Tout comme le milieu marin, notre milieu intérieur doit maintenir un niveau d’acidité (ou plus exactement d’alcalinité) constant pour rester en bonne santé. Notre organisme doit garder son pH stable pour maintenir l’homéostasie indispensable à la vie.

Mais notre organisme a une tendance naturelle à s’acidifier. Cette tendance peut être accentuée par notre alimentation ou par les différents stress que nous subissons. Une acidité chronique peut ensuite faire le lit de pathologies plus graves comme des cancers ou certaines maladies inflammatoires. Nous verrons que l’eau de mer et son alcalinité peuvent aider à contrer l’acidification néfaste pour l’organisme.

Le pH du corps humain est légèrement basique et se situe en temps normal autour de 7,4. Les limites du pH artériel doivent impérativement rester entre 7,35 et 7,45: au-delà de ces limites étroites, c’est la décompensation et la vie est menacée. En cas d’acidose (ou acidémie), le corps réagit en déclenchant des mécanismes alcalinisants. Des systèmes « tampons » agissent instantanément pour amortir la baisse du pH. Si ces tampons sont dépassés, une régulation par les poumons et/ou par les reins se met en route.

Même quand il n’est pas menacé par une grave acidose métabolique ou respiratoire, le corps lutte en permanence pour maintenir son pH dans les limites compatibles avec la vie. Sans aller jusqu’à la décompensation, notre corps peut subir une acidose de bas grade, trop faible pour être détectée par les analyses sanguines, mais suffisante pour provoquer des symptômes, voire des pathologies si cet état acide devient chronique. Il existerait en effet un état d’acidose infrabiologique, ou plus exactement une tendance à l’acidification (puisque celle-ci est instantanément compensée par nos mécanismes de régulation naturels), ayant des effets néfastes sur notre santé. Cette acidose pourrait se manifester par une fatigue, des douleurs, des troubles digestifs, etc.

Le corps fournit un effort permanent pour maintenir l’alcalinité du sang. Mais plus il lutte, plus il épuise ses réserves alcalines pour compenser l’acidité. Quand il n’a plus suffisamment de minéraux alcalins pour tamponner l’acidité, il va les chercher dans ses propres tissus, et notamment dans le tissu osseux. Le résultat est que les os relarguent leurs sels de calcium dans la circulation quand le liquide extra-cellulaire est trop acide. Les ions H+ qui sont en surnombre en cas d’acidose pourraient même être des activateurs des ostéoclastes. La perte osseuse peut engendrer l’ostéopénie ou l’ostéoporose avec une augmentation du risque de fractures. Pour prévenir l’ostéoporose, il ne suffit donc pas de conseiller une alimentation riche en calcium, mais il faut avant tout adopter une diète suffisamment alcaline, riche en fruits et légumes, sans oublier de faire le plein de vitamine D indispensable à la fixation du calcium sur les os, en prenant le soleil de manière adaptée.

Cet état d’acidose peut être favorisé par la surconsommation d’aliments acidifiants comme les protéines animales des viandes, les sucres, les graisses hydrogénées, les aliments transformés et la malbouffe en général, la consommation d’alcool, de tabac…ou encore un effort intense, un stress, un surmenage.

Le corps a besoin de munitions alcalines pour parer à l’acidification. Et il va trouver ces munitions dans l’alimentation. Le problème est que l’alimentation habituelle de nos sociétés occidentales est souvent trop acidifiante. Il faut donc apprendre à équilibrer son régime alimentaire pour favoriser le maintien d’un bon équilibre acido-basique. Tout en sachant qu’un aliment alcalin n’est pas forcément alcalinisant. A l’inverse, le jus de citron, acide, est un très bon aliment alcalinisant. Il existe aussi des aliments qui seront plutôt alcalinisants chez certaines personnes, et acidifiants chez d’autres. Mais il ne faut pas croire qu’il faut consommer exclusivement des aliments alcalinisants: le régime acido-basique idéal peut contenir une part d’aliments acides. Il existe plusieurs livres sur l’alimentation et l’équilibre acido-basique que nous ne développerons pas ici. Ce qui nous intéresse est que l’eau de mer peut constituer un apport alcalin non négligeable, en complément d’une alimentation équilibrée.

