SURF PREVENTION : Santé et Surf
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Archive pour la catégorie ‘Point de vue’

Discours de Roselyne Bachelot : les Yeux dans les Bleus…

Mardi 22 juin 2010

roselyne bachelot parle a l'equipe de france de football au mondial en Afrique du Sud

« Un champ de ruine », « un désastre »…

De quoi parle-t-on ? De la troisième guerre mondiale ou de l’anecdotique défaite de l’équipe de France au mondial de football ? Bon d’accord, Nicolas Anelka a dit un gros mot, Raymond Domenech n’est peut-être pas l’homme de la situation, les Français ont joué comme des bleus…Et alors ??? On ne peut pas gagner à tous les coups. Ce n’est qu’un jeu…

Le véritable échec de cette Coupe du Monde pour la France aura été d’en faire une affaire d’état. Jamais les politiques ne se seront autant immiscés dans un fiasco sportif. On croit rêver quand on voit Madame le Ministre de la Santé Roselyne Bachelot venir prêter main forte à Raymond Domenech pour remotiver les « troupes » (cf. vidéo Dailymotion). Il y a quelque chose d’ »abracadabrantesque » là-dedans. Alors que le déficit de la Sécurité Sociale bat des records, pendant que les médecins généralistes français disparaissent et que les médicaments coûtent de plus en plus cher aux Français, Mme Bachelot est en Afrique du Sud pour consoler puis tancer une bande de footballeurs multi-millionnaires…


Les Bleus face à leurs responsabilités
envoyé par BFMTV. – L’info video en direct.

Il n’est pas question sur ce site Internet de donner des opinions politiques mais je pose une question générale pour les prochains gouvernements : même s’il paraît naturel de rapprocher la santé et le sport au sein d’un même ministère, est-ce bien au Ministre de la Santé d’assister aux matchs de foot ? Est-ce la même personne qui doit gérer une crise sanitaire comme la Grippe A et qui doit quelques semaines plus tard enfiler un maillot de foot pour sermonner un groupe de footballeurs en perdition au premier tour d’une compétition ? A quoi sert la secrétaire d’état chargée des sports Rama Yade dans ce cas ? Y a-t-il encore un pilote dans l’avion de la France pour dire qui fait quoi ?

On mélange tout en France : les vrais problèmes des gens avec le sport (en espérant peut-être que des exploits sportifs leur feront oublier leurs soucis), la misère de supporters smicards et le bling-bling de footballeurs surpayés (que Rama Yade avait dénoncé)…

« Rien ne sera plus comme avant. » « Ce sont vos gosses, nos enfants pour qui peut-être vous ne serez plus des héros ». « Vous avez terni l’image de la France. » « Battez-vous, battez-vous ! »

Avec tout le respect que je vous dois : redescendez sur terre Madame Bachelot ! Si vous voulez vraiment que nos enfants fassent du sport (un jeune sur trois ne pratique aucune activité physique), arrêtez de le leur présenter comme un combat qu’il faut impérativement gagner. Le sport, ce n’est pas la guerre. Peu importe que l’on gagne ou que l’on perde, le sport doit rester avant tout UN PLAISIR.

Alors, oubliez vite cette défaite et venez plutôt prendre du plaisir sur une planche de surf cet été !

Lectures conseillées : – le surf, une activité physique pour le plaisir.
- les pauvres surfeurs sud-africains oubliés du Mondial de Football.
- Bixente Lizarazu espère surfer en Afrique du Sud.

Interview : Joël de Rosnay surfera jusqu’à 140 ans !

Mardi 1 juin 2010

Joel De Rosnay en interview sur France Info

A 70 ans, Joël de Rosnay estime en être à la moitié de sa vie. Et il prend le pari (comme Pascal) qu’il vivra jusqu’à 120 ou 130 ans voire 140 ans ! Joël de Rosnay peut-il réussir là où Michael Jackson a échoué (le roi de la pop voulait vivre jusqu’à 150 ans) ? Connaissant un peu Joël de Rosnay, qui est un fidèle internaute de Surf Prévention, je le crois capable de gagner ce pari (je précise que je ne suis pas son médecin traitant).

Je consacre un passage à Joël de Rosnay dans le chapitre sur les « seniors » de mon prochain livre Surf Thérapie. En regardant sa dernière interview sur cette vidéo DailyMotion, vous allez mieux comprendre pourquoi. Cet homme est incroyable : à un âge où certains surfeurs sont déjà en maison de retraite, lui continue à surfer régulièrement la vague de Parlementia. Au niveau intellectuel, Joël ne présente pas le moindre signe avant-coureur d’une maladie d’Alzheimer comme on peut le constater dans cette interview où il raconte le futur à de jeunes journalistes qui ont parfois du mal à le suivre.


