à l’échelle des populations de ces pays.

Rappelons aussi que ce virus Ebola est peu contagieux en l’absence de contacts rapprochés avec les malades ou leurs liquides corporels. Pour minimiser les risques de contagion, nos surfeurs de Bureh Beach prennent toutes les précautions en vérifiant la température de tous les visiteurs de leur plage avec un thermomètre infrarouge au niveau d’un checkpoint tenu en permanence par un surfeur.

Même si l’épidémie a fait annuler la première compétition internationale de surf et retardé la construction d’un hôtel, les surfeurs peuvent se consoler en se disant qu’ils ont gardé la santé, et que des jours meilleurs reviendront une fois l’épidémie d’Ebola circonscrite.

Il serait intéressant de savoir si des surfeurs ont été touchés par le virus Ebola dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest où on pratique le surf comme le Liberia un article indiquait en octobre que le spot de Robersport n’était pas non plus touché par l’épidémie.

N’hésitez pas à envoyer vos témoignages pour compléter cet article.

Mise à jour le 27/1/2015 : d’après un témoignage sur notre page Facebook, la communauté de surfeurs du Liberia serait également épargnée.

Interview d’un surfeur sur Bureh Beach en novembre 2014 :

Le surf en Sierra Leone :

Source : http://www.nytimes.com/2015/01/11/world/no-moon-suits-just-trunks-and-the-healing-surf.html
Photo Daniel Berehulak

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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