Une étude passionnante vient de paraître dans le journal PHYSIOLOGY de septembre intitulée « Le Cœur Sain : leçons des Athlètes d’Elite de la Nature » (« The Healthy Heart: Lessons from Nature’s Elite Athletes »).

Pendant 30 ans, son auteure Terrie M.Williams a étudié la physiologie et la cardiologie chez les mammifères : aussi bien chez des lions africains que des chiens, des coyotes, des dauphins ou des baleines… mais également chez un animal sauvage à part : le surfeur.

Terrie Williams, professeure d’écologie et de biologie évolutive à l’University of California de Santa Cruz, a retiré de ses expériences une approche unique sur l’activité physique et la santé des mammifères dont nous faisons partie.

Elle est partie du constat que les maladies cardio-vasculaires sont 3 fois plus fréquentes chez l’homme que chez la plupart des mammifères sauvages ou domestiques, et ce malgré des morphologies cardiaques très proches avec un cœur à 4 compartiments (2 oreillettes et 2 ventricules) chez tous les mammifères.

Les maladies cardiaques sont à l’origine de 31,3% des décès chez les humains aux Etats-Unis, alors qu’elles représentent moins de 11% des causes de décès des mammifères sauvages adultes.

Pour la chercheuse, le fait que les maladies cardio-vasculaires soient la première cause de mortalité chez l’homme n’est pas lié à la génétique, ni à la taille, ni à la longévité humaine puisque certains mammifères comme la baleine boréale ont un cœur qui leur permet de dépasser les 200 ans.

Terrie Williams évoque plutôt une grande différence dans le mode de vie entre des humains de plus en plus sédentaires et des animaux qui conservent une activité permanente.

Williams est elle-même une sportive confirmée et elle a toujours été intéressée par les enseignements qu’elle pouvait tirer de l’observation des athlètes d’élite de la nature : les animaux. « La grande différence entre les animaux sauvages et les humains est que les premiers sont dehors à se dépenser pendant des heures d’affilée du jour de leur naissance à celui de leur mort. Alors que mon niveau d’activité physique est assez pathétique comparé à celui d’un lion par exemple… »

Il existe néanmoins des humains qui sollicitent régulièrement et intensément leur cœur : c’est le cas des surfeurs qui ont montré l’activité cardiaque la plus soutenue dans cette étude.

Le rythme cardiaque des surfeurs était monitoré avant, pendant et après une session de surf.

Quand les surfeurs sont sur une vague, ils maintiennent une fréquence cardiaque très élevée à 90% de leur fréquence cardiaque maximale évaluée par des tests sur tapis roulants. Et ceci est valable aussi bien dans des vagues de 1 à 3 mètres que dans des vagues de 7 à 10 mètres.

Les surfeurs de grosses vagues à Mavericks ont atteint des niveaux d’activité cardiaque record pour des sportifs pendant une période prolongée : plus de 180 battements par minute pendant 3 heures d’affilée ! Avec des pics à 200 battements par minute quand ils prenaient une vague.

Terrie Williams a été frappée par l’influence de facteurs psychologiques dans l’accélération du rythme cardiaque des surfeurs de grosses vagues à Mavericks. Leurs hauts niveaux d’activité cardiaque prolongés seraient au moins autant influencés par l’adrénaline sécrétée que par l’effort physique en lui-même. La chercheuse en veut pour preuve que la simple action d’être assis sur la plage avant d’entrer dans l’eau faisait déjà monter le rythme cardiaque entre 140 et 180 battements par minute.

Et ce ne sont pas des débutants qui ont été choisis pour l’expérience : la surfeuse de gros Sarah Gerhardt, étudiance à l’Université de Californie, et son mari Mike Gerhardt dont la fréquence cardiaque a été suivie pendant une session de 4 heures à Mavericks.

sarah-gerhardt

Voir le schéma ci-dessous avec la période dans l’eau en bleu, les points qui représentent la fréquence cardiaque moyenne par périodes de 5 secondes et les triangles les moments où les vagues sont prises.

surfer heart rate

A titre de comparaison, un cycliste du Tour de France évolue en moyenne à 70% de sa Fréquence Cardiaque Maximale. Seuls des pilotes de Formule 1 ou de motocross arrivaient à maintenir des fréquences cardiaques à 90% de leur maximum mais sur des périodes moins prolongées que les surfeurs, de 40 à 50 minutes.

Pour la chercheuse : « Les gens pratiquent des sports à sensations fortes pour les décharges d’adrénaline qu’ils induisent, et cela a une influence sur le cœur. » Elle considère que le surf est une activité saine : « Les surfeurs sont globalement dans un état de forme surprenant, et je n’ai jamais entendu parler de problèmes liés à un rythme cardiaque élevé prolongé pendant une activité physique, à moins qu’il n’existe une pathologie pré-existante. Mais les surfeurs sont parfois fatigués pendant une semaine après avoir bataillé dans les grosses vagues. »

Des mammifères marins savent néanmoins ralentir leur rythme cardiaque dans l’eau : c’est le cas des dauphins qui surfent les vagues car ils ne font pas cela pour les sensations mais pour avancer en économisant de l’énergie.

Terrie Williams déclare : « Je retire beaucoup de ces leçons que nous donnent les animaux pour savoir quel type et quel niveau d’exercice sont les meilleurs. Le secret est de mixer des exercices intenses et brefs avec des exercices à basse intensité. »

On se souvient de Joël de Rosnay qui nous expliquait pourquoi le surf est un excellent exercice pour le cœur car il fait alterner des phases d’endurance avec des phases d’exercice explosives.

La chercheuse regrette que de plus en plus d’hommes et de femmes sous-utilisent leur coeur au cours de vies de plus en plus sédentaires qui font le lit des maladies cardio-vasculaires. Elle suggère aux humains d’adopter un plan d’activité physique quotidienne sur un mode « plus sauvage », comme le surfeur.

On repense au regretté Mark Foo disparu à Mavericks qui disait que son rythme cardiaque ralentissait paradoxalement quand il se retrouvait dans de grosses conditions, contrairement au commun des surfeurs.

Mais quand on voit cette séquence de 2 vagues sous l’eau de Mark Healey à Mavericks, on imagine que son palpitant a dû battre la chamade…

Plus d’infos : http://news.ucsc.edu/2015/09/healthy-hearts.html

Photo de Sarah Gerhardt à Mavericks : Frank Quiriarte.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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