J. de Rosnay, "on vivra jusqu'à 140 ans"
envoyé par FranceInfo. – L'info internationale vidéo.

Ses secrets ? Une bonne hygiène de vie, une activité physique et intellectuelle quotidienne et un mental de jeune homme toujours curieux et enthousiaste d’apprendre et de faire partager son savoir. Joël explique par A+B que si nous voulons vieillir plus jeune, il faut rester actif ! En plein débat sur l’âge légal de départ en retraite, son avis devrait peser dans la balance. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : il y a 50 ans, une personne qui prenait sa retraite à 60 ans avait 5 ans d’espérance de vie, aujourd’hui une femme qui prendrait sa retraite à 60 ans a presque 25 ans d’espérance de vie ! Si la France n’augmente pas urgemment l’âge de la retraite nous risquons de nous retrouver avec de jeunes actifs qui devront payer les retraites pour des seniors de plus en plus nombreux et bien portants. Imaginez qu’un homme comme Joël de Rosnay qui vivrait jusqu’à 120 ans passerait deux fois plus de temps à la retraite qu’à travailler…Comme dit le journaliste David Abiker à Joël de Rosnay : on va devoir bosser jusqu’à 90 ans pour que vous fassiez du surf…Car il faut aussi voir cela : continuer à laisser partir en dépit du bon sens des gens à la retraite à 60 ans ou même avant veut dire que ce sont les jeunes d’aujourd’hui que nous sommes qui devront payer plus et travailler toujours plus longtemps pour combler les déficits qui se creusent inexorablement. Ce n’est que mon avis : Joël reste dans son rôle de prospectiviste et conseille juste aux hommes politiques de lire ses livres. Mais il faut évidemment tenir compte de la pénibilité du travail.

Si vous avez 53 minutes pour vous cultiver, écoutez attentivement ce que Joël de Rosnay raconte dans cette vidéo. Vous apprendrez ce que sont la biologie de synthèse et ses applications positives (médicaments, tests diagnostiques, énergies vertes, dépollution de l’environnement…) ou inquiétantes comme le bio-terrorisme. J’entends pour la première fois parler de bio-hackers ou du Web 5.0 : le Symbionet ! Pour comprendre tous ces nouveaux concepts et ce qui nous attend demain, courez chez votre libraire vous procurer le nouveau livre de Joël de Rosnay « Et l’homme créa la vie ». Je ne l’ai pas encore lu car j’attends un exemplaire dédicacé ;-)

Démographie médicale : chronique d’une catastrophe annoncée.

Mercredi 14 avril 2010

Nous avons tous besoin à un moment ou à un autre d’avoir recours à un médecin généraliste. Pourtant, l’accès à ce spécialiste de notre santé est de plus en plus compromis dans certaines zones du territoire français. Les jeunes médecins ne veulent plus de ce boulot ingrat et sous-payé s’ils ne peuvent l’exercer dans des conditions décentes. Certains de leurs aînés n’attendent qu’une seule chose : dévisser leur plaque pour partir à la retraite (rarement avant 65 ans je vous rassure…) ou redevenir remplaçant ! Lire ce témoignage d’un médecin généraliste installé dans La Manche. Seule nouvelle rassurante pour les surfeurs et les gens qui vivent en bord de mer : il reste encore des médecins sur les côtes françaises les plus attractives, mais pour combien de temps ?

L’Atlas de la Démographie Médicale publié par l’Ordre des Médecins met en évidence des disparités encore plus fortes que celles que l’on imaginait (lire le compte-rend ci-dessous). Ainsi, des régions que l’on croyait pléthoriques en médecins, s’avèrent sous-dotées dès que l’on s’éloigne des centres d’attractivité : en région parisienne, on passe d’une densité de 742 médecins pour 100 000 habitants dans Paris à seulement 223,1 pour 100 000 (3,3 fois moins) en Seine-et-Marne. Ce phénomème est particulièrement marqué sur les côtes françaises, que ce soit en région PACA, en Corse ou sur la Côte Aquitaine par exemple. La densité médicale est forte sur la côte mais chute sensiblement dès que l’on s’éloigne à l’intérieur des terres. Les médecins privilégient tout naturellement leur qualité de vie. Qui voudrait faire ce métier difficile et de moins en moins reconnu en banlieue ou en milieu rural dans les conditions actuelles d’exercice ? Pas moi en tous cas.

Quel horizon pour les medecins generalistes ?

La Surf Thérapie pour retrouver le Chemin de la Plage…

Vendredi 19 mars 2010

Quand les beaux jours reviennent, nous redécouvrons le plaisir qu’il y a à aller sur une plage. Ces terrains de sports naturels sont désaffectés pendant de longs mois en hiver et sont largement sous-utilisés le restant de l’année. De nombreuses plages dans le monde sont encore vierges. Seuls les surfeurs savent profiter à longueur d’années de ces « arènes » naturelles. Pourquoi s’enfermer dans des salles de sports quand les plages sont ouvertes à l’année gratuitement ? Avec la Surf Thérapie, nous allons apprendre ensemble à redécouvrir les plages et à se les réapproprier.

Je suis donc médecin dans une station balnéaire de la Côte Basque, dans le Sud-Ouest de la France. Malgré le cadre de vie exceptionnel, je constate au quotidien dans ma pratique que la plupart des patients ne savent pas profiter de la plage et de l’environnement océanique. Je vois parfois en visite des personnes valides vivant dans un appartement au bord de la mer et qui restent cloîtrées chez elles devant la télévision à longueur de journée, au lieu de descendre à la plage !

On apprécie mieux une plage quand il y a peu de monde. Même sur les plages les plus populaires en plein été, on peut trouver des moments tranquilles, tôt le matin ou avant le coucher du soleil notamment. Les gens en général -et les surfeurs en particulier- ont la fâcheuse habitude de se retrouver au même endroit au même moment : raison de plus pour éviter les heures de pointe et choisir des moments de moindre affluence pour se rendre à la plage.

