Avec le vieillissement de la population des surfeurs, on risque de voir de plus en plus de crises cardiaques dans l’eau, et en dehors. Mais il y a une vie après l’infarctus, quand celui-ci n’est pas fatal évidemment. On peut même reprendre la pratique du surf, à condition de respecter certaines recommandations que nous résume le Docteur Jérémie Jaussaud*, cardiologue et surfeur. 

Un évènement cardiaque reste toujours traumatisant, surtout quand des patients ne cumulent pas les facteurs de risque cardio-vasculaire (tabac, hypertension artérielle, dyslipidémie, sédentarité, hérédité, surpoids, âge). Il arrive même que la survenue d’un infarctus apparaisse chez des sportifs : c’est alors la double peine avec à la clef des modifications parfois profondes de la pratique sportive.

Ces accidents ne sont malheureusement pas rares (120.000/an en France dont au moins 1500 au cours ou au décours immédiat de l’effort) mais fort heureusement de moins en moins létaux grâce à la prévention en amont et à la mise à disposition systématique de défibrillateurs automatiques lors des compétitions sportives (ou aux abords des plages NDLR).

Qu’est-ce qu’un Infarctus du Myocarde ?

Il s’agit le plus souvent* d’une artère cardiaque qui, en se bouchant brutalement, induit une souffrance aiguë du muscle du cœur (le myocarde). Le cardiologue pratique le plus rapidement possible une coronarographie qui permettra de déboucher l’artère et de placer un stent (ressort) qui maintient l’artère ouverte et ainsi l’oxygénation du cœur, limitant les complications aiguës et chroniques.

Le patient sort alors de l’hôpital avec une ordonnance de traitements fluidifiant le sang (antiagrégants plaquettaires) et réduisant la tension artérielle et le taux de cholestérol qui permettent une cardio-protection médicamenteuse. Par ailleurs, il est le plus souvent recommandé de modifier son alimentation (régime méditerranéen) ainsi qu’une période de réadaptation cardiaque permettant une reprise adaptée de l’activité physique.

*Un infarctus peut aussi être secondaire à un spasme artériel.

Le Surf après un Infarctus du Myocarde

La pratique du surf au décours d’un infarctus reste un sujet méconnu nécessitant d’être exploré et ne se basant que sur l’expérience du médecin (généraliste et cardiologue) traitant. Il s’agit effectivement d’une pratique à contrainte cardiaque intense (entre 75% et 85% de la fréquence cardiaque maximale en moyenne et > 90% lors des rides) et exposant tout de même le sportif à un milieu « hostile » : la gestion d’un arrêt cardiaque en milieu aquatique étant plus longue et à risque de retard de prise en charge.

Il est donc légitime d’évaluer de façon précise le risque résiduel de récidives d’événements cardiaques chez nos patients surfeurs, sans pour autant retarder leur retour à l’eau de façon exagérée. Il est clair qu’un retour précoce mais adapté aux conditions cardiaques et aux aptitudes physiques du patient permettra de réduire les symptômes anxieux voire dépressifs fréquents dans les suites d’un accident cardiaque aigu et permettra une remise en confiance rapide du sportif dans son élément.

Il est néanmoins délicat de donner des conseils en termes de pratique et d’intensité. Un travail récent s’est intéressé aux effets des conditions de surf sur les performances et la réponse physiologique de 39 surfeurs sains. Plus que la taille de la vague, il existe surtout une corrélation entre la période des vagues et la contrainte cardiaque.

Il faut néanmoins veiller à informer le surfeur sur certains points spécifiques.

Les patients sont le plus souvent traités par des traitements fluidifiant le sang (limitant la formation de caillots) qui favorisent les saignements et exposent les surfeurs aux risques hémorragiques. Les patients seront alors sensibilisés à l’intérêt du port du casque afin de limiter les risques hémorragiques intra-crâniens post-traumatiques mais aussi à rapidement sortir de l’eau en cas de plaie liée à une dérive par exemple.

Le patient doit savoir que l’immersion aquatique favorise des modifications parfois profondes mais normales des constantes cardiaques. Ainsi, s’immerger le visage dans l’eau froide peut ralentir la fréquence cardiaque via une stimulation vagale, ce qui peut renforcer l’effet d’un éventuel traitement bêta-bloquant prescrit après un infarctus.