L’eau de mer est une solution alcaline à la fois simple et efficace pour aider à maintenir notre pH dans des valeurs alcalines: le pH de l’eau de mer naturelle se situe généralement entre 7,5 et 8,4. Grâce à sa concentration en sels minéraux alcalins (sodium, potassium, magnésium, calcium…) et en bicarbonates, l’eau de mer permet une recharge minérale alcalinisante optimale.

L’eau de mer agit différemment des compléments alimentaires où on retrouve seulement quelques minéraux alcalins en quantités pas forcément adaptées à nos besoins. L’eau de mer stérilisée offre la bonne formule avec tous les minéraux et oligo-éléments indispensables au bon fonctionnement de notre organisme en proportions adaptées. Et on y trouve aussi certains minéraux réputés acides comme le chlore, le phosphore ou le soufre qui ont eux-aussi un rôle à jouer dans l’équilibre et la détoxification de l’organisme. Il ne s’agit donc pas de consommer exclusivement des minéraux alcalins, mais de les assimiler tous dans les proportions adéquates apportées par l’eau de mer.

L’eau de mer peut agir par différentes voies que nous étudierons en détails dans Détoxseafication:
la voie digestive: l’eau de mer stérile ingérée en petite quantité par voie orale peut réduire l’acidité gastrique et intestinale comme l’ont montré des études allemandes (Rowpler (1960) ; Schlegel (1953) ; Hansche (1957) ). NB: la voie sublinguale permet de contourner l’acidité gastrique.
la voie respiratoire par inhalation de l’air marin ou de spray d’eau de mer qui jouent un rôle alcalinisant au niveau des voies ORL et pulmonaires.

L’eau de mer contribue au maintien de notre équilibre acido-basique en contrebalançant l’acidification du corps par son alcalinité. Nous verrons plus loin comment les bains de mer peuvent aussi participer au maintien de l’équilibre acido-basique du corps.

Le problème de l’acidification de l’océan rejoint le nôtre. L’acidification des océans altère leur bon fonctionnement, tout comme l’acidification du corps peut dérégler notre organisme. L’acidose sévère aiguë non compensée conduit à la mort ; l’acidose modérée chronique peut entraîner la maladie.

Même si elle est encore controversée par certains, cette théorie de l’équilibre acido-basique du corps tend à s’imposer pour de plus en plus de scientifiques et de thérapeutes.

En cancérologie, on sait que le pH des liquides au contact de tumeurs solides est acide à cause d’un métabolisme du glucose accru et d’une mauvaise vascularisation. Cette acidité favorise l’invasion tumorale et les métastases. Des chercheurs ont étudié la possibilité que la réduction de l’acidité d’une tumeur entraîne une diminution de l’incidence des métastases in vivo. Ils ont administré du bicarbonate de sodium (alcalinisant) à des souris présentant un cancer du sein métastatique. Ce traitement a entraîné une augmentation du pH extra-cellulaire, une réduction de l’envahissement ganglionnaire et de la formation de métastases dans le foie. Ce traitement alcalin ne s’avère pas aussi efficace pour tous les types de cancer, notamment contre le mélanome, mais l’intérêt de cette étude est de mettre en évidence l’impact de l’acidité sur l’évolution de certaines tumeurs.

Chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR), le liquide synovial des articulations touchées par cette maladie inflammatoire est acide. Des chercheurs ont eu l’idée de donner une supplémentation alcaline à un groupe de patients atteints de PR pour voir si cela conduisait à une amélioration de leurs symptômes (comme cela a déjà été montré pour des personnes souffrant de mal de dos chronique).  Dans le groupe de patients recevant une supplémentation alcaline, ils ont pu observer une diminution de l’activité de la maladie (baisse du score DAS 28) et une diminution des douleurs ressenties sur l’Echelle Visuelle Analogique. L’indice fonctionnel HAQ était amélioré chez les patients supplémentés et une diminution de la consommation de médicaments anti-inflammatoires a même été observée chez eux. Les auteurs ont conclu qu’une supplémentation alcaline pouvait être un traitement d’appoint simple et sûr, en complément du traitement habituel de ces patients souffrant d’un rhumatisme inflammatoire.

On pourrait multiplier les exemples de pathologies où l’acidité des liquides de l’organisme peut jouer un rôle néfaste. Sans aller jusqu’aux conséquences pathologiques, l’équilibre acido-basique pourrait également jouer un rôle dans le bon fonctionnement et les performances de notre organisme. Des sportifs de haut niveau comme le surfeur Kelly Slater accordent une grande importance à leur équilibre acido-basique (cf. photo).


Références:

Articles:

– Pizzorno J, Frassetto LA, Katzinger J. Diet-induced acidosis: is it real and clinically relevant? Br J Nutr. 2010 Apr;103(8):1185-94.

– Bushinsky DA. Acid-base imbalance and the skeletonEur J Nutr. 2001 Oct;40(5):238-44

– Tucker KL, Hannan MT, Kiel DP. The acid-base hypothesis: diet and bone in the Framingham Osteoporosis StudyEur J Nutr. 2001 Oct;40(5):231-7.

– Macdonald HM, New SA, et alLow dietary potassium intakes and high dietary estimates of net endogenous acid production are associated with low bone mineral density in premenopausal women and increased markers of bone resorption in postmenopausal womenAm J Clin Nutr. 2005 Apr;81(4):923-33.

– Ian F. Robey, Brenda K. Baggett, Nathaniel D. Kirkpatrick et al. Bicarbonate Increases Tumor pH and Inhibits Spontaneous Metastases. Cancer Research 69, 2260, March 15, 2009

– Regina Maria Cseuz, Istvan Barna, Tamas Bender, Jürgen Vormann. Alkaline Mineral Supplementation Decreases Pain in Rheumatoid Arthritis Patients: A Pilot Study. The Open Nutrition Journal, 2008, 2, 100-105

– Vormann J, Worlitschek M, Goedecke T, Silver B. Supplementation with alkaline minerals reduces symptoms in patients with chronic low back pain. J Trace Elem Med Biol 2001; 15: 179-83.

– Livres:

– G.Collignon. Le milieu intérieur. Editions Bergeret. 1995.

– Dr Dominique Hoareau. Les thérapies marines. Editions Dangles.

– Dr. Susan E. Brown and Larry Trivieri Jr. The Acid-Alkaline Food Guide. A quick reference to foods & their effect on pH levels.  SquareOne Publishers.

A propos de l'auteur :

Médecin, surfeur, auteur du livre Surf Thérapie. Adjoint au maire de Biarritz à l'Environnement, Qualité de Vie et Bien-Être.

 

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4 Commentaires

  1. Boris de Biarritz dit :

    Salut Guillaume,

    merci pour cet éclairage sur l’EAB ! Je peux donc boire la tasse sans problème, il va falloir que j’apprenne à tomber…. au pire j’irai à la pharmacie de l’Océan…

    😉

    A plus, boris.

  2. Oui c’est tou a fait vrai, l’équilibre acido-basique est ce qui a de plus important pour la santé. Il a était démontré que c’était à l’origine même du développement des maladies.
    Adopter donc une alimentation et une hygiène de vie alcalinisante (manger plus de fruit et légume, des céréales bio, boire suffisament « 2 l/j pour 60kg », et limiter la consommation de viandes rouge, produits laitier, alcool, ….

  3. Une raison de plus de faire attention à ne pas consommer trop d’aliments acidifiants: la prévention du diabète type 2.

  4. Kitty dit :

    Merci pour cet article fort intéressant !

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