Hors-saison, la plage redevient un véritable petit paradis où l’on se sent parfois même un peu seul, et ce même dans des destinations connues :  on peut profiter d’étendues de sable blanc vierges même dans les stations balnéaires les plus réputées de Corse. Dès que la saison se termine sur la Côte Basque, nous profitons de journées très calmes, même sur les plages principales de Biarritz. Il m’arrive hors-saison d’avoir la plage pour moi tout seul. Quel plus beau terrain pour réaliser son activité physique quotidienne ?

Il y a encore de la marge avant que les plages ne soient surpeuplées à l’année… Cela fait mal au coeur de voir ces étendues de sable et d’eau inexploitées par l’homme : à croire que les gens préfèrent s’enfermer chez eux. Nous n’avons pas encore en France la « beach culture » qui existe en Australie ou en Californie par exemple.

Beaucoup de gens se font une fausse idée de ce qu’est « aller à la plage ». Nombreux sont ceux à penser qu’aller à la plage se limite à rester immobile sur une serviette posée sur une plage bondée en plein été. On s’étonne après que certains disent « ne pas aimer aller à la plage », notamment des enfants et des adolescents. Pour profiter d’une plage, il faut faire tout le contraire !

De nombreuses personnes n’ont pas la culture plage car ils ne savent pas quoi y faire. J’aimerais insister sur ce point : aller à la plage ne consiste pas à faire l’escalope à se retourner mécaniquement au soleil. Non ! Aller à la plage, c’est bouger ! Et ce ne sont pas les activités ludiques qui manquent comme nous allons le voir ! Natation, jeux de raquettes, jeux de ballon, frisbee, bodyboard, skimboard, planche à voile…et surtout le surf ! Ou tout simplement la marche sur le sable.

La Surf Thérapie : une Thalassothérapie en milieu naturel

Mardi 16 mars 2010

La méthode de remise en forme « Surf Thérapie » que je vous propose se réalise exclusivement dans l’environnement marin naturel. Il ne s’agit pas d’une thalasso aseptisée « en boîte » que proposent certains établissements. J’ai remarqué avec étonnement l’autre jour qu’un grand centre de thalassothérapie proposait à ses curistes de « profiter des bienfaits de la mer à l’intérieur de l’établissement ». Il me paraît antinomique de vouloir profiter pleinement des bienfaits d’un élément naturel enfermé dans un centre… Je m’amuse parfois en voyant les clients de ces centres de thalasso isolés de l’environnement océanique derrière les vitres d’un local pendant que je passe devant eux sur la plage avec ma planche de surf pour profiter de la thalassothérapie…la vraie !

A mon sens, une thalassothérapie ne peut être complète que si le curiste bénéficie de soins dans le milieu marin, à l’extérieur. Et quelle façon plus agréable y-a-t-il de profiter de la mer que d’y surfer ? La véritable thalassothérapie se réalise au grand air marin, sur le sable de la plage, dans l’eau de mer ou sur les vagues de l’océan comme je le propose dans la « Surf Thérapie ». Et cette thalassothérapie-là ne coûte pas un centime !

Lisa Andersen Stand Up Paddle Surf - Copyright Tim Mac Kenna

Joseph La Bonnardière, l’inventeur du concept de thalassothérapie, doit parfois se retourner dans sa tombe. Dans sa thèse qui date de 1865, ce médecin avait défini la thalassothérapie comme « le traitement hygiénique, préservatif et curatif par la mer et tout ce qui tient à la mer, la médication essentiellement marine. » La thalassothérapie était encore utilisée au début du XXe siècle pour soigner des patients atteints de tuberculose dans les sanatoriums marins. Mais la présence de malades contagieux, vécue comme une promiscuité par les plagistes en vacances (de plus en plus nombreux depuis les congés payés instaurés en 1936 par le Front Populaire en France)  a eu progressivement raison de la vocation thérapeutique de ces centres qui se sont tournés vers la cure hygiéno-diététique préventive.

L’aspect médical de la thalassothérapie est passé au second plan en ce début de 21e siècle. Ce n’est peut-être pas un hasard si on parle plus volontiers en 2010 de « thalasso » que de « thalassothérapie ». Le côté thérapeutique a été progressivement occulté par le bien-être. Même si celui-ci est intimement lié à la santé, le grand public a tendance à considérer une thalasso comme un cure de confort plutôt que comme de véritables soins médicaux.

Le coût des soins est un facteur limitant pour la démocratisation de la thalassothérapie. A l’heure actuelle, force est de constater que ce sont plutôt des gens aisés qui profitent de la thalasso. On entend souvent parler de telle vedette ou de tel animateur de la télévision qui vient se ressourcer en thalasso. Ces soins sont encore difficilement accessibles aux classes sociales inférieures qui en auraient le plus besoin, car plus sujettes à certaines pathologies comme la fatigue, le stress ou les troubles musculo-squelettiques. Les Français aiment l’eau mais encore faudrait-il leur donner les moyens d’en profiter au quotidien. D’après une étude IPSOS récente, seuls 14% des hommes et 21% des femmes déclarent avoir déjà fait une cure de thalassothérapie.