De la même manière, les conditions hivernales et la fraîcheur de l’eau peuvent favoriser une vasoconstriction des artères (réduction physiologique brutale du diamètre des artères) via des récepteurs thermiques cutanés et ainsi augmenter la tension artérielle qui se doit donc d’être parfaitement contrôlée !

L’immersion en eau froide peut favoriser également des anomalies plus profondes du rythme cardiaque (extrasystoles, tachycardie ou bradycardie profonde). L’échauffement est fondamental et la protection thermique doit être optimale lors des conditions les plus froides avec si possible le port de gants et de chaussons.

  • Note de Surf Prevention : on peut également conseiller de rentrer progressivement dans l’eau en s’aspergeant le visage et la nuque et en s’habituant à la température de l’eau.

Il faut sans doute, mais sans preuve, savoir demander, en tout cas lors des premiers mois de reprise, d’éviter les conditions jugées comme « grosses » par le sportif, afin de limiter les risques de wipe-outs répétés, les apnées prolongées et fréquentes renforçant l’ensemble des modifications décrites précédemment et induisant un stress cardiaque intense supplémentaire.

Enfin, il est recommandé de s’hydrater de façon optimale avant et après la session car la déshydratation favorise la formation de caillots.

D’autres conseils plus généraux (« les 10 règles d’or ») sont édités par le Club des Cardiologues du Sport dans un objectif préventif des événements cardiaques aigus lors du sport. Notamment, l’absence de consommation de tabac 2 heures avant mais également après la pratique physique : cela est d’autant plus vrai que le risque de spasme des artères cardiaques est majoré en immersion en eau froide (rétrécissement brutal du diamètre d’un vaisseau cardiaque pouvant parfois conduire à un infarctus).

Il faut encourager le maintien d’une pratique sportive adaptée sous contrôle médical et médicamenteux strict. L’amélioration pronostique des patients ayant présenté un infarctus reste multi-factorielle associant le traitement, l’activité physique, l’optimisation nutritionnelle et la lutte contre le stress.

Le surf cadre parfaitement avec ces objectifs tant dans la réduction des symptômes anxieux que dans la revalorisation personnelle, tout en maintenant le mouvement qui reste la clef de la santé et ce, même à un petit niveau.

Il reste bien entendu des inconnues dans la prise en charge de ces patients qui doivent motiver la réalisation d’études et de thèses spécifiques.  Dans ce contexte nous restons très motivés pour recueillir le témoignage de patients surfeurs qui ont continué ou commencé le surf après un infarctus !

Quelle activité physique après un Infarctus ?

Il est en effet reconnu que la pratique d’une activité physique régulière réduit de façon significative le risque d’infarctus du myocarde et ce avec un effet dose-dépendant et avec un pic de bénéfice pour 8 heures de sport léger hebdomadaire ou 5 heures d’une activité plus intense (c’est-à-dire au-dessus du seuil d’essoufflement). Il est ainsi désormais recommandé de pratiquer au moins 5 x 30 minutes / semaine d’une activité légère en aisance respiratoire (ou endurance fondamentale) ou 3 x 25 min /semaine d’une activité plus intense au-dessus du seuil d’essoufflement.

Il est néanmoins nécessaire de réaliser un bilan cardiaque complet avant de pratiquer une activité intense car il est connu que la pratique soutenue est plus souvent associée à un risque d’accident cardiaque, liée notamment à la sécrétion plus abondante de catécholamines (adrénaline) facilitant le risque d’arythmie cardiaque mais aussi à l’hypercoagulabilité liée a la déshydratation favorisant la formation de caillots dans les vaisseaux. 

La pratique du sport légère à modérée dans les suites d’un accident cardiaque réduit de 20% le risque de morbi-mortalité des patients au cours des années suivantes grâce à des effets globaux sur le système cardiaque et vasculaire. Il est donc nécessaire, pour les médecins, de stimuler les patients à maintenir ou bien initier la pratique d’une activité physique, en la prescrivant par exemple.