Ne croyez pas que je suis un détracteur de la thalassothérapie. J’en suis au contraire un fervent défenseur et j’aimerais pouvoir prescrire des soins de thalassothérapie à mes patients. J’ai d’ailleurs écrit une lettre en ce sens à Roselyne Bachelot, notre Ministre de la Santé qui vient elle aussi se ressourcer régulièrement en thalasso, en lui suggérant de rembourser les soins de thalassothérapie dans certaines indications médicales. Une thalassothérapie peut apaiser des maux comme certains troubles psychologiques ou des douleurs rhumatismales. Une cure de thalassothérapie devrait également être prise en charge pour les femmes qui viennent d’accoucher, à une époque où celles-ci doivent encore reprendre le travail avant d’avoir fini leur allaitement (malgré les recommandations de l’Académie de Médecine).

Pourquoi ne pas compenser le déremboursement de certains médicaments au service médical rendu jugé insuffisant par la prise en charge de soins de thalassothérapie par l’assurance-maladie ? Le frein majeur est que la thalassothérapie n’a pas encore suffisamment fait la preuve « scientifique » de ses vertus thérapeutiques dans certaines indications pour prétendre à une telle prise en charge. A l’heure de la médecine fondée sur les preuves ( »evidence-based medicine »), il faut des études épidémiologiques sérieuses pour démontrer l’intérêt médical de tel ou tel traitement. Le thermalisme a bien compris cet enjeu et a sorti récemment des études de tout premier plan qui prouvent, si besoin en était, les vertus des cures thermales (cf. étude Thermarthrose qui démontre les bénéfices de la cure thermale sur l’arthrose du genou). Et comme on ne trouve que ce que l’on cherche, la thalassothérapie a tout intérêt elle aussi à multiplier les études pour étayer les bienfaits de ses soins sur la santé. Les eaux thermales ont des propriétés curatives et l’eau de mer a aussi les siennes qu’il faut établir scientifiquement en s’appuyant sur les nombreux travaux qui ont déjà été réalisés aux siècles précédents. Les centres de thalassothérapie proposent une eau de mer purifiée, réchauffée administrée en bains, en douches, en jets…qui permettent de potentialiser les vertus de l’eau de mer.

Je suggère de démocratiser la thalassothérapie en la rendant accessible à tous, de remettre le versant médical au centre de cette discipline (en remettant en avant les vertus thérapeutiques de l’eau de mer et du climat marin pour soigner des maux courants). Il faudrait aussi et surtout mieux utiliser l’océan qui se trouve juste en face des centres de thalassothérapie : c’est tout l’objectif de mon concept de « surf thérapie » dont j’espère que les curistes pourront un jour bénéficier. Rajouter un côté ludique et naturel aux thalassothérapies en initiant les curistes au surf permettrait de renouveler l’engouement pour les cures de thalassothérapie et d’attirer un public plus jeune. La Surf Thérapie que je propose est complémentaire d’une thalassothérapie classique. Le surf pourrait faire partie intégrante du programme de soins préconisé par le médecin du centre (plutôt que d’être proposé en stages indépendants de la cure comme cela se fait dans certains centres).

Santé : la facture très salée de la Grippe A…

Lundi 8 mars 2010

Alors que certains intervenants attendent encore d’être payés, le JDD a sorti hier une estimation chiffrée sur le coût de l’épidémie de Grippe A en France, qui dépasse allègrement le milliard d’euros. Rappelons que la Grippe A, dans la forme que nous avons connue, est une maladie bénigne ou asymptomatique dans l’immense majorité des cas. Vous me demanderez alors comment de grands experts ont pu se planter à ce point quant à la dangerosité du virus… Alors que les généralistes voyaient de simples grippettes dans leurs cabinets, on entendait encore récemment de grands spécialistes exhorter la population à se faire vacciner, quitte à subir les effets secondaires du vaccin.

Comment y a-t-il pu y avoir un aussi grand décalage entre le terrain et les hautes sphères de la santé ? En France, la réponse est claire : le Ministère de la Santé a choisi de se déconnecter de la base des médecins généralistes et de mettre en branle une organisation vaccinale ubuesque dans des gymnases et autres salles polyvalentes.

Campagne de vaccination contre la grippe A H1N1 - tags image vaccin seringue aiguille

Bien sûr, il est facile de faire la morale à la fin de l’épidémie mais le décalage entre la réalité et les décisions prises pose question. Autant j’avais été surpris par le manque de réactivité et le laxisme au début de l’épidémie : devant un virus potentiellement dangereux, je vous rappelle que nous avions laissé aller et venir les gens d’un continent à un autre sans interrompre les liaisons aériennes, et sans même mettre les patients à risques en quarantaine… A mesure que des données rassurantes sur la virulence du virus étaient disponibles, on entendait au contraire les medias nous faire peur avec les quelques cas graves isolés. J’ai même entendu des annonces de grippe A mortelles dans les medias, avant même la confirmation virologique chez le patient…

Ce scandale a mis en lumière le lien étroit qui unit certains experts et l’industrie pharmaceutique. Un chercheur ne peut travailler sans les subventions privées de l’industrie. Mais ne faudrait-il pas nommer des experts indépendants et « désintéressés » pour orienter la politique nationale et mondiale de santé ? Quand on apprend que tel expert a reçu des millions d’euros de la part d’un labo qui fabrique un vaccin, cela laisse rêveur quant à l’énorme conflit d’intérêt qui existe. Et ce n’est pas la simple transparence qui permettra de lever les doutes. A mon sens, un véritable expert sur ce genre de question ne devrait pas recevoir un centime de l’industrie pharmaceutique. Quand je pense qu’on interdit maintenant aux médecins de recevoir d’un laboratoire un simple abonnement à une revue médicale, pourquoi ne pas étendre cette politique contre les conflits d’intérêts aux chercheurs et autres éminences grises de l’OMS ?


Les experts de l’OMS face aux critiques
envoyé par Europe1fr. – L’actualité du moment en vidéo.

Grève des médecins généralistes : la tension monte !

Jeudi 4 mars 2010

Les médecins généralistes en ont marre. Sous-payés et écrasés par les taxes, les omnipraticiens demandent une revalorisation immédiate de leurs honoraires. Un mouvement de grève est lancé avec appel à la fermeture des cabinets de médecine générale pour la journée du 11 Mars 2010.

Le Président Nicolas Sarkozy a demandé à la Mission Legmann de faire l’état des lieux pour comprendre ce qui ne va pas avec la médecine libérale (aujourd’hui 9 jeunes médecins sur 10 se détournent de l’exercice libéral). Mais il est inutile d’avoir fait l’ENA pour comprendre le malaise profond de la profession… Les médecins n’osent jamais se plaindre de la faiblesse de leurs honoraires au nom de la noblesse de leur art. Mais force est de constater que le tarif des consultations de médecine générale est indigent.

Une consultation médicale de base coûte à peine 22 euros en France (sur lesquels le médecin ne touche même pas 10 euros si on déduit les taxes diverses incompressibles et les charges inhérentes au bon fonctionnement d’un cabinet). Autant dire une misère pour des professionnels de la santé à Bac +10 et un haut niveau de responsabilité.

medecin generaliste prenant la tension arterielle d'un patient avec son stethoscope - iStockphoto

Contrairement à une croyance populaire, le médecin généraliste ne fait pas que soigner des bronchites bénignes et des gastro-entérites… Quand le médecin généraliste doit assurer la prise en charge globale d’un patient atteint d’une (ou de plusieurs) pathologie(s) chronique(s), quand il prend en charge un patient déprimé ou encore quand il doit annoncer une mauvaise nouvelle, le médecin peut facilement y passer une heure. Et il sera rémunéré…22 euros TTC pour la consultation ! Je ne parle même pas du tarif des visites à domicile ridiculement bas à 32 euros.

Lire sur le même sujet l’excellent article de Jean de Kervasdoué paru dans le Monde intitulé : « La faible rémunération de l’acte médical lèse praticiens et patients ».

Trop de gens croient encore que les médecins généralistes roulent sur l’or alors que le profil du médecin moyen se rapproche plus du smicard besogneux que du nanti qui va jouer au golf en Porsche, comme on peut encore le lire sur certains forums…

En 2010, le médecin généraliste moyen n’a même pas les moyens de se payer les services d’une secrétaire médicale… La seule façon pour lui d’espérer gagner décemment sa vie est de travailler comme un tâcheron en enchaînant les consultations toutes les 10 à 15 minutes : mais cette option n’est ni satisfaisante pour le patient qui estime à juste titre ne pas être suffisamment écouté, ni pour le médecin guetté par le surmenage. On ne parle pas souvent de la dépression et des suicides chez les médecins qui sont pourtant en première ligne face au burn-out.

Les médecins souffrent d’un manque de reconnaissance. Alors que la plupart des généralistes sont maintenant des spécialistes de médecine générale, on leur refuse injustement l’accès à la tarification des autres spécialités médicales. Ce mouvement de grève est destiné à réclamer les mêmes honoraires que les spécialistes. Mais la consultation à 23 euros ne règlera rien du tout tellement les revenus des généralistes sont à la traîne par rapport aux médecins européens ou américains (les médecins de famille américains gagnent environ 3 fois plus que les généralistes français mais la médecine générale est également en crise aux Etats-Unis…).

Alors qu’ils sont l’élément le plus rentable du système de santé, on continue à mépriser les généralistes en leur faisant porter le chapeau du dérapage des dépenses de santé.

Les médecins ne peuvent plus supporter le harcèlement des caisses d’Assurance Maladie qui contestent de plus en plus souvent leurs prescriptions. Lire à ce sujet l’histoire du Docteur Didier Poupardin à qui on demande le remboursement de médicaments prescrits à ses patients !

Le déremboursement massif des médicaments d’usage courant en médecine générale ne devrait rien arranger à la situation….

La mise à l’écart des généralistes lors de l’épidémie de grippe A a été très mal vécue par les médecins.

Le Ministère de la Santé paie cash la négligence du corps médical dans le dernier sondage IFOP publié aujourd’hui dans le Quotidien du Médecin. La cote de popularité de Roselyne Bachelot y est au plus bas : 82% des médecins libéraux déclarent ne pas lui faire confiance.

Je soutiens sans réserve mes confrères et mon cabinet de médecine générale sera bien fermé le jeudi 11 Mars 2010. Il est grand temps de donner des moyens à la médecine de premier recours sur laquelle repose encore notre système de santé. Mais il y a urgence car si cela continue comme ça, nous assisterons à une poursuite de la désaffection des jeunes pour ce métier et au « dévissage des plaques » des médecins installés exaspérés. La médecine générale est maintenant à la croisée des chemins : soit on lui donne un nouvel élan, soit cette profession dans son mode d’exercice actuel disparaîtra.

Docteur Guillaume Barucq.