Il n’est néanmoins pas rare d’être confronté à des patients sportifs souhaitant reprendre leur sport et parfois même en compétition (course pieds, vélo, tennis…). Au-delà de l’intérêt préventif reconnu d une pratique sportive modérée (c’est-à-dire en aisance respiratoire), il est indispensable de pouvoir individualiser la prise en charge des patients aux pratiques souhaitées plus intenses. C’est pourquoi la société européenne de cardiologie limite la pratique sportive en compétition à certains sports à faible contrainte cardiaque (billard, golf, etc.). Cependant, la société américaine de cardiologie vient nuancer ces recommandations, puisqu’en novembre 2015, elle a autorisé la pratique de tous les sports en compétition dans les suites d’un infarctus sans complications chez les sportifs. Ce retournement d’opinion doit bien entendu être mesuré et adapté en fonction de chaque individu… car chaque patient est différent tant sur la présentation de sa pathologie que sur les conséquences de l’infarctus : certains ont le cœur fragilisé, d’autres des anomalies du rythme cardiaque ou alors toutes les artères n’ont pas été traitées volontairement, etc…. Le cardiologue du sport se propose alors d’individualiser la prise en charge de l’évaluation pronostique jusqu’au suivi du patient dans sa pratique sportive en s’aidant de la réalisation d’examens complémentaires (électrocardiogramme à l’effort, échocardiographie mais également la mesure du VO2 max et la détermination des seuils ventilatoires).

A propos de l’auteur

Le Dr Jérémie Jaussaud est cardiologue à la clinique du sport Bordeaux-Mérignac et particulièrement intéressé par la question de la réhabilitation sportive des patients après un infarctus du myocarde. Le Dr Jaussaud est également membre du Club des Cardiologues du Sport. 

Références

1/ Eligibility and Disqualification Recommendations for competitive athletes and cardiovascular abnormalities : Task Force 8 coronary artery disease. PD Thompson, RJ Myerburg and al. Circulation. 2015;132:e273-e280

2/ The effect of wave conditions and surfer ability on performance and the physiological response of recreational surfers. Barlow MJ, Gresty K et al. J Strength Conditioning Res. 2014; 2946-53.

A propos de l'auteur :

Surf Prevention est le site sur le Surf, la Sécurité, la Santé et l'Environnement.

 

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3 Commentaires

  1. Abd dit :

    Bonjour
    atteint d’une patho cardiaque (DAVD), j’aimerai échanger avec le docteur Jaussaud.
    Je continue à surfer j’aimerai savoir si d’autres sont dans le même cas.
    Si possible d’avoir son adresse mail.
    Merci bcp et sportivement
    Thony

  2. Alexandre Jérome dit :

    Bonjour,

    je suis kite surfer , vttiste, et surfer, dans le sud de la france, J ai fait un infarctus avec pose d’un stent il y a 6 mois , je suis sous beta blocant , brilique et cardégique , Mon dernier test d’effort m’a permis d’atteindre 260 W avec une FC max de 148 P/M . Aucune anomalie tentionnelle, éléctrique ou autre . J ai 40 ans et j’ai toujours fait du sport .

    J ai repris le vtt enduro mais éléctrique dans notre région tres montagneuse, je fais du ski, je nage mais aucun cardiologue a proximité ne pratique le surf .
    J aimerais bien avoir des conseils sur la reprise du surf pour redémarer en confiance ?

  3. Doc.pacific dit :

    Bonjour, je m’occupe plus spécifiquement du kitesurf (Kiteboard) . Après infarctus, et compte-tenu de votre reprise d’entraînement que je trouve un peu rapide (un peu trop, trop vite), quelque soit le sport, je fais surveiller essentiellement le cœur au travers d’épreuve d’effort et surtout d’échographies cardiaque à intervalles réguliers en fonction des plateaux d’efforts atteint pour surveiller la fraction déjection est donc plus globalement le rendement du cœur et l’apparition éventuelle d’une dilatation de l’une des chambres cardiaques le plus souvent en regard de la zone qui a souffert. Plus spécifiquement pour le Kite ou pour le surf, il faut éviter le choc thermique, faire un peu de cardio avant chaque séance pour la mise en route, ça peut être deux De rejoindre la vague mais je préfère un cardio sur terre pour éviter de se retrouver en dette d’oxygène sur l’eau… Il est plus facile de démarrer sur terre, de ralentir au moment de la survenue de l’essoufflement et de reprendre l’effort après… Ensuite il faut penser à commencer par de petites sections ou il faut privilégier la régularité et la pratique aérobie ….. Ce qui n’est pas toujours évident… En général je préconise une étape de trois mois puis une nouvelle échographie cardiaque et on passe ensuite au palier supérieur.

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