Accident de Luge mortel : arrêt sur images

Dimanche 14 février 2010

Comme nous l’indiquions dans l’article sur l’ouverture des JO de Vancouver 2010, un accident terrible a endeuillé le début des festivités avec le décès du jeune géorgien Nodar Kumaritashvili. Il peut être intéressant d’analyser un accident, aussi tragique soit-il, pour essayer de comprendre ses causes et surtout les moyens à mettre en oeuvre pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise.

Tout comme le surf, la luge est un sport de glisse. Mais ce sport permet aux professionnels d’atteindre des vitesses beaucoup plus élevées qu’en surf. Le risque réside notamment dans la collision contre un plan dur ou un obstacle comme ce fut le cas pour Nodar Kumaritashvili.

Les faits :

Vendredi, pendant un entraînement, Nodar Kumaritashvili, un champion de luge de Géorgie âgé de 21 ans, s’élance sur la piste olympique de Whistler, l’une des plus rapides du monde.

Il aurait raté son entrée dans le dernier virage de la piste qu’il a négocié à la vitesse ahurissante de 140 kilomètres par heure. Il est sorti de la piste et il est entré en collision avec un poteau métallique. A une telle vitesse (supérieure à une voiture lancée sur autoroute), la collision contre cet obstacle n’a laissé aucune chance de survie au malheureux lugeur (voir vidéo YouTube).

Il est vraisemblablement décédé des suites d’un traumatisme crânien et rachidien grave (je ne sais pas si une autopsie du lugeur a été demandée). Malgré une réanimation cardio-pulmonaire réalisée sur place par les secouristes, il n’a pu être réanimé.

Photo de l accident de luge de Nodar Kumaritashvili qui a conduit a sa mort suite a une collision contre un poteau metallique

Une enquête aurait conclu à l’absence d’anomalies de la piste. Les responsables et la Fédération Internationale de Luge (International Luge Federation) et les organisateurs des Jeux Olympiques sont arrivés à la conclusion que l’accident n’était pas le résultat d’une anomalie de la piste.

Par mesure de prévention, le mur situé à la sortie de la dernière courbe mortelle (la N°16) a tout de même été surélevé, et la glace a été modifiée. Le départ a également été abaissé. Dès le lendemain matin, l’entraînement puis la compétition de luge ont pu avoir lieu comme si de rien n’était.

Les questions et la polémique :

Pourquoi avoir modifié le parcours s’il n’est pas en cause ? La version officielle du secrétaire général de la FIL : « Abaisser le départ ne signifie pas que nous estimons que la piste était trop rapide. Mais (pour cette décision) nous tenons compte de l’émotion suscitée par cet accident ».

L’enquête aurait-elle été si rapidement menée si le lugeur tué était un athlète français ou américain ? Il y a fort à parier qu’une procédure judiciaire contre l’organisation de cette épreuve serait déjà en cours…Les parents de la victime éplorés par ce drame n’ont certainement pas la tête à contacter un avocat ou à faire un procès à quiconque.

Face à un tel accident ayant entraîné la mort, les enjeux pour les assurances et la fédération sont énormes. S’ils étaient reconnus responsables, une indemnité de plusieurs millions de dollars pourrait leur être réclamée.

Le lugeur allait-il trop vite ? Même le père de la victime, ancien champion de luge, reconnaît que son fils allait beaucoup trop vite et que jamais on ne devrait atteindre de telles vitesses dans ce sport. Mais Nodar Kumaritashvili allait-il trop vite par sa faute ou à cause de la piste ? Là encore, le fait d’avoir abaissé le niveau du départ suscite des interrogations. Le record du monde de vitesse en luge a été établi sur cette même piste de Whistler par l’Autrichien Manuel Pfister enregistré à 154 km/heure.

Les lugeurs sont-ils suffisamment bien protégés ? Les lugeurs portent un casque en compétition. Mais à un telle vitesse, cette protection est presque dérisoire face à une collision contre un obstacle dur. Je n’ai pas trouvé de textes de référence à ce sujet mais je me demande quels types de protections sont obligatoires pour les lugeurs ? Quelles sont les normes pour les casques ?

Un poteau en métal à proximité immédiate d’une piste de vitesse, est-ce bien normal ? N’y a-t-il pas moyen de les mettre ailleurs ou de les recouvrir par de la mousse ou un revêtement mou pour amortir l’impact ? Cette problématique évoque celle de la sécurisation des rails de sécurité pour les motards qui peuvent provoquer de graves blessures ou la mort suite à une glissade sur la route.

Les lugeurs sont-ils suffisamment entraînés avant de s’élancer sur de telles pistes ? Nul doute qu’il faut du temps pour se familiariser avec les difficultés d’une piste aussi dangereuse que celle de Whistler.

Le président géorgien Mikheil Saakashvili a déclaré qu’aucune erreur humaine ne devrait conduire à la mort en pratiquant un sport (voir video Dailymotion).


Georgian president on the death of luge athlete
envoyé par itnnews. – L’actualité du moment en vidéo.

Cette affaire nous rappelle également que la luge est un sport à risques, même à un niveau amateur. Chaque année les Médecins de Montagne enregistrent des accidents de luge. Il y aurait environ 2400 accidents de luge par an en France. Les adultes sont victimes de 41% des accidents de luge et les enfants de 38,5%. Chez les enfants, les traumatismes du crâne et de la face (39% du total) et du rachis (12%) sont les plus fréquents.

Campagne France Adot : malheureusement des abrutis font de la pub…

Vendredi 12 février 2010

Surf Prévention soutient le don d’organes, comme je l’ai déjà déclaré dans de précédents articles. Mais je ne peux certainement pas cautionner cette nouvelle campagne de sensibilisation abjecte de France Adot, réalisée par l’agence CLM/BBDO, à base d’une série de clips vidéo montrant des jeunes victimes de chutes spectaculaires en tentant des acrobaties très risquées.

Le problème est toujours le même. Des personnes bien intentionnées se disent qu’elles vont « faire le buzz » pour plaire aux « djeunz » et faire parler de leur combat, en l’occurrence ici le don d’organes. Des publicitaires peu scrupuleux leur proposent alors une campagne bien « choc » ou  »trash » par capter l’attention des internautes. Dans le reportage de Bastien Morassi sur LCI, Marie-Claire Paulet, la présidente de France Adot déclare : « C’est important quand même que ça interpelle les gens (…) Les jeunes ils aiment ça quand même. Attendez ! On est à l’époque des tatouages, on est à l’époque des têtes de mort (…)  » (sic).

Peut-on tout montrer et tout dire pour faire du buzz ? J’en doute, surtout quand on représente la plus grande association française de sensibilisation aux dons d’organes… Il faut bien faire attention au message que l’on va véhiculer. Qu’une fédération sensée oeuvrer pour la promotion de la vie en arrive à « regretter » que des êtres humains ne se tuent pas est tout simplement abominable.

Cette campagne de sensibilisation crapuleuse  montre des cascades dangereuses et autres imbécilités popularisées par l’émission Jackass. Les personnes qui se lancent dans ce genre de cascades risquent leur vie, ou une blessure grave, sans forcément en avoir conscience. Mais est-ce une raison pour les stigmatiser et leur jeter la pierre en concluant une chute accidentelle grave par le slogan sordide : « malheureusement tous ces abrutis ne se tuent pas… ».

Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il faut souhaiter la mort de personnes qui prennent des risques pour qu’ils puissent donner leurs organes à d’autres plus responsables ??? En tant que médecin investi dans la prévention des conduites à risques, j’ai tendance à considérer que les personnes qui figurent sur ces videos ne sont pas des « abrutis » mais des jeunes inconscients du danger qu’il faut éduquer : c’est tout le but de la sensibilisation et de la prévention.

Campagne choc don d'organes France Adot avec video d'un jeune homme alcoolise qui tombe du toit de la maison avec une planche de surf

Sauter d’une hauteur, surtout quand on est sous l’emprise de l’alcool ou d’une autre drogue, est une cause encore trop fréquente d’accidents graves. C’est le triste exemple qui est montré sur cette vidéo avec un jeune qui s’élance en ‘élévator’ du toit d’une maison avec une planche de surf, qui tombe du toit et qui se prend sa planche de surf sur la tête. Le jeune homme, avec sa bouteille à la main, s’en tire bien mais il aurait pu se tuer ou finir sur un petit fauteuil pour le restant de ses jours en tombant plus mal.

Les personnes qui figurent sur les clips intitulés « le saut en voiture »Â et le « le 4×4 » font ce qu’on appelle du « car surfing » : cette discipline qui consiste à « surfer » sur des capots de véhicules a été popularisée en grande partie par Internet et fait régulièrement des jeunes blessés graves ou des morts, comme nous l’avons dénoncé dans notre dossier sur le « car surfing ». En demandant aux internautes de diffuser ces vidéos stupides à tous leurs amis « pour faire le buzz », les promoteurs de cette campagne contribuent à populariser le phénomène. Mais le pire, c’est qu’aucun conseil de prévention, aucune mise en garde n’est donnée au jeune public qui verra ces vidéos. On se borne à exprimer d’un ton morbide que c’est bien fait pour eux s’ils se font mal et que c’est même dommage qu’ils ne soient pas morts…pour donner leurs organes.

Mesdames, messieurs qui êtes à l’origine de cette campagne pitoyable, vous vouliez faire parler de vous, vous avez réussi. Mais votre image risque d’en prendre un sacré coup : vous n’avez donc aucune morale pour lancer une campagne aussi cynique et vide de sens. A mes yeux, le fait d’assumer cette campagne discrédite votre action. Le slogan est une atteinte à la dignité et à la vie humaine que vous prétendez vouloir préserver par le don d’organes. Et ce n’est pas parce que vous tentez de vous justifier en disant à la fin du clip  »nous manquons de donneurs d’organes », que cela légitimise cette campagne totalement à côté de la plaque.

J’ose espérer que vous retirerez cette campagne et que vous reviendrez à des spots de sensibilisation moins bêtes, comme celui de la noyade (voir vidéo YouTube ci-dessous) ou celui de l‘incendie, où vous aviez délivré en plus un message de prévention en incitant les gens qui participent aux premiers secours à la prudence pour éviter le suraccident, même si la morale du clip laisse aussi à désirer…Pourquoi vouloir attendre d’être mort pour essayer de sauver des vies ???

Docteur Guillaume Barucq.
Surf Prévention.

Antidépresseurs : comment expliquer la surconsommation en France ?

Dimanche 17 janvier 2010

Il se vendrait quelques 65 millions de boîtes d’antidépresseurs par an en France (championne du monde de la consommation !) alors que l’efficacité de ces médicaments est régulièrement remise en question. Une nouvelle étude* vient de révéler qu’ils ne seraient efficaces que pour soigner les dépressions sévères.

Les résultats de cette étude* ont été publiés dans le JAMA (Journal of the American Medical Association). Les auteurs ont repris les données de 6 études incluant 718 patients pour en faire une méta-analyse. La sévérité de l’état dépressif des patients était évaluée à partir de l’échelle de dépression de Hamilton (Hamilton Depression Rating Scale = HDRS).

Les conclusions sont sans appel : pour les patients ayant des symptômes dépressifs légers à modérés, le bénéfice d’un traitement antidépresseur par rapport au placebo serait minime, voire inexistant. L’effet des traitements antidépresseurs augmenterait avec la sévérité de la dépression.

Sachant cela, vous me demanderez pourquoi des millions de patients prennent encore des antidépresseurs pour des « dépressions » légères se manifestant par une légère tristesse passagère, sans aucun signe de gravité, malgré tous les effets indésirables que peuvent provoquer ces médicaments…

Photo d'une jeune femme triste souffrant de symptômes de dépression mais a-t-elle besoin de medicaments antidepresseurs ? iStock Photo

Il faut d’abord comprendre que les patients exigent souvent ces traitements au médecin (je le vis au quotidien dans mon cabinet de médecine générale) : « mon partenaire m’a quitté », « ma grand-mère est morte »,  »j’ai un coup de blues »,  »docteur, mettez-moi sous antidépresseurs ». J’ai toujours mis un point d’honneur à ne pas me transformer en « dealer en blouse blanche » et à ne prescrire des médicaments psychotropes, dont je connais les effets secondaires, que lorsqu’ils étaient réellement nécessaires. Après avoir consciencieusement évalué l’humeur dépressive de mes patients (ce qui prend du temps), j’en arrive le plus souvent à la conclusion qu’un traitement antidépresseur n’est pas indiqué. Je donne alors des conseils (ce qui prend beaucoup de temps) d’hygiène de vie susceptibles d’améliorer l’état des patients, comme pratiquer une activité physique régulière par exemple. Mais les patients, insatisfaits de ne pas s’être vus prescrire une « pilule du bonheur », vont voir un confrère généraliste moins regardant pour obtenir leur antidépresseur.

Il faudrait d’abord faire comprendre aux gens qu’être triste en réaction à un événement douloureux (décès d’un proche, séparation, licenciement,…) ne veut pas forcément dire être atteint de « dépression ». Mais certains messages entretiennent la confusion dans les esprits. La dépression est une une maladie, soit, mais nous ne sommes pas tous atteints par cette maladie. Il nous arrivera à tous, à un moment ou à un autre de notre vie, de souffrir moralement en réaction à un événement de vie sans pour autant que cela ne prenne des proportions pathologiques.

Les antidépresseurs sont encore prescrits larga manu par les médecins généralistes. Les médecins généralistes sont abreuvés de publicités dans leurs revues médicales, des formations médicales sont sponsorisées par des fabriquants d’antidépresseurs et les visiteurs médicaux des laboratoires pharmaceutiques viennent régulièrement nous en vanter les mérites dans des indications de plus en plus larges…

Le Professeur Hélène Verdoux, chef de service en psychiatrie au CHU de Bordeaux (service dans lequel j’ai effectué un stage en psychiatrie) trouve des circonstances atténuantes aux médecins généralistes dans la revue Impact Médecine du 14 Janvier 2010 : « il est facile d’accabler les généralistes en dénonçant le fait qu’ils prescrivent trop d’antidépresseurs, mais quelle autre solution ont-ils et quels moyens leur donne-t-on pour répondre à des gens présentant des symptômes dépressifs ? Qui va réaliser les psychothérapies : les psychologues non remboursés ? les psychiatres souvent inaccessibles ? (…) ».

Les généralistes n’ont pas le temps de bien s’occuper des patients se présentant à leur cabinet avec une « dépression ». C’est grave, et c’est triste à dire dans un pays développé mais c’est comme ça. Rappelons que les généralistes gagnent à peine 10 euros, sur les 22 euros que leur rapporte une consultation, ce qui les place parmi les médecins les moins bien payés des pays développés (ce sont ces mêmes généralistes que l’on accuse de vouloir « faire du fric » ). Que la consultation dure 15 minutes ou 1 heure, c’est le même tarif ! Les médecins sont donc contraints de faire vite pour essayer de gagner leur vie. Comment imaginer dans ce contexte qu’ils prennent le temps nécessaire pour écouter, consoler, conseiller et orienter un patient dépressif ?  Ils se doivent néanmoins d’apporter « une solution » au patient, et la solution de facilité consiste à faire une ordonnance d’antidépresseur. Pour prendre en charge décemment les patients déprimés (et tous les autres…), il faudrait donner aux médecins les moyens de les soigner en leur donnant du temps. Mais le temps, c’est de l’argent. Et comme notre système de santé est entré dans une logique de rentabilisation à tout prix, les médecins devraient avoir de moins en moins de temps à accorder à leurs patients….Lire l’article du Monde : La faible rémunération de l’acte médical lèse praticiens et patients, par Jean de Kervasdoué.

*Référence : Antidepressant Drug Effects and Depression Severity / A Patient-Level Meta-analysis / Jay C. Fournier, MA; Robert J. DeRubeis, PhD; Steven D. Hollon, PhD; Sona Dimidjian, PhD; Jay D. Amsterdam, MD; Richard C. Shelton, MD; Jan Fawcett, MD / JAMA. 2010;303(1):47